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7.06.2016

Mohamed Ali et les presbytes

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La presbytie est un trouble de la vision qui apparaît généralement après 40 ans et qui rend difficile d’effectuer un travail de près. Plus c’est proche, moins on voit clair. Il y a aussi des presbyties collectives. Exemple.

Souvenez-vous : on y avait déjà eu droit à la mort de Nelson Mandela. Il avait pourtant été de ceux qu’on appelait « terroriste ». Mais l’histoire avait tourné en faveur de la cause qu’il défendait. En 1993, son prix Nobel de la paix fut unanimement salué. Quand il est mort dans son lit en décembre 2013, tous les grands de ce monde se pressèrent à ses funérailles. Il fut canonisé de son vivant et aseptisé par des torrents de louanges. Depuis, les amphithéâtres à son nom et les timbres-poste à son effigie se sont multipliés.

Et voilà qu’on nous refait le coup avec Mohamed Ali. « Un des plus précieux héros de notre temps » éditorialise Le Soir dans un accès subit de presbytie. Ce héros avait rejeté son nom d’esclave. Quand on est discriminé et méprisé, c’est important de retrouver d’abord l’estime de soi-même, et celle-ci passe par la valorisation de ses ressources culturelles propres, de celles que personne ne vous aura imposé de l’extérieur. Mohamed Ali avait choisi le chemin de la dignité : face à celui qui se croît ton maître, te méprise et t’insulte, ne mendie pas tes droits et n’essaie surtout pas de lui ressembler.

« Il faut tout redire de Mohamed Ali à ceux qui aujourd’hui ne veulent pas voir le rejet que les Blancs de tout temps ont infligé aux Noirs, parce que Noirs » poursuit l’éditorialiste. Confortable : ça se passe loin d’ici, et nous sommes innocents des souffrances infligées à Mandela ou à Ali. Et pourtant, sous notre nez, plus de cinquante ans après sa mort, la Belgique n’a toujours pas rendu l’hommage qu’il mérite à Patrice Lumumba, « notre » Mandela, héros de l’indépendance congolaise, lui qui a incarné la quête de dignité du peuple noir du Congo dont « nous » étions les maîtres, lui qui n’a jamais porté les armes et qui fut pourtant lâchement assassiné en 1961 avec la complicité de « notre » Sureté. Mais pas une place à son nom, pas un amphi, pas un timbre-poste. C’est trop tôt paraît-il. Les blessures (de qui ?) ne sont pas encore cicatrisées…

Et encore : « Il faut tout redire de Mohamed Ali à ceux qui subissent l’hypocrisie et les jeux d’intérêt d’un pouvoir qui manipule, aveugle à ses propres manquements ». Face à cette hypocrisie, Ali avait rejeté la religion de ses maîtres en se convertissant à l’islam. Cette religion lui avait redonné sa dignité perdue. Ne voit-on pas que, toujours sous notre nez, beaucoup de nos concitoyens brandissent la même religion et ses attributs comme un acte de résistance et de fierté au lieu de rester à leur place assignée, de « nous » remercier pour nos bienfaits et de raser les murs ? Ils ont retenu la leçon de celui qui vient de s’éteindre et que l’éditorialiste du Soir érige en icône. Les presbytes penseront : « Quelle drôle d’idée. »

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