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18.09.2013

Le sourire de la petite Somalienne

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Regardez cette photo (Le Soir, 17 septembre 2013, ©AFP). La légende : Un sourire qui en dit long : cette petite Somalienne de Mogadiscio a l’air ravie d’être à l’école. Dans l’article qu’elle illustre, le représentant de l’Unicef pour la Somalie, de passage à Bruxelles, explique : L’éducation est la clé du futur de la Somalie. Nous avons déjà perdu deux générations. Pour que cette école puisse s’ouvrir dans un pays ravagé par la guerre civile, il a fallu faire un peu reculer les « Shebab », genre de Talibans africains qui continuent à faire la loi sur la plus grande partie du territoire et pour qui il n’est pas question d’envoyer des filles à l’école.

Vous avez remarqué ? Elle porte un foulard. C’est un problème ? Autre question : ce foulard est-il « islamique » ? En tout cas, il ne correspond pas à la lecture des prescriptions religieuses que font les musulman-e-s dans leur grande majorité, pour qui l’obligation de se couvrir la tête ne s’impose éventuellement que pour les jeunes filles nubiles, et sûrement pas pour des gamines prépubères. On dira que ce foulard est surtout « traditionnel » en ce qu’il constitue, dans certaines sociétés, une norme de la décence dans l’espace public. Dans ces sociétés, cette norme s’impose aux femmes dès le plus jeune âge.

Est-ce une norme « sexiste » ? Pas de doute là-dessus, puisque rien d’équivalent n’existe pour les garçons, et que ces petites filles ne sont pas en âge d’exercer leur libre-arbitre. Mais cette norme est très secondaire au regard de l’essentiel : elles vont à l’école ! Là, si on ne les en empêche pas, elles recevront les armes qui devraient leur permettre de devenir maîtresses de leur vie d’adultes. Et d’apporter leur pierre de citoyennes à la reconstruction de leur pays. Si, adultes, elles portent toujours un foulard plutôt qu’un tailleur et des escarpins, on s’en fiche un peu, non ?

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Ce débat se transpose aussi chez nous, de façon très marginale. À Hodimont, dans la banlieue verviétoise, une dizaine de petites filles se sont vues fermer les portes de l’école communale. Leurs familles refusaient de se conformer au nouveau règlement interdisant le port de signes religieux. Si elles persistent, elles devront continuer leur scolarité ailleurs. Soit dans l’une ou l’autre école libre qui les accepterait encore. Soit, comme l’envisagent certaines familles, en les déscolarisant. Elles suivront alors des cours à domicile et seront privées des contacts sociaux dont l’école est l’irremplaçable lieu d’apprentissage.

Je ne veux pas aborder ici la question sous l’angle du droit. Il y a sûrement une distinction à faire entre de très jeunes filles qui ne sont pas en âge de décider pour elles-mêmes et à propos desquelles leur famille et l’État se disputent le droit de décider ce qui est le mieux pour elles [1] et des adolescentes dont tous les textes fondamentaux reconnaissent l’autonomie de jugement en fonction de leur « capacité de discernement ». Mais ce qui est sûr, c’est que ces petites filles ne devraient pas subir les conséquences négatives du bras-de-fer qui, à Verviers, oppose quelques familles à une nouvelle majorité (CDH-MR) adepte de postures viriles en matière de diversité religieuse.

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TIFF - 1.6 Mo

Pendant ce temps, à Anvers, une nouvelle école vient d’ouvrir ses portes. Elle s’appelle IQRA, ce qui veut dire « apprendre » en arabe. (Cliquez sur IQRA SCHOOL pour en savoir plus.) Portée par des associations belgo-marocaines et soutenue par la Ville, ce n’est pas une école musulmane, elle se veut ouverte à tou-te-s mais, évidemment, c’est aux besoins des familles marocaines qu’elle répond. Comme le déclare dans la video son promoteur Mohamed Chakkar : « Une autre différence, c’est que nous ne considérons pas la culture des parents comme un obstacle, mais comme une chance. » Des parents qu’IQRA entend bien associer largement. Une belle initiative… mais où des petits enfants « marocains » grandiront entre eux, hors de tout mélange. Quand on écoute les parents, on comprend pourquoi.

Est-ce aujourd’hui inévitable ? Est-il vraiment impossible de réussir le pari d’une école inclusive ouverte à la diversité, où les enfants se mélangeront dans le respect des différences et la valorisation des ressemblances ? Je ne peux m’y résoudre.

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[1] La « Convention relative aux droits de l’enfant », ratifiée par la Belgique, semble reconnaître la primauté des parents, notamment dans son article 30 : « Dans les Etats où il existe des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques ou des personnes d’origine autochtone, un enfant autochtone ou appartenant à une de ces minorités ne peut être privé du droit d’avoir sa propre vie culturelle, de professer et de pratiquer sa propre religion ou d’employer sa propre langue en commun avec les autres membres de son groupe. » Mais cette disposition n’est pas évoquée dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

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