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La politique des faits

On ne peut pas tout faire dire ni aux faits ni aux règles de la logique ! Ces deux évidences semblent souvent perdues dans les méandres du débat politique belge où le fact-checking et le travail d’analyse scientifique ne font que des apparitions timides et espacées.

L’objectif de ce blog est simple : débusquer les affirmations sans preuve, les constats erronés et les erreurs de raisonnement en tous genres afin de rappeler, à droite comme à gauche, l’implacable verdict des faits et la rigueur de la logique. Tout ceci ne faisant bien évidemment pas obstacle à d’occasionnels billets d’humeur...

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10.02.2014

Le développement chinois explique 100% de la réduction du nombre de pauvres dans le monde depuis 30 ans

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Quel a été le plus grand progrès de l’humanité durant les 30 dernières années ? Si vous considérez que le progrès de l’humanité se juge avant tout à la façon dont elle traite ses membres les plus faibles, la réponse ne fait pas de doute : le développement économique de la Chine !

Vu d’Europe, cette réponse semble hérétique. La représentation dominante y peint, en effet, une vision passablement sombre du développement chinois, centrée presqu’exclusivement sur la problématique des droits et libertés politiques, l’absence de démocratie, les conséquences négatives du développement économique sur la population et l’environnement chinois ainsi que, last but not least, la thématique du «  péril jaune » qui voit dans la concurrence chinoise une menace pour le modèle économique et social européen.

Aucun de ces éléments n’est (complètement) faux. Les progrès démocratiques en Chine ont été particulièrement limités (voire nuls) au cours des 30 dernières années. La croissance économique chinoise s’est accompagnée d’une forte dégradation environnementale ainsi que d’une explosion des inégalités. Enfin, comme nous le verrons dans un prochain post, le développement chinois s’est en partie - mais en partie seulement - réalisé au détriment des classes populaires des pays développés.

Et pourtant, ces très sérieux problèmes ne doivent pas faire oublier que c’est à cette même Chine que nous devons la plus grande réduction de l’extrême pauvreté jamais observée à l’échelle de l’humanité. De 1981 à 2008, la proportion de personnes vivant sous le seuil de pauvreté le plus bas fixé par la Banque Mondiale (soit moins de $1.25 par jour) est passé de plus de 800 millions à moins de 200 millions, une diminution d’autant plus spectaculaire que la population chinoise n’a cessé d’augmenter durant la même période.

Cette impressionnante évolution bat en brèche l’image, souvent véhiculée en occident, d’un développement chinois qui ne se serait réalisé qu’au seul bénéfice de élites nationales et des multinationales étrangères. S’il est indéniable que ces deux groupes ont recueilli une part disproportionnée de la croissance économique chinoise, il n’en demeure pas moins qu’une très large partie de la population chinoise a également bénéficié d’une formidable amélioration de son niveau de vie.

Des centaines de millions d’individus qui, il y a encore 30 ans, vivaient dans des conditions de misère infamantes ont vu leur existence bouleversée. Si les salaires et conditions de travail dans les usines chinoises paraissent - à raison - déplorables comparés aux standards européens, ils constituent néanmoins une amélioration par rapport aux réalités de la vie paysanne traditionnelle en Chine (conditions qui, dans bien des cas, étaient inférieures à celles qui existaient en Europe il y a plus d’un siècle). Même à la campagne, la gigantesque hausse de la production agricole a contribué à une forte amélioration des standards de vie.

Le graphe suivant illustre l’ampleur de l’accomplissement chinois en comparant l’évolution de l’extrême pauvreté dans les pays en développement, respectivement en incluant et en excluant la Chine du calcul.

Quatre grandes leçons se dégagent de ce graphe :

  1. Premièrement, la proportion de la population vivant sous le seuil d’extrême pauvreté a connu une chute spectaculaire au cours des 30 dernières années passant de plus de 50% à un peu plus de 20% ; alors que l’Europe a vécu les dernières années sous le signe d’une crise séculaire [1], plusieurs pays en voie de développement ont, au contraire, connu une croissance robuste et cette croissance a, au moins en partie, profité aux plus pauvres ;
  2. Deuxièmement, la Chine a été, de très loin, le plus important contributeur à cette réduction de l’extrême pauvreté au niveau mondial ; sans elle, la proportion d’individus vivant avec moins de $1.25 par jour aurait diminué d’approximativement 15% (un chiffre déjà honorable) au lieu de près de 30% si la Chine est inclue ;
  3. En chiffres absolus, si on exclut la Chine, le nombre de personnes vivant avec moins de $1.25 par jour est resté relativement stable depuis 30 ans ; pour le dire plus clairement, le développement de la Chine peut donc, à lui seul, rendre compte de 100% de la réduction du nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté ;
  4. En 1981, la Chine comptait une proportion d’individus vivant en situation d’extrême pauvreté plus importante que les autres pays en voie de développement (la ligne incluant la Chine est au-dessus de la ligne excluant la Chine) ; en 2008, la situation s’est inversée et la contribution chinoise au taux de pauvreté global est désormais négative (en pourcentage de la population, il y a moins de personnes très pauvres en Chine que dans les autres pays en voie de développement) !

Sans nier les graves problèmes environnementaux et sociaux auquel doit faire face la Chine, et sans justifier en rien l’absence de progrès démocratique , force est de constater que c’est en Chine, plus que partout ailleurs, que la pauvreté a le plus reculé ces 30 dernières années. Sans les changements radicaux qui y ont pris place, ce sont des centaines de millions de personnes supplémentaires qui vivraient aujourd’hui dans la misère la plus abjecte. Cette avancée, nous ne la devons ni aux politiques néo-libérales du FMI, ni au centralisme planificateur du communisme soviétique. Nous ne la devons pas plus à l’aide humanitaire des pays riches qu’à la redistribution des richesses au sein des pays pauvres. Cet accomplissement sans précédent n’a qu’une seule et unique cause  : la croissance économique sans précédent de l’empire du milieu depuis la fin des années 70 et les politiques économiques qui l’ont rendue possible !

Frédéric Panier

Note : suite à plusieurs remarques, le titre de cet article et la formulation du premier paragraphe ont été modifiés pour ne laisser aucun doute sur le fait que l’auteur n’approuve en rien les violations des droits humains en Chine. Le fond de l’article (qui exprimait déjà clairement et sans équivoque cette idée) n’a pas été modifié.

Note 2 : Puisque le titre de l’article fait également l’objet de plusieurs remarques, il me semble utile de reproduire ici l’évolution du nombre de personnes vivant en situation de grande pauvreté dans les différentes régions en voie de développement. On peut évidemment toujours choisir d’autres définitions de la misère et celles-ci pourraient produire des résultats différents. Notons cependant que 1) l’indicateur de la Banque Mondiale est, et de très loin, le plus largement utilisé, 2) l’utilisation d’une limite de $2 par jour produit des résultats encore plus favorables à la Chine.

[1] Ce qui est, par ailleurs, une exagération : la croissance européenne durant les 30 dernières années a certes été inférieure à l’exceptionnelle période d’après guerre mais est cependant très loin d’avoir été nulle (ce qui, sur la longue durée de l’histoire humaine, a été la norme plus que l’exception).

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