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1.03.2017

Macron ou l’aspiration par le vide

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La gauche française était déjà en miettes. Non à cause de la candidature solitaire de Jean-Luc Mélenchon, mais parce que le quinquennat calamiteux de François Hollande a fait exploser le « bloc majoritaire » de la gauche traditionnelle. La victoire de Benoit Hamon fut acquise par une majorité d’électeurs non encartés au PS et contre tout l’appareil de ce parti qui a suivi le tandem Hollande/Valls dans ses pires dérives (déchéance de la nationalité, loi « travail », gouvernance à coup de 49.3…). Qui pouvait croire que cet appareil soutiendrait loyalement un candidat aussi parfaitement illégitime à ses yeux ? Privé de l’élan qu’aurait pu lui donner un accord avec la France insoumise de Mélenchon – accord malheureusement impossible tant les démarches stratégiques de l’un et de l’autre divergent –, Benoît Hamon en sera réduit à viser un accessit honorable.

À son tour, la droite française explose. L’obstination suicidaire de François Fillon à se maintenir, malgré le poids des casseroles qui s’alourdit chaque jour, va priver la droite d’une victoire qui s’annonçait acquise sans combat. Déjà, autour de lui, les rats commencent à quitter le navire pour sauvegarder leur siège et leur crédit moral.

Flash back

Remontons le temps de quelques mois. On nous annonçait un duel présidentiel bon chic bon genre entre Hollande et Juppé, que le second aurait confortablement remporté pour se confronter victorieusement à la candidate de l’extrême droite. À gauche, Mélenchon aurait été conforté dans sa longue marche solitaire de rupture avec « le système » et aurait généreusement tendu la main aux derniers frondeurs du PS refusant de rentrer dans le rang. Nombreux à gauche estimaient que, tout bien pesé, une présidence Juppé eût été le moins pire des scénarios. Une présidence de droite, sans aucun doute, mais dans une version pas trop brutale et qu’on ne serait pas obligé de ménager. Dans un duel de deuxième tour Juppé-Le Pen, on aurait voté Juppé sans état d’âme.

À ceux-là, la victoire inattendue de Fillon donna des sueurs froides. Car si Juppé c’était Chirac, Fillon c’était Thatcher. Au lieu d’un binôme Hollande-Juppé qui allait embouteiller le centre, on se retrouvait avec un binôme Fillon-Hamon qui le laissait vide. Et comme, du vide, la nature a horreur de ça…

Mister Nobody

Ainsi, les observateurs ont assisté médusés à la promotion d’un mister Nobody qui n’avait rien d’original à dire et qui n’avait pas plus de charisme qu’une brouette. Un pur produit de marketing selon la vieille technique du teasing : aujourd’hui on vous vend la marque, demain on enlève le haut, après-demain le milieu, et ainsi de suite, en rajustant le message au fil des enquêtes d’opinion. Sa seule force réelle, c’est un positionnement « à la Bayrou » avec 25 ans de moins et dans une conjoncture politique complètement inédite. Héritier discret du hollandisme, Macron ne pouvait que séduire toute une frange de la droite du PS qui n’attendait qu’une occasion pour se défroquer, et cette hémorragie n’est pas près de s’arrêter. Avec la déconfiture de Fillon, les plus « modérés » des républicains, qui s’étaient regroupés derrière Juppé, n’ont aucune raison de se laisser sombrer avec celui qui les a marginalisés et s’apprêtent à suivre le mouvement.

La victoire qui monte en probabilité de Macron sera le déclencheur d’une vaste opération de recomposition politique d’où pourrait sortir une nouvelle majorité présidentielle et gouvernementale composée de transfuges des deux bords. Les places sont à prendre et ce sera l’embouteillage pour les occuper en bonne position. Je me réjouis déjà du spectacle…

Les effets que cette recomposition aura sur le PS me semblent salutaires. Il n’y a aucun avenir commun possible entre ceux qui ont tout assumé du dernier quinquennat et ceux qui ont fini par s’en affranchir. Mieux vaut un PS réduit de moitié, mais qui sait où il est, qu’une baudruche qui s’épuise à concilier les contraires. Une gauche authentique, avec les deux ou trois composantes qui émergeront à la fin de cette séquence et qui devront trouver le moyen de s’additionner sans se dissoudre – donc en continuant le débat sans sectarisme – est à reconstruire. On repartira sans doute d’assez bas, mais il n’y a pas d’autre chemin.

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    Bonjour, Vous faites bon compte des caciques de l’appareil du PS, ceux qui s’estiment propriétaires de la marque, ont peuplé le quinquennat Hollande et ne quitteront pas le PS. (...)
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