23.08.2015

Myopies suicidaires

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Il est des dettes dont on parle. Et d’autres que l’on tait. Le 13 août, l’humanité a atteint le seuil annuel au-delà duquel elle consomme plus de ressources naturelles que la planète ne peut en produire en une année. Bref, à l’aube du 14 août, nous avons entamé une vie à crédit, empruntée sur le dos des générations futures et des autres espèces avec lesquelles nous partageons notre sphère habitable. Plus inquiétant : en un demi-siècle, ce seuil s’est déplacé de quatre mois sur le calendrier, s’éloignant chaque année un peu plus du point d’équilibre.

L’espèce humaine fonce ainsi vers un péril qui menace son existence, persuadée que la croissance économique engendrera les solutions aux problèmes qu’elle a créés. Il en va de même avec une autre dette, sonnante et trébuchante : celle de la Grèce. Le 3e "plan de sauvetage" du pays vient d’être bouclé et approuvé, malgré les mises en garde du FMI. Et il est tout aussi assassin que les précédents pour l’économie nationale. L’Europe vient de placer un nœud coulant autour du cou de la Grèce et lui intime l’ordre désormais de tirer sur la corde, afin de se hisser au niveau de ses "partenaires" de la zone euro.

Par aveuglement idéologique ? Pas seulement. En raison de ce travers, également, qui gangrène la vie démocratique : la politique à courte vue et son indépassable horizon électoral. Les gouvernements des autres pays européens ne veulent pas qu’une voie alternative naisse en Grèce, craintifs qu’ils sont d’une contagion lors des scrutins nationaux à venir. Les Grecs peuvent être sacrifiés au nom d’intérêts immédiats. Et tant pis si la récession s’accentue, plongeant la population dans une plus grande pauvreté.

Il en va de même pour le "Tax shift" concocté cet été par le gouvernement fédéral belge. On allait voir ce qu’on allait voir. Et on l’a vu ! La recette de Michel & associés se résume à une vieille ficelle libérale et inique : un allègement des cotisations patronales financé par une hausse de la TVA et des accises. Dont celles sur l’électricité et le diesel. Et ces dernières mesures reposent plus sur un souci comptable que sur la volonté de peser sur les comportements par le bâton. En effet, aucune mesure n’a été prévue pour encourager le choix d’une consommation durable afin d’esquiver cette hausse du coût de la vie qui promet de porter atteinte au pouvoir d’achat.

Certains travers s’avèrent lourdement préjudiciables en certaines circonstances. Ainsi le manque de perspectives dont fait preuve la classe politique ne semble pas neuve. Mais à l’heure où l’humanité s’approche dangereusement de l’abîme, la myopie de ses dirigeants apparaît suicidaire. Et il faut s’interroger : les revers électoraux suffiront-ils à corriger ce trouble collectif de l’anticipation ? Chaque pas qui s’avance, s’approche un peu plus du vide.

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