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19.09.2011

Mettre fin aux discriminations religieuses dans l’enseignement supérieur

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C’est la rentrée. Attendons-nous à ce que les sempiternelles questions liées au port du foulard islamique dans les écoles viennent à nouveau perturber la sérénité de ce moment crucial dans la vie scolaire.

La question est controversée, mais on avance. Il est désormais acquis qu’il faudra passer par un processus législatif afin d’unifier des pratiques – autorisations ou interdictions totales ou partielles – qui relèvent aujourd’hui de la seule responsabilité des pouvoirs organisateurs et des chefs d’établissements. Mais ce qui n’est pas controversé jusqu’à présent, c’est le type d’établissements scolaires concernés : si une interdiction de port de signes religieux devait intervenir, elle se limiterait à l’enseignement obligatoire. Pas question de l’étendre à l’enseignement des adultes.

En France, la loi du 15 mars 2004 a interdit le port de signes religieux à l’école. Cette loi exclut clairement l’enseignement supérieur de son champ d’application. Mise en place par le président Chirac, la Commission Stasi, qui avait préconisé le vote d’une telle loi, précisait bien dans son rapport que « la situation de l’université, bien que faisant partie intégrante du service public de l’éducation, est tout à fait différente de celle de l’école. Y étudient des personnes majeures. L’université doit être ouverte sur le monde. Il n’est donc pas question d’empêcher que les étudiants puissent y exprimer leurs convictions religieuses, politiques ou philosophiques. » Cette restriction s’étend bien évidemment à tout l’enseignement supérieur.

À quelques dérapages près, il semble qu’en France cette limitation soit respectée. Qu’en est-il dans l’enseignement francophone en Belgique ? Si l’on excepte des injonctions locales dans quelques laboratoires et pour certains stages, les universités semblent suivre le même chemin, sans doute autant pour des raisons de principe que pour ne pas se trouver handicapées dans la concurrence internationale. Mais dans les hautes écoles, c’est l’inverse. Profitant du vide juridique existant, de très nombreux établissements ont adopté des règlements d’ordre intérieur interdisant le port de signes religieux par leurs élèves qui sont pourtant des personnes majeures.

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À Bruxelles, la Haute école Lucia de Brouckère (Cocof) stipule dans son règlement qu’« il est interdit de se présenter en portant des insignes, des bijoux ou des vêtements qui affichent une opinion ou une appartenance politique, philosophique ou religieuse ».

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À la Haute école Paul-Henri Spaak (Communauté française), l’étudiant « ne portera aucun signe distinctif philosophique, religieux et/ou politique tant à l’intérieur de la Haute Ecole que lors d’activités extérieures ».

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Pour la Haute école libre de Bruxelles Ilya Prigogine (libre non confessionnel), « tout signe extérieur ostensible d’appartenance philosophique ou religieuse lors des activités d’enseignement est interdit ».

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Dans son « code de bonne conduite », la Haute école Francisco Ferrer (Ville de Bruxelles) indique : « Il est interdit de se présenter en portant des insignes, des bijoux ou des vêtements qui reflètent une opinion ou une appartenance politique, philosophique ou religieuse. »

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À la Haute école provinciale du Hainaut-Condorcet, un règlement voté unanimement par le Conseil provincial stipule que « dans la Haute école, les étudiants n’exhibent aucun signe distinctif porteur de valeurs à caractère xénophobe, philosophique ou religieux ».

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À la Haute école de la Ville de Liège, « le port de tous signes spécifiques de convictions religieuses, philosophiques ou politiques ostentatoires est interdit ».

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À la Haute école de Bruxelles (Communauté française), on a du mal à suivre. La catégorie « pédagogique » interdit les signes religieux avec une argumentation qui semble cohérente : « Puisque la catégorie pédagogique forme des enseignants (…) qui auront eux-mêmes souvent l’obligation de respecter ce principe de neutralité, les étudiants (…) fréquentant la catégorie pédagogique sont tenus dès à présent de s’abstenir de toute manifestation et/ou extériorisation d’appartenances philosophique, politique ou religieuse. [1] » Mais alors, comment justifier le règlement des catégories « économique et technique » du même établissement : « Les étudiants n’oublieront pas qu’ils sont dans une école et que la tenue vestimentaire doit être adaptée en conséquence : couvre-chefs, tenues négligées, marques ostentatoires de convictions philosophiques notamment n’ont pas leur place à l’école » ?

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Heureusement, ce n’est pas une règle générale. Certains règlements relient les restrictions vestimentaires aux « exigences des activités d’enseignement (natation, laboratoire…) », comme la Haute école de la Province de Liège, ce qui est de bon sens. D’autres délimitent clairement le champ de l’interdiction, comme la Haute école de la Province de Namur où « les accessoires vestimentaires qui ne permettent pas l’identification de la personne sont interdits. » Enfin, nous n’avons trouvé aucun établissement du réseau libre catholique qui pratique ce genre d’interdit, comme si celui-ci était le corollaire d’une affirmation laïque dévoyée. C’est donc de ce côté-là qu’il est impératif d’inverser la tendance.

Les pouvoirs organisateurs concernés doivent absolument se ressaisir et mettre fin à des discriminations qui, s’agissant de l’enseignement supérieur, frappent des personnes majeures, donc entièrement responsables d’elles-mêmes.

En défense de ces discriminations qui ne peuvent s’appuyer sur aucun dispositif légal, on a parfois recours à un argument confondant de cynisme : puisque de toute façon « ces femmes » ne trouveront pas d’emploi si elles s’obstinent à ne pas retirer leur foulard, autant qu’elles s’y habituent déjà pendant leurs études. Tout ça « pour leur bien », naturellement…

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Ce texte, sous la signature de Elizabeth Cohen, Mohssin El Ghabri, Henri Goldman, Mireille-Tsheusi Robert et Michel Staszewski, membres de Tayush, groupe de réflexion pour un pluralisme actif, a été proposé au Soir et à la Libre Belgique.

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[1] Argumentation cohérente mais contestable. Rien ne permet d’affirmer que ces « étudiants » (qui sont principalement des étudiantes) exerceront leur profession dans des établissements de l’enseignement public, ni même que ceux-ci soient tenus par une conception restrictive de la « neutralité » qui n’est pas tranchée à ce jour.

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  • Un message posté de la part de Cécile Rolin Posté par Henri Goldman, le 19 septembre 2011
    En effet le problème du foulard remonte à la surface mais je crois qu’il perd en virulence ce qu’il gagne en sagesse. Personnellement j’ai toujours été partisane de l’interdiction (...)
    Lire la suite
    • "Jeunes adultes…” Posté par Henri Goldman, le 19 septembre 2011

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