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28.06.2015

Mathématiques de la régression

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Avant que la torpeur estivale n’ait gagné la vie politique, le gouvernement fédéral va tenter de faire voter le report de l’âge de la retraite à 67 ans. Sauf improbables dissensions au sein de sa majorité ou performance de l’opposition repoussant l’échéance à octobre, il devrait y parvenir.

Après le renforcement du contrôle de la disponibilité des chômeurs et le durcissement des conditions d’accès à la prépension (rebaptisée "régime de chômage avec complément de l’employeur" – RCC), cette mesure est la troisième touchant à l’élasticité du marché du travail, tout comme la réduction des charges patronales envisagées pour la coalition des droites. Pression pour remettre dans le jeu ceux qui en sont sortis, d’une part ; prolongation de ceux qui voudraient dételer plus tôt ou à terme, de l’autre. Ces mesures prises de manière isolée trouvent toujours une justification mécanique ou comptable : flexibilité de la demande d’emploi, incitations à retrouver du travail, limitation du coût pour les finances de l’Etat, anticipation d’une pénurie ultérieure de la main-d’œuvre.

Le raisonnement se tient dans une équation où l’action sur un des paramètres modifie automatiquement les autres dans le sens voulu. Ainsi la pression exercée sur les demandeurs d’emploi inciterait de facto les employeurs à recruter, de même que la prolongation de la carrière pousserait illico le patronat à conserver quinquas et sexagénaires sur son payroll.

Pression sur les salariés

On sait qu’il n’en est rien. Parce que ce raisonnement tient d’abord à une condition : une très grande élasticité de l’offre d’emploi, avec un marché qui, à l’instar de ce qu’il faut dans les années 50 et 60, interagirait rapidement aux impulsions politiques. Or on n’est plus au cœur des "Trente Glorieuses". Parce que le capitalisme a changé. Il est devenu planétaire. Et, surtout, son mode de fonctionnement actuel repose notamment sur une "poche" de chômage, une main-d’œuvre potentielle dont la présence sert à faire peur au salariat. Et ça, ce n’est pas près de changer.

Ces mesures ne resteront pas sans effet pour autant. Additionnées, elles vont engendrer une autre équation. L’accroissement quantitatif de la demande d’emploi, assortie à un chômage qui ressemble de plus en plus à un jeu de télé-réalité où il faut se sauver de contrôle en contrôle, poussera les salariés à accepter des conditions de travail sans cesse abaissées. L’effet cumulatif d’un régime de prépension "parcimonieux" soumis à l’approbation de l’Onem et du report de l’âge de la retraite engendrera une fin de carrière en deux temps : chômage (ou maladie) puis pension (assortie de "petits boulots" pour certains en raison de la faiblesse du montant de la pension légale).

L’arithmétique étant ce qu’elle est, ces ajustements de la variable "emploi" vont produire un double effet : baisse du pouvoir d’achat d’une partie de la population et augmentation des dépenses sociales de l’Etat déjà soumises à la pression de l’austérité. Et tout cela au profit de l’entreprise privée qui pourra engager à moindres frais (cela fera plus à verser en dividendes) et se débarrasser des travailleurs les plus âgés sur le compte de la collectivité.

Las ! Il n’y a qu’en mathématiques que le produit de deux valeurs négatives donne un nombre positif. Dans le cas présent, les interactions de ces variables manipulées à dessein mèneront à un résultat négatif : la régression sociale comme modèle de société.

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