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30.03.2017

Les Quatre Gauches irréconciliables

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Il n’y a naturellement pas quatre gauches. C’est une hérésie idéologique mais prenons les ici par facilité sémantique, et par couple, pour confronter le positionnement de ceux qui pendant longtemps se sont revendiqués de cette appartenance. Après le soutien accordé par Manuel Valls à Emmanuel Macron, tout est dit au PS. Le 29 mars 2017 restera, dans l’histoire politique française, comme la date de l’arrêt de mort du parti socialiste. La simple cohabitation est désormais impossible entre ceux qui soutiennent Hamon et les amis de Valls. Les courants sont devenus des ennemis mortels. Le social-libéralisme et la sociale démocratie (à la française) n’habiteront plus la maison commune. Ce n’est pas seulement le parti d’Epinay et de François Mitterrand qui est mort, mais encore plus profondément, c’est le discours hérité de la « synthèse jaurésienne ». [1]

Ce n’est pas une surprise même si on en mesure encore difficilement les conséquences sur le paysage politique qui sortira des élections législatives qui suivront la présidentielle. Valls avait prévenu. En juin 2009, déjà, au lendemain de la débâcle socialiste aux européennes, il avait manifesté son aversion pour les deux mots « parti socialiste ». Il jugeait « socialiste » dépassé et préférait « mouvement » à parti. Et plus près de nous, en février 2016, il avait été le premier à évoquer les « deux gauches irréconciliables ». Si formellement il s’en prenait alors à Mélenchon, son propos visait également les « frondeurs » du PS. De toute manière, le premier ministre de François Hollande a eu l’occasion de mettre en accord ses paroles et sa politique. Valls avait donc prévenu. Simplement comme Macron lui a coupé l’herbe sous le pied, il doit se contenter aujourd’hui d’un second rôle.

Du côté de l’autre « couple », Hamon et Mélenchon ne sont guère plus compatibles. Non pas que leurs programmes, en dépit de divergences sérieuses, ne puissent pas être conjugués mais les stratégies des deux hommes ne sont pas conciliables. Hamon voulait reconstruire un nouveau PS sur la base d’une sociale démocratie écologiste ancrée à gauche. Il n’est évidemment plus certain que sa campagne menée dans des conditions extraordinairement difficiles et que son résultat final le lui permettront. Mélenchon qui a non seulement mené la campagne la plus dynamique et la plus efficace mais a réussi à rassembler une majorité d’électeurs déçus ou délaissés par la gauche, a d’autres objectifs incompatibles avec ceux de son concurrent. Il veut la destruction du PS (en cela Valls et Macron sont ses alliés « objectifs ») pour construire (lui aussi) un « mouvement » dont les contours restent vagues, jusqu’ici sans structure et sans instance collective et délibérative mais entièrement centré sur sa personne. De ce point de vue d’ailleurs, le pourfendeur de la Ve République est celui qui se moule le mieux dans son vieux modèle présidentialiste… On sait qu’il réfute désormais l’appellation « gauche ». « Pas de mot enfermant », disait hier soir, sur une chaîne d’info continue, son lieutenant Alexis Corbière. Le refus de l’axe « gauche-droite » est décidément devenu une litanie transversale dans cette campagne.

La course présidentielle d’Hamon et de Mélenchon vise d’abord à préempter le champ de la gauche, pour le premier, du « mouvement populaire » pour l’autre. La campagne a déjà apporté son lot de contradictions mais aussi de clarifications, parfois indispensables et souvent cruelles. Quel que soit le résultat de l’un et de l’autre, il faut espérer – sans trop d’illusions- que des accords seront conclus pour les législatives. Sans quoi l’avenir sera radieux pour la droite sous toutes ses formes : social libérale, radicale et extrême…

Pour mieux comprendre l’histoire, le contexte et l’actualité de la campagne présidentielle, il faut lire le numéro spécial France de Politique : http://politique.eu.org/skeleton/nu...

[1] En 1908, trois ans après l’unification des socialistes, Jaurès veut concilier réformes et révolution dans une synthèse qui restera le fondement de la doctrine socialiste et qui masquera toujours le divorce entre la pratique et le discours socialiste. Voir ce sujet : « La double vie du socialisme français », Hugues Le Paige, Politique 98/99, numéro spécial « Cette république que nous avons tant aimée »

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