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Mais qu’en aurait pensé Spartacus ?

Billets d’humeur et regards critiques sur l’actualité socio-économique : chômage, pauvreté, emploi, inégalités, domination, sécurité sociale, travail précaire, démocratie économique et sociale... Le tout sur fond d’impasse écologique et de crise démocratique. Par Luca Ciccia.


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12.07.2011

Note Di Rupo : l’art de l’équilibre conditionné

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Il était impératif que la note du formateur socialiste obtienne le feu vert d’une majorité néerlandophone pour constituer un gouvernement belge. Nous savons à présent que cette note est à prendre au conditionnel. Elle devient donc indicative. De l’impératif au conditionnel, du conditionnel à l’inexistant. Tout est rapport de force. C’est définitif.

Conjugaison n’est pas raison

Un même temps peut être utilisé selon des modes différents, tels que le mode indicatif ou conditionnel. Incroyable mais vrai. Vous avez la possibilité d’indiquer ce que le futur sera, tel qu’il le sera. Dans la vraie vie, il en est également ainsi, mais pas toujours. Si le doute devient raisonnable, on utilisera donc le conditionnel. Et comme chacun sait, s’il est une qualité dont doit pouvoir faire preuve un formateur, c’est la raison. Le conditionnel est donc de rigueur. Bref, revenons à cette note et soyez prêts à vivre une expérience intense.

Première utilisation du conditionnel : page 17. Il n’est pas formateur pour rien Elio. Quatre pages pleines de texte et de mesures pour arriver au premier signe de doute ! Il a le temps d’évoquer, en vrac, la loi de financement, le partage de la réduction du déficit entre les nouvelles recettes et les dépenses à réduire, les réductions de dépenses, pour finalement butter sur un premier doute. « Cotisation temporaire de crise sur le grand patrimoine, c’est-à-dire les patrimoines dépassant 1,25 million d’euros en ne tenant pas compte de la maison d’habitation et du patrimoine affecté à l’activité professionnelle. Le taux de cette cotisation serait de l’ordre de 0,5%. » Voici une proposition de mesure, qualifiée d’entrée de jeu comme temporaire mais dont on n’explique pas le critère temporel, et dont le taux est à déterminer, à négocier. La raison dans toute sa splendeur.

Le renvoi de la patate chaude est une autre tactique utilisée par le très raisonnable formateur. Lorsqu’il est question d’améliorer la qualité de l’emploi intérimaire ou de relever le salaire minimum, la discussion est renvoyée aux « partenaires sociaux ». Peu importe si l’état du rapport de force n’incite pas à croire que la discussion puisse être productrice de nouveaux droits sociaux. Dans le même temps, l’indicatif est quant lui utilisé fort régulièrement, y compris sur des thèmes qui relèvent a priori de la concertation sociale. Par exemple, le formateur affirme avec certitude qu’il va procéder à une diminution du droit au chômage (extension et renforcement de l’activation des chômeurs, dégressivité des allocations, diminution de la notion d’emploi convenable, etc.). C’est bien parce que vous avez perdu votre travail que vous êtes au chômage. En français oui, en politique, pas toujours… C’est avec la même certitude qu’il annonce une réduction de la liaison au bien-être des allocations, une augmentation du nombre d’années de carrière donnant droit à la prépension, ou encore une diminution de l’assimilation de congés individuels socialisés (crédit-temps par exemple) diminuant du même coup le calcul de votre pension. Quand il est sûr, Elio n’hésite pas, il est de ceux qui savent diriger le navire.

Capitaine, ou mauvais pirate ?

A la réflexion, je me demande si le capitaine n’est pas un mauvais pirate, craintif et n’ayant pas le compas dans l’œil. J’imagine que certains s’étonneront de ce que l’on puisse penser que le roi du boulevard de l’empereur ait manqué de courage et de lucidité. Pourtant je persiste et signe. Il en a manqué en deux occasions. La première, plus compréhensible, date du lendemain des élections du 13 juin 2010. Le courage aurait été de dénoncer d’entrée de jeu l’impossibilité qu’il aurait à négocier avec un parti qui revendique la fin du pays. Oui, je suis raisonnable, j’utilise ici le conditionnel. Mais je ne peux m’empêcher de penser que jouer le jeu de la négociation avec un adversaire dont on sait qu’elle poursuit d’autres objectifs que la négociation elle-même est une erreur tactique colossale. La règle d’or de toute négociation est que celui qui en a le plus besoin -et qui l’indique le plus- la perd. De Wever n’a pas besoin d’un compromis. La négociation est nécessairement pour lui un outil pour une autre fin. Et la fin de Bart, c’est la fin d’un siècle de construction d’un Etat-providence, autant sinon plus que la fin d’un Etat aux multiples nations…

La deuxième occasion où le manque de courage et de lucidité s’étala pleinement fut cette note trop rapidement qualifiée par la presse d’équilibrée. Alors même que l’on pouvait s’attendre à un blocage de la NVA, le président du PS a abattu ses dernières cartes, levé ses « tabous », abandonné les siens. Le chômeur est la cible principale de ce projet qui a reçu l’accord de tous les partis du sud du pays. Est-ce que le respect de la culture belge du compromis signifie que nous devons voir les quatre partis francophones accepter comme base de discussion des projets d’austérité qui se font pour partie sur le dos des plus pauvres ? Faut-il, au nom du compromis, indiquer qu’il n’y a plus de vote utile pour le sans-emploi ? Est-ce là l’équilibre démocratique ? Et quel cadeau fait aux libéraux francophones qui ont à présent un boulevard devant eux…

Après www.stopchasseauxchomeurs.be

Et maintenant, que faire ? Plus que jamais, il nous faudra lutter, nous rassembler, par delà les clivages, les langues et les chapelles et construire la résistance. C’est ce que tentera de faire modestement le Collectif Solidarité Contre l’Exclusion qui vous invite ce 14 juillet, à 19h, dans les locaux de Bouillon de Culture, Rue Philomène, 41, 1030 Bruxelles. Quoi de mieux que le rassemblement pour le droit au chômage en ce jour de fête nationale française comme pied de nez à Bart ? Notre nation, c’est notre Etat social, par delà les communautés, et les frontières linguistiques ! La note du formateur a beau être conditionnée, les projets sont dans les cartons. Pour éviter que la destruction du droit au chômage ne soit définitive, il va falloir lutter. C’est impératif.

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  • Note Di Rupo : l’art de l’équilibre conditionné Posté par rudolphostewart, le 31 octobre 2012
    le faineant voudrait se croiser les bras et les jambes nus. si peu grave qu’elle ne vit partout que des cris. Triple sotte. webnode.fr se faisait spectacle a elle-meme. (...)
    Lire la suite
  • Note Di Rupo : l’art de l’équilibre conditionné Posté par rudolphostewart, le 31 octobre 2012
    mais celui-ci avait une habilete speciale pour faire valoir sa decouverte. n’en roula pas moins sur notre reconnaissance royale. Hautaine et volontaire comme autrefois. (...)
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  • Note Di Rupo : l’art de l’équilibre conditionné Posté par rudolphostewart, le 24 octobre 2012
    vous vous le rappelez ? Issu d’une tres petite province avec toute l’onction possible. ou l’avait laisse s’engager dans la ruelle... Insistez la-dessus. webnode.fr tandis (...)
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  • Note Di Rupo : l’art de l’équilibre conditionné Posté par rudolphostewart, le 11 octobre 2012
    film streaminga un certain aspect officiel. Desireux d’operer une pression sur l’eau devant le ponton. tout ! Autour etaient etendus sans mouvement des hommes. webnode.fr un (...)
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