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30.12.2014

Les particules élémentaires du changement

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L’année 2014 s’achève dans la morosité. L’économie reste poussive et la potion d’austérité que l’Europe, sous la pression de l’Allemagne, continue de s’administrer, tient plus du poison que du remède.

En Belgique, le ministère amer du gouvernement Michel n’a réussi jusqu’à présent qu’à diviser les Belges, entre travailleurs résignés ou résolus et grévistes révoltés. Tous cependant redoutent de voir leur pouvoir d’achat fondre comme neige au soleil. Et les mesures d’économies annoncées n’augurent rien de bon : à peine votées, elles se révèlent déjà insuffisantes à résorber le déficit de l’Etat.

Il ne faut donc rien espérer pour l’année qui s’annonce. L’Europe, ce train fou, poursuit sa course folle vers cette fin de voie que beaucoup annoncent, entraînant dans son sillage chacun des Etats de son convoi. Tous sont liés par l’euro et les dettes souveraines plus que par une vision politique tendant vers un idéal commun.

Le discours sur le réel a changé

Pourtant, dans cette fin d’époque caractérisée par l’accélération technologique et le court-termisme politique, il flotte dans l’air des raisons d’espérer, éparpillées telles les pièces d’un puzzle dont l’image complète se dessine pour qui sait mieux regarder. En Europe, la rue conteste de plus en plus ouvertement les politiques économiques que ses dirigeants appliquent tel un confiteor ânonné sans même en comprendre les implications. En Grèce, elle pourrait sous peu porter la gauche, la vraie, au pouvoir. Et là-bas comme ailleurs, des voix s’élèvent pour dénoncer des politiques qui, sous prétexte de ne pas reporter la dette aux générations futures, sacrifient l’actuelle sans certitude de salut.

La démocratie parlementaire, transformée en oligarchie particratique quand ce n’est pas en technocratie libérale, voit son omniscience remise en cause par des associations spontanées comme Tout autre chose. Et les grèves de l’automne semblent démontrer que les syndicats, s’ils restent des organes de gestion paritaire et de concertation sociale, ne se laisseront pas entraîner dans une danse de mort où leur base ne les suivrait pas.

Dans le discours médiatique, quelque chose a également changé. Parmi les économistes et intellectuels, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer l’impasse où nous mènent les orientations actuelles. Y compris ceux qui comptaient il y a peu encore parmi les thuriféraires du libéralisme triomphant. Enfin, l’Eglise catholique, puissance politique et symbolique y compris pour qui ne croit pas, dispose à sa tête d’un des papes les plus progressistes depuis Paul VI. Et son franc parler secoue bien des soutanes sous les voûtes vaticanes.

Inverser le balancier

Ces différents éléments sont là, flottant dans l’air ambiant de l’actualité. Mais ils constituent plus que des épiphénomènes. Ils démontrent la présence des particules élémentaires nécessaires au changement. Et quand de tels faits, épars mais évidents, deviennent à ce point visibles, c’est que ces éléments chimiques de base sont déjà passés à un stade plus complexe. Celui des organismes qui, ramené à l’échelle de la société civile, prend la forme des actions collectives.

Il ne faudrait pas aller trop vite en besogne. Il est sans doute prématuré de parler de mouvement social. Mais ses conditions de possibilité sont réunies. Il manque peu de choses pour qu’il se constitue. Et ce sont peut-être les apôtres du néo-libéralisme qui apporteront le coup de pouce nécessaire à son avènement. A maintenir des politiques à la violence symbolique évidente, les dirigeants européens pourraient bien pousser la jeunesse continentale dans une nouvelle révolte.

Mai 68 fut le soubresaut d’une société prospère qui goûtait encore à la quiétude du plein emploi (ou presque). Cette révolte annoncée par les mouvements contestataires sur le sol américain, constitua sans doute le point ultime avant que le balancier de l’Histoire ne reparte dans le sens d’une lente régression collective accentuée par les politiques monétaristes des années 80. Le printemps arabe et la colère de la population grecque constituent peut-être les signes avant-coureurs d’une nouvelle poussée de fièvre. Celui d’une société lassée de vivre dans une précarisation croissante où la seule certitude est que demain sera pire qu’aujourd’hui. Dans des pays comme la Belgique ou la France, où la démographie reste positive, la jeunesse pourrait stopper le balancier de l’Histoire et lui intimer un mouvement contraire.

C’est là le plus bel espoir pour entamer l’année nouvelle. Une année que je vous souhaite de révoltes et de douceurs.

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