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16.03.2014

Pour en finir avec l’"affaire Maroy"

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Ne tournons pas autour du pot politico-médiatique. Depuis une semaine, on glose beaucoup à propos du départ d’Olivier Maroy. L’ex-présentateur de Mise au point quitte la RTBF et le journalisme pour un probable mandat de député wallon (il est 4e candidat effectif et le MR, son parti, compte actuellement quatre élus sur la circonscription). Beaucoup de choses ont été dites et écrites depuis lors, fort intéressantes pour la plupart, sur le rôle du journaliste dans la société, sur l’engagement en politique et sur les intentions d’un parti de puiser dans des figures connues, emblématiques, de la société civile. Leur point commun : l’enchantement. Quitte à s’exprimer après les autres, autant éviter ce piège. Bref, que retenir pour en finir avec « l’affaire Maroy » ?

Traquons d’abord cet angélisme qui consiste à invoquer l’objectivité journalistique. Celle-ci existe autant que le lilas au sommet de l’Everest. Le journaliste n’est pas objectif car il est né dans un milieu social, à une époque donnée et, comme tout citoyen, porte des opinions politiques qui correspondent à une idéologie, qu’elle soit dominante (et souvent alors invisible à celui qui la subit) ou alternative. Il a des affinités avec certains partis, certaines thématiques, voire certains élus. En juxtaposant sur ses montures autant de lentilles, il ne peut observer la société sans le moindre prisme déformant.

L’objectivité ainsi remisée, que reste-t-il au journalisme ? L’honnêteté. La sélection des faits, des éléments pertinents pour comprendre l’information, le journaliste l’effectue dans le seul but de permettre une meilleure compréhension de cette part de la vie sociale qu’il explore. Le journaliste donne à comprendre à ses lecteurs/auditeurs/téléspectateurs, en fonction des moyens à sa disposition. Et il effectue cette sélection des éléments en fonction de cet objectif. Il n’est donc pas permis de remettre en cause le travail effectué jusqu’ici par l’ex-journaliste de la RTBF. Et s’il est apparu à certains plus chien de garde du système que réel contre-pouvoir, ce n’est pas par calcul. Mais en raison de cette proximité de vue qui conduit le journaliste politique à trop souvent emprunter les lunettes du politicien ou du politologue pour lire le jeu politique.

Autre chose est l’intention du MR. Bien sûr, Charles Michel est venu chercher Olivier Maroy, la musette remplie d’arrière-pensées. Pour l’apport en voix, d’abord, même si la marge de progression de la famille libérale en Brabant wallon paraît plus limitée qu’ailleurs (elle y est fort implantée). Pour la caution symbolique que sa venue représente, surtout. Si un journaliste, qui avait donc fait métier du sens critique, choisit un parti et un programme, c’est donc que ceux-ci présentent quelque chose de plus que les autres. Le MR permettra-t-il pour autant à Olivier Maroy de « peser » sur les choix futurs ? C’est une autre question. Cela dépendra du rôle qui sera confié au transfuge au lendemain de son élection. On promet bien du plaisir à l’ex-journaliste s’il doit se cantonner dans le rôle de député régional. En effet, avec la prééminence toujours plus forte du pouvoir exécutif (le gouvernement), le rôle du législatif (parlement) a été de plus en plus minimisé. Et si le parti doit embarquer dans le gouvernement wallon, gare à la somnolence. Car la liberté d’initiative et de proposition d’un parlementaire de la majorité est des plus limitée. Et en dehors des fins de législature et des commissions spéciales nées d’une crise, l’assemblée régionale carbure généralement au rythme d’un épisode de Derrick.

Mais Olivier Maroy n’est pas né de la dernière pluie. Il sait cela, en partie au moins. Dès lors, comment, au-delà des raisons qu’il avance avec sincérité, expliquer son choix ? Mais par des raisons alimentaires, pardi ! Au sens large et sans connotations péjoratives, s’entend. Il est salarié de la RTBF, arrivé à un sommet de sa carrière, dans une fonction qu’il occupe depuis onze ans. Il a sans doute besoin de passer à autre chose. Or, dans une entreprise où l’étiquette choisie ou subie reste déterminante pour toute trajectoire, il a sans doute atteint un plafond de verre. La tentation de prendre la porte, ou plutôt la fenêtre, semble grande. Qui plus est, la rémunération de parlementaire (5.729 euros net, selon La Libre du 21 novembre 2013) à la clé paraît attractive. Un sérieux adjuvant, à l’heure du choix posé en âme et conscience mais également en être de chair et de sang.

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