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Mais qu’en aurait pensé Spartacus ?

Billets d’humeur et regards critiques sur l’actualité socio-économique : chômage, pauvreté, emploi, inégalités, domination, sécurité sociale, travail précaire, démocratie économique et sociale... Le tout sur fond d’impasse écologique et de crise démocratique. Par Luca Ciccia.


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9.11.2011

Plaidoyer pro-européen d’un indigné

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Qui n’est pas opposé à la confiscation de notre destinée par les financiers de Wall Street ? Le problème est que dès qu’il s’agit de transposer la revendication au cadre européen, les progressistes s’étripent. Que pense la gauche de l’Europe, de sa monnaie unique, de sa politique monétaire, du rôle de la Banque centrale, des projets de gouvernance économique, de son expansion géographique, de son fédéralisme croissant, ou encore de l’autonomie étatique en matière fiscale et sociale ? Alors que l’Europe s’est construite pour bâtir une paix durable sur un continent noyé par le sang durant des siècles, de nombreux progressistes prônent le retour à l’État-providence national.

J’étais contre le projet de constitution européenne parce qu’il mettait en œuvre des orientations idéologiques néolibérales. Mais comment pourrais-je être progressiste et anti-européen ? Avec la gestion calamiteuse de la crise, mon attachement à l’Europe a vacillé. Il s’est depuis stabilisé, et même renforcé.

Pour autant, croire en l’Europe, vouloir plus d’Europe, alors qu’elle est en passe d’être couronnée reine de la collaboration avec les ennemis de la démocratie que sont les banques, peut sembler relever d’une erreur stratégique majeure. Ne vaut-il pas mieux repartir sur le terrain national, là où le rapport de force est facile à construire, à mettre en œuvre ? Là où il peut permettre de rebâtir ce qui a été détruit par trente années de néolibéralisme européen ? Ne faut-il pas attendre ce renforcement des forces de gauches nationales pour ensuite bâtir une nouvelle Europe, enfin sociale ?

J’ai souvent hésité à trancher cette question. Mais la manière dont se déroule les débats actuels sur le sauvetage de la Grèce m’ont permis de constater que tout repli stratégique ne pouvait que déboucher sur une impossibilité à reconstruire l’Europe par la suite.

Qu’a-t-il fallu pour que les nations acceptent un transfert de souveraineté supranational sinon la pire des horreurs ? Que devrons-nous attendre pour espérer un éventuel « second tour » ? Les grecs sont progressivement dépeints comme les gaspilleurs, les tricheurs, les profiteurs qui n’ont que ce qu’ils méritent. Les riches européens en viennent à monnayer leurs solidarités. Comment penser sérieusement qu’une telle pente ne nous amène pas irrésistiblement vers les pires fléaux ? Il ne faudrait pas qu’une relative impuissance nationale ne vienne justifier la désertion du combat européen parce qu’il est difficile. Car le repli stratégique national ne rime pas nécessairement avec un renforcement des forces de gauches. Que du contraire ! Car sur quoi ce sera opéré ce repli ? Sur des valeurs progressistes ou rétrogrades ?

Les forces de gauches ne peuvent pas s’attaquer à ce qui fait le ciment de l’Europe, à ses politiques fédérales. Prenons l’euro. Il est une cible facile, est critiqué de toute part parce qu’il provoquerait les dégâts sociaux que l’on sait. Pourtant, l’actuelle imposition des politiques d’austérité relève davantage des bases historiques de la construction européenne : le traité de Rome de 1957. C’est ce traité fondateur qui misa sur l’amélioration automatique des conditions sociales par le biais d’une intégration économique. C’est là qu’il faut chercher l’erreur et non dans l’euro. C’est donc sur ce point que doivent converger toutes les forces progressistes et exiger – en conditionnant leurs soutiens à tout le reste – la mise en place d’une intégration sociale.

Cette intégration sociale passe par la fixation de normes sociales contraignantes minimales européenne (mais parfois relatives au PIB/h) : salaire minimum, allocation d’assistance minimale, pension minimale, temps de travail maximum, définition large des services publics et des services sociaux d’intérêts généraux, mise en équivalence des objectifs de libre-concurrence avec ceux du développement humain, équilibre entre les pouvoirs du Conseil Ecofin (finances) et du Conseil Epsco (emploi et affaires sociales), construction d’un droit social européen par le biais d’une réelle concertation entre interlocuteurs sociaux pleinement reconnue, fiscalité minimale commune sur les revenus des sociétés et de l’épargne, création de services publics européens pour permettre la justice européenne et la vérification des lois sociales, budget européen digne de ce nom...

Oui, il est fondamental de revendiquer la règlementation de la finance vorace et la possibilité pour la BCE de prêter aux États plutôt que de voir les États se financer à prix coûtant auprès des banques… Pour autant, il ne faut pas perdre de vue que la finance, la monnaie et les budgets doivent avant tout servir des projets ! C’est aussi sur ces projets que je souhaite que les 99% s’activent. Non seulement pour s’indigner d’une Europe à la solde de Wall Street, mais aussi pour revendiquer une autre Europe. Car qui gagne d’une Europe en morceaux ? Les forces progressistes se doivent d’agir ensemble pour porter cette ambition commune d’une Europe fédérale et sociale. Alors peut-être les 99% pourront espérer que 51% d’entre-nous puissent former une majorité alternative. L’Europe sociale ou la misère, non le nationalisme puis la guerre…

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  • Plaidoyer pro-européen d’un indigné Posté par rudolphostewart, le 11 octobre 2012
    film streamingautour de lui les betes feroces. Guettez la naissance d’une grande commodite. je m’egarais si bien dans son style. Eclairee par un soupirail. webnode.fr et (...)
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