Le blog d’Henri Goldman

Chronique généraliste de l’actualité politique, avec quelques accents : questions interculturelles, migrations, conflit israélo-palestinien, Bruxelles…


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25.01.2012

Le plan W est un plan B*

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Déconstruire la Fédération Wallonie-Bruxelles ! Mazette… Alors qu’on vient tout juste de la baptiser, avec un nouveau logo à la clé ! Il n’y est pas allé de main morte, Jean-Claude Marcourt. Qui persiste et signe : il faut régionaliser l’enseignement. Un avis isolé, qui n’engage que lui ? Voire. On laisse entendre qu’il y a derrière cet horrible parti pris régionaliste un « think tank » particulièrement musclé, où il n’y aurait pas que la FGTB wallonne qui plaide depuis longtemps dans ce sens.

Malaise au PS. Par contre, au MR, au CDH, à Ecolo, le Liégeois fait l’unanimité contre lui. Ce serait de la « tuyauterie institutionnelle » dont « les gens se foutent ». La proposition équivaudrait à un « repli wallon », forme bien de chez nous de ce « repli communautaire » qui se manifesterait dans certains quartiers « ethniquement colorés » de la Capitale. Il mettrait à mal la vache sacrée de la solidarité Wallonie-Bruxelles (cet autre nom plus politiquement correct de l’Union sacrée des francophones) au nom d’un argument que Pierre Bouillon, dans son édito du Soir du 25 janvier descend en flamme : il n’y a pas plus de différence entre une école de Bruxelles et une d’Arlon qu’entre « une primaire d’Uccle et une rhéto d’Anderlecht ». Et l’éditorialiste de conclure : « Régionaliser ne réduira pas les écarts auxquels le gestionnaire wallon de son côté, le gestionnaire bruxellois de l’autre, seraient confrontés. ».

En effet. Mais ce n’est vraiment pas la question. Les disparités sociales entre écoles, en fonction des quartiers et des populations qui y résident, existent à des degrés divers sur tout le territoire. Les faibles performances de l’enseignement francophone concernent les enfants des milieux populaires aussi bien à Gilly qu’à Molenbeek. Mais il reste deux différences radicales de contexte entre Bruxelles et la Wallonie, qui ne se résument pas à des différences quantitatives.

Un : Bruxelles doit faire face à un boom démographique, alors que la population wallonne vieillit. Le besoin d’ouvrir de nouvelles places dans l’enseignement y est une question de survie à très court terme, là où, en Wallonie, on peut se contenter de travailler dans le cadre actuel. La Communauté française fait-elle face à cette nécessité de façon correcte ? « Elle tarde à agir, constate Françoise Bertiaux, du MR, dans le même numéro du Soir. La Région bruxelloise a dû prendre les devants en finançant des préfabriqués. » C’est là qu’on voit bien que l’enseignement, ce n’est pas que des programmes : c’est de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire (où implanter de nouvelles écoles ?), de l’expansion économique (qui va les construire ?), de la cohésion sociale (comment rentabiliser des équipements scolaires au profit de toute la population ?), de la mobilité (comment organiser l’accès ?)… Bref, ça touche à de multiples compétences régionales dont il est absurde de se couper, si on se place sur le terrain pourtant consensuel de la « bonne gouvernance ».

Deux : l’enseignement, ce n’est pas que des programmes… mais c’est aussi des programmes. À Bruxelles, le paysage linguistique est très différent de celui de la Wallonie. La population n’y est plus composée en majorité par des « francophones de souche » du fait du poids qu’y occupent les deux groupes qui supportent à eux seuls le dynamisme démographique de la ville : les « expats » (principalement européens appartenant aux classes moyennes supérieures) et les « allochtones » issus de l’immigration populaire. Mais surtout, la caractéristique de Bruxelles comme multi-capitale la rend beaucoup plus sensible à la question du multilinguisme : s’ils veulent avoir un avenir professionnel dans leur ville, les enfants devront sortir de l’enseignement obligatoire en maîtrisant honorablement le français, le néerlandais et l’anglais. Aucune exigence de ce type n’est préconisée pour l’enseignement en Wallonie (ou alors avec beaucoup moins d’urgence) où on partage souvent avec la France cette illusion que quand on converse avec un non-francophone, c’est toujours à l’autre de faire l’effort.

Les Flamands ne voudront pas régionaliser leur enseignement ? C’est probable. Est-ce un argument pour ne rien changer du côté francophone ? L’enseignement francophone scolarise à Bruxelles 80% des élèves. C’est bien suffisant pour donner le ton et renverser la vapeur. Que les francophones de Bruxelles assument sereinement leur leadership sur cette ville en promouvant un enseignement multilingue au profit de toute la population au lieu de laisser l’enseignement néerlandophone porter tout seul cette exigence (raison pour laquelle tant de parents francophones souhaitent y mettre leurs enfants).

Lors de la mission exploratoire de Johan Vande Lanotte, beaucoup d’observateurs avaient été séduits par l’architecture institutionnelle d’une « Belgique à quatre » qui avait le grand avantage de la simplicité et de la lisibilité. Ce qui n’empêchait nullement l’établissement de coopérations renforcées, notamment (mais pas exclusivement) entre Bruxelles et la Wallonie. Pour ma part, je reste furieusement attaché à cette perspective. Bruxelles souffre au moins autant que la Wallonie du démembrement des compétences entre l’enseignement et le reste.

Bravo donc à Jean-Claude Marcourt. Son plan W est aussi un plan B.

•••

* W comme Wallonie, B comme Bruxelles. (Rien à voir avec un autre plan B qui défraya naguère quelques chroniques.)

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