Mais qu’en aurait pensé Spartacus ?

Billets d’humeur et regards critiques sur l’actualité socio-économique : chômage, pauvreté, emploi, inégalités, domination, sécurité sociale, travail précaire, démocratie économique et sociale... Le tout sur fond d’impasse écologique et de crise démocratique. Par Luca Ciccia.


pub
24.12.2012

Le Père Noel des riches...

imprimer
envoyer
commenter

Je m’interroge. 400 millions d’euros, c’est une sacrée somme. Si j’avais à dépenser une telle somme, j’y réfléchirais à deux fois. La dépense est-elle vraiment utile ? Pourrais-je trouver ce que je cherche en dépensant moins ? Enfin, vous voyez le genre de questions que se pose n’importe qui avant de dépenser son argent. Sauf qu’un gouvernement ne raisonne pas comme n’importe qui. Il doit composer avec des responsabilités qui nous échappent totalement, nous petit peuple inculte…

Dans son exercice de prévisions budgétaires pour l’année 2013, le gouvernement fédéral a estimé devoir réduire la voilure. Quelques exceptions à ces réductions de dépenses. C’est le cas en matière de soutien à la « compétitivité ». Entendez : soutien financier direct aux actionnaires, en réduisant le coût du travail, par des mesures de réductions de cotisations sociales –notre salaire indirect-. Montant total de la dépense : 400 millions d’euros. C’est du net, de l’annuel, du récurrent, du transfert direct « allocataires sociaux - actionnaires ». Avec l’espoir naïf, quasi religieux, de ce gouvernement, que ce cadeau des pauvres fait aux riches, les incitera à donner du travail aux pauvres.

Alors voilà. Pendant une seconde, je suis le gouvernement. 400 millions, c’est une sacrée somme. Première question. Est-ce une dépense indispensable ? L’emploi est le meilleur outil d’intégration, de cohésion sociale, d’égalité. Ma réponse est positive.

Deuxième question. Avec 400 millions, combien d’emplois je pourrais créer ? Pour une telle somme, je ne vais pas faire mon fainéant, je cherche un peu. Y-a-t-il une autre expérimentation de dépense similaire ayant eu le même objectif ? Et là, ce n’est pas la surprise, mais la consternation. Car oui, notre gouvernement a déjà dépensé plus de 400 millions d’euros pour l’emploi, par des réductions de cotisations sociales, et ça a fonctionné ! Petit détail. La mesure était sensiblement différente et porte un nom qui a dû être pensé pour que personne n’en parle : le Maribel. Moins sexy que le bonus à l’emploi, mais bougrement plus efficace …

Les secteurs non-marchand, par le biais d’une gestion paritaire associant employeurs et syndicats, ont directement compensé les réductions de cotisations par de la création d’emploi. Ces emplois, sous contrôle syndical, génèrent de ce fait une augmentation nette d’emploi. Ici, c’est du concret, loin des études prospectives éloignées de la réalité.

« Selon le rapport de la cour des comptes, fin 2009, plus de 307.000 travailleurs ouvraient le droit à la réduction de cotisation. Total de la dotation pour le maribel ainsi obtenue : +- 480 millions d’euros. Résultat : En juin 2009, le maribel social avait créé 12.693,76 équivalents temps plein (ETP), soit 20.988 emplois physiques. A titre de comparaison, selon le rapport du conseil centrale de l’économie, la même mesure de réduction structurelle de cotisation pour le secteur privé, marchand, a coûté à la sécurité sociale 4,867 milliards en 2010. Résultat en termes de créations d’emplois ? Vu les effets d’aubaine, impossible de le savoir. Mais le rapport 2006 du CCE établissait ce constat : alors qu’en 2006, les seules réductions structurelles s’élevaient déjà à près de 4 milliards d’euros, il établissait que si l’on prenait en compte l’ensemble de toutes les mesures de réductions fiscales et parafiscales, (réduction de cotisations patronales structurelles et groupes cibles, réductions personnelles et subventions salariales, soit près de 7 milliards) : en 2006, si aucune mesure n’avait été prise depuis 1982, on aurait une perte de 90.089 emplois. » (L.Ciccia, « Réduire collectivement le temps de travail », Etude du CSCE ASBL, 2011, p.55. http://www.asbl-csce.be/documents/C... )

En résumé, si j’étais le gouvernement, et que j’avais 400 millions d’euros à dépenser pour la création d’emploi, j’utiliserais cette somme autrement. Pas dans des cadeaux aux actionnaires, mais dans de la création d’emploi directe, nette, certaine. Je l’utiliserais à créer de l’emploi dans les services collectifs, ceux-là même qui répondent aux besoins des citoyens, ceux-là même qui pèsent moins sur notre dette, et notre planète. C’est ce que ferait n’importe qui. Mais notre gouvernement n’est pas n’importe qui. A la manière de ce sondage qui indique que les Belges sont très largement favorables à un impôt sur la fortune, tandis que notre gouvernement « démocratique » n’en veut pas. Ce gouvernement est ailleurs, au-delà, hors de notre réalité. Il est le Père Noel des riches…

imprimer
envoyer
commenter

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ?