10.07.2010

Le blues des Verts

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Ils sont dans l’expectative, les Verts. Après leur score électoral du 13 juin 2010 considéré comme décevant (j’y reviendrai), ils n’ont évidemment pas la main pour forcer leur entrée dans un gouvernement De Wever-Di Rupo. Il y a quelques bonnes raisons pour qu’on le leur propose, et quelques autres pour qu’on leur préfère les libéraux francophones. Mais ce n’est pas le but de ce billet de comparer les arguments qui militent dans l’un ou l’autre sens.

Car le blues d’Écolo n’a rien à voir avec l’incertitude quant à son destin gouvernemental. Il est la conséquence directe de ce score qui vient troubler l’idée que ce parti se faisait de son destin. Le résultat « introuvable » de 1999 (plus de 18%) qui fit entrer Écolo qui n’y était pas vraiment préparé dans les gouvernements fédéral, wallon et de la Communauté française, a convaincu les Verts comme l’opinion publique qu’ils allaient désormais jouer dans la cour des grands. Puis, en 2003, patatras : Écolo perd d’un seul coup les 2/3 de ses voix. Le parti panse alors ses plaies et se redresse lentement aux élections régionales de 2004, puis récupère en 2007 la moitié du terrain perdu. Aux élections régionales de 2009, nouvel accès de fièvre électorale : les 18% sont à nouveau dépassés. Mais à peine un an plus tard, le soufflé retombe douloureusement, avec un score sous les 13%. Bon, ce n’est que 0,5% de moins qu’aux élections fédérales de 2007, c’est donc nettement mieux que la Bérézina de 2003. Mais on est déçu car on espérait limiter nettement plus la casse.

Cet effet de yoyo montre bien à quel point nous sommes entrés de plain pied dans une forme particulièrement émotionnelle de la démocratie d’opinion. Le phénomène est sans doute moins marqué pour les partis qui ont une véritable implantation populaire et disposent de la sorte d’un matelas stable d’électeurs, que les mauvaises langues nommeront une « clientèle ». Mais Écolo, comme d’ailleurs la N-VA qui ne refera plus jamais son score du 13 juin, est particulièrement exposé à ce phénomène. Ainsi, le parti vert est celui des quatre qui a perdu lors du dernier scrutin la plus grande proportion de ses électeurs de 2009 : 50%. Soit beaucoup plus que sa perte en voix limitée à 30%.

Tout se passe comme si, en voulant se stabiliser bien au-delà de son socle électoral qui, à 12 ou 13%, reste le plus élevé d’Europe pour un parti écologiste, Écolo faisait fuir son noyau fidèle d’électeurs en cherchant éperdument à gagner des électeurs flottants. Comme une galaxie en expansion qui perd en même temps de la densité en son centre.

En 2009, Écolo a gagné en se taisant. Subtil calcul : pourquoi risquer de déplaire à tel ou tel segment de l’électorat en prenant des positions tranchées alors que la conjoncture du moment – 50% réchauffement climatique, 50% scandales divers et mauvaise gouvernance – faisait campagne pour lui ? Mais si Écolo est un maître-choix dans ces deux domaines, ce n’est évidemment plus le cas quand l’incertitude communautaire le dispute à l’angoisse sociale. Et sur ces terrains, la ligne ultra-soft incarnée par Jean-Michel Javaux cesse d’être payante. Dans sa « com » (pour le programme, c’est différent, mais qui le lit ?), Écolo a raboté tous les angles, et sa différence, y compris en matière de développement durable (qui est encore contre ?), cesse petit à petit d’être perceptible. Au point que c’est surtout avec le CDH qu’il est entré en compétition comme nouveau parti du centre disponible pour toutes les coalitions.

L’heure des partis de masse est définitivement révolue. Plus aucune nouvelle formation ne pourra capter durablement 20% du corps électoral. Il n’y a rien de méprisable à se consacrer à consolider un score qui reste exceptionnel de 12 ou 13% et à l’améliorer patiemment plutôt que de vouloir lâcher la proie pour l’ombre [1]. Écolo a donc intérêt à retrouver sa radicalité perdue sur pratiquement tous les terrains pour mériter à nouveau la confiance de ceux qu’on a pu appeler il y a quelques années les « progressistes altruistes », en réaffirmant une utopie concrète au lieu de poursuivre les chimères du consensus mou. Ce n’est qu’ainsi qu’il restera une force de transformation de la société.

•••

[1] Comme par exemple en voulant draguer les électeurs francophones de la périphérie. L’attribution de la 3ème place de sa liste pour BHV à un candidat de Wezembeek-Oppem était d’autant plus frappante que, sur la même liste, on ne trouvait plus que deux candidats – sur 22 – représentant l’« immigration prolétaire » dont le poids est pourtant croissant dans l’électorat bruxellois et qu’aucun parti se voulant progressiste ne peut à ce point ignorer. Écolo remportait ainsi ex æquo avec le MR le titre de parti le plus « blanc » de la capitale.

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  • Le blues des Verts Posté par Erdem Resne, le 10 juillet 2010
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