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20.11.2014

Interdiction des signes convictionnels pour le « front office » : oui, mais ...

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Si je vais déclarer la naissance de mon sixième enfant, je n’ai pas à être reçue par un(e) fonctionnaire qui arbore un t-shirt avec un slogan malthusien. Si je vais épouser une femme, je n’ai pas à être mariée par un(e) fonctionnaire qui arbore un crucifix. Si je vais immatriculer ma nouvelle Porsche, je ne veux pas que le fonctionnaire en face de moi montre son appartenance à la Fgtb.

On peut multiplier les exemples. Ceux-ci ont été choisis pour la haute improbabilité de les voir s’appliquer à mon cas personnel… L’impartialité des services publics – je n’ai pas écrit « la neutralité », concept beaucoup plus délicat – impose celle de l’apparence des fonctionnaires qui sont en contact avec les citoyens.

C’est pour moi une évidence.

Malheureusement, le débat autour de l’opportunité de cette interdiction est véritablement gangrené par la fixation que font tant ses défenseurs que ses opposants autour du foulard dit islamique. Cette pièce de tissu s’est transformée, pour les uns, en symbole de la soumission des femmes aux hommes dans un islam supposé irrémédiablement arriéré et patriarcal, et, pour les autres, en incarnation d’une liberté religieuse qui semble avoir élu domicile plutôt sur la tête qu’à l’intérieur de celle-ci.

Résultat, tout le monde comprend la volonté de Steven Vandeput, ministre NVA de la fonction publique, d’interdire le port de signes religieux, politiques ou philosophiques aux fonctionnaires en contact direct avec le public, comme visant, essentiellement, voire exclusivement, les femmes musulmanes qui portent le foulard.

Aussi, ce n’est pas sans argument que le groupe Tayush estime que cette interdiction est discriminatoire en ce qu’elle vise uniquement un seul groupe de la population, les femmes musulmanes.

Et de rappeler au passage que les hommes musulmans sont rarement inquiétés pour la longueur ou la forme de leur barbe… (Tayush écrit « jamais », mais cela est manifestement excessif).

Je propose donc qu’il soit entendu pour l’application de la future loi que seul le foulard islamique sera considéré comme signe convictionnel, et qu’on laissera les femmes qui le souhaitent couvrir autrement leurs cheveux, d’un bandana de couleur neutre.

Position chèvre-choutiste ? Certainement. Nous vivons dans une société multiculturelle et multicultuelle où me semblent dominer – c’est particulièrement vrai à Bruxelles – deux groupes de population : les musulmans et les mécréants. (Le terme utilisé pour qualifier ce second groupe auquel j’appartiens moi-même n’ayant évidemment rien de péjoratif : il est simplement efficace pour englober tous ceux qui à un titre ou un autre, n’ont pas de religion). Nous devons adopter des compromis qui, au risque de mécontenter tout le monde, ne blessent pas irrémédiablement dans leurs valeurs la majorité des membres de l’un de ces deux groupes.

L’interdiction des signes convictionnels pour les fonctionnaires du « front office » me paraît pouvoir être rangée parmi ce type de compromis.

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