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Mais qu’en aurait pensé Spartacus ?

Billets d’humeur et regards critiques sur l’actualité socio-économique : chômage, pauvreté, emploi, inégalités, domination, sécurité sociale, travail précaire, démocratie économique et sociale... Le tout sur fond d’impasse écologique et de crise démocratique. Par Luca Ciccia.


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20.08.2011

Pour une monnaie internationale qui ait du sens

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La carte de crédit pour tous ? C’est possible, c’est indispensable !

La crise de la dette paralyse les grands de ce monde. Dans ce contexte, j’ose cette affirmation un peu folle : le crédit facile pour tous est possible et même indispensable. Il s’inscrit tout simplement dans la marche de l’Histoire humaine.

Depuis que le monde est « civilisé », l’argent est roi. Et s’il rime avec pouvoir, c’est toujours dans le cadre d’une communauté politique organisée que l’argent est règlementé, mis en circulation et, avant toute chose, créé ! Mais d’où vient l’argent ? Le vol, la nature, et la création monétaire.

La première idée qui vient à l’esprit est aussi évidente que problématique : le travail. Une personne seule sur une ile déserte pourra produire de la richesse. Le financier lui ne pourra que compter ses sous, mais ne produira rien. Le travail est la source première de toute création de richesse. Cela est chose certaine. Mais à y regarder de plus près, si le travail crée la « richesse », il ne crée pas l’argent en tant que monnaie… Le commerce n’est qu’échange et si certains perdent ce que d’autres gagnent, la somme des monnaies échangée ne devrait, en toute logique, pas évoluer.

La première méthode, couramment utilisée à travers l’histoire pour augmenter sa possession d’argent : le vol, la guerre, le pillage, la croisade, etc. Pour avoir de l’argent, on peut le prendre à autrui. Même en notre époque contemporaine dite civilisée, cette méthode reste très courue… Une communauté et ses chefs se serviront soit dans leur propre communauté (par exemple par un système fiscal, ou une distribution des revenus dans l’entreprise, injustes), soit dans la communauté voisine. Des individus isolés pourront s’essayer au petit larbin. Une variante du vol : créer de l’argent par le faux-monnayage. Sorte de vol du pouvoir régalien. Car de tout temps, c’est le pouvoir politique (prince, roi, gouvernement, etc.) qui a le monopole de l’émission d’argent. Nous y reviendrons.

Deuxième méthode : la « nature » ! C’est que l’argent et l’or sont d’abord une ressource naturelle, créée à des millions d’années lumières d’ici, poussières d’étoiles amassées sur terre, présente en quantité déterminée. Trouver du métal précieux, c’est devenir riche. Le décollage de l’économie européenne dans ce qui fut l’âge d’or de la Renaissance est d’ailleurs peu compréhensible si l’on ne prend pas en compte l’arrivée massive de métaux précieux venus des Amériques.

Troisième méthode : la création monétaire. C’est historiquement le « fait du prince ». Le « prince » a deux possibilités de créer de l’argent-monnaie. La première relève du bricolage. Et le peuple ne s’y trompe pas. Si le Roi crée une monnaie, la manipule, et en fixe « frauduleusement » la valeur, bien vite, les citoyens –et-ou la bourse - fixeront sa valeur réelle, bien en deçà de la valeur initiale. Ce type de bricolage ne peut se poursuivre. Si le pouvoir de battre monnaie doit rester « régalien », il faut en contrepartie que ce pouvoir assure la valeur de la monnaie émise, qu’il en soit le garant. C’est une avancée démocratique importante, qui ne s’est pas faite sans douleurs… Le droit régalien de battre monnaie impose le devoir dû au peuple d’en garantir sa valeur.

Il existe une deuxième possibilité de création monétaire : le crédit ! Il est aussi vieux que l’argent et remonte au moins à 3300 av J-C, à Summer. La technique est d’une simplicité redoutable. Le crédit utilise le temps. Il constitue une avance considérant que l’emprunteur pourra payer plus tard (avec ou sans intérêts, là n’est pas –encore- le problème…). Le prêt n’est possible que si une vraie monnaie (en or ou argent par exemple) compense le montant prêté. Le papier-monnaie ne vaut donc que si la monnaie tenue en dépôt par le prêteur existe en pareille valeur métallique. Si des techniques se créent dès le 16ème siècle pour permettre plus de souplesse dans le transfert des titres papiers, la réserve métallique reste de mise. Mais après quatre siècles de développement économique, le lien devient plus ténu, plus lointain. Il ne faut plus une correspondance exacte entre le prêt et la réserve détenue, et ce relâchement permet d’énormes créations monétaires. Le problème consiste à fixer la « bonne » correspondance, le bon niveau. Avec la crise de 2008, nombreux sont ceux qui ont exigé de relever le montant des réserves bancaires pour limiter les possibilités de crédit offerts par les banques. Ceci n’est possible en notre époque que parce que la croissance économique –et donc monétaire- ne dépends plus des stocks de métaux précieux…

La révolution intervient en 1971. Jusque là, et depuis les accords de Bretton Woods (1944), la valeur du dollar était adossée à l’or de sorte que le Dollar était la monnaie internationale de référence, détenue en grande quantité par de nombreux pays. Mais constatant que les stocks d’or ne pouvaient suivre l’évolution économique, le président Nixon déclare le dollar inconvertible en or. L’or n’est plus la monnaie de référence. Le Dollar le devient à titre principal, mais sans correspondance avec de la « vraie » monnaie. Nous vivons donc depuis peu, sans trop nous en rendre encore bien compte, dans une nouvelle époque de l’histoire de l’humanité : nous expérimentons depuis cinquante ans seulement la possibilité de créer de l’argent à partir de rien ! Sans vraiment utiliser cette boite de pandorre. Le risque d’inflation serait réel et, si la création monétaire n’est pas liée à l’évolution de la richesse réelle (fruit de la production et de la nature), la création de richesse peut devenir destruction de richesse. De plus, le surplus d’argent -provenant aussi bien des banques commerciales que des banques centrales- crée des bulles spéculatives. Enfin, le risque est « géopolitique » si un Etat s’arroge ce droit au détriment des autres.

Pourtant, les Etats-Unis se sont arrogé le droit de créer de l’argent à partir de rien et l’ont pratiqué. Ils l’utilisent au moins de deux manières. Ils financent leur dette par le biais des Dollars émis puis achetés par les pays amis que sont surtout les pays exportateurs de pétrole (Pays arabes ou Russie) ou exportateurs de biens de consommation (principalement la Chine). Les USA font fonctionner la « planche à billet » et ces pays, dépendants de la bonne santé de la consommation américaine, achètent ces Dollars avec de la vraie monnaie. D’autre part, les USA ont permis à des organismes privés de créer des systèmes de crédits si peu liés à la production de richesses qu’ils ont provoqué la crise des subprimes (la source précise de la crise que nous connaissons aurait donc pu être différente). Les USA ont ainsi crée de la dette et de l’inflation. Ceci n’est pas nécessairement un gros problème si elles ne sont pas trop élevées et que les taux d’intérêts réels restent inférieures au taux de croissance, l’époque des trente glorieuses en témoigne. Plus embêtant, en s’arrogeant ce droit, ils ont crée les germes de la crise financière et monétaire internationale que nous connaissons depuis trois ans. Les pays « amis-dépendants » ne peuvent continuer à financer l’endettement américain.

L’idée d’une monnaie internationale de référence et même le retour de l’étalon or ou de quelque chose approchant revient à la surface depuis que le Dollar a perdu son « AAA ». La Chine revendique une monnaie internationale, et annonce ne plus pouvoir soutenir le Dollar. Elle ne souhaite donc plus accorder ce droit spécial aux USA. Pour sortir de cette crise, on se remémore le bancor que Keynes n’avait pu imposer au monde face à l’intransigeance américaine lors des négociations de Bretton Woods. De manière plus limitée, les « eurobonds » sont discutés au niveau européen. On imagine aussi le FMI devenir l’institution monétaire internationale émettant et garantissant une monnaie internationale de référence (par le biais de Droits de Tirages Spéciaux, DTS, dont vous allez de plus en plus entendre parler dans les mois à venir), dont la valeur serait constituée par exemple sur base d’un panier des monnaies des plus grandes économies et des principaux métaux et matières premières. (Elle l’est actuellement sur base des quatre plus grandes monnaies mais n’est pas encore une monnaie internationale de réserve en tant que telle).

On commence donc à percevoir que les réponses à la crise actuelle renvoient à la meilleure manière de gérer les conséquences de la décision prise par Nixon en 1971 et qui marque le début de l’ère du néolibéralisme. Car si l’abandon de l’étalon or était probablement inévitable, la volatilité totale des taux de change entre monnaie n’était pas la seule alternative. La libéralisation des capitaux encore moins… Car qui a profité de cette prise de pouvoir de l’Homme sur son Histoire en s’arrogeant le droit de créer l’argent ? Un pays et, en son sein, une élite, qui a crée ce système monétaire international pour mieux spolier les richesses du monde, bien réelles.

L’argent « facile » fut un jouet donné trop tôt à l’humanité, à une toute petite partie de celle-ci qui plus est. Car si nous y réfléchissons un peu, quelle énorme avancée pour l’Homme que la possibilité qu’il s’est donné de construire la richesse monétaire sans lien aucun avec le réel, de sorte qu’il peut ainsi influer celui-ci, selon sa simple volonté.

Des économistes sérieux ont pensé les conséquences et potentialités de cette situation inédite. Imaginez un monde doté d’une nouvelle monnaie internationale de référence, dont le contrôle serait confié à l’ONU et qui pourrait progressivement émettre autant d’argent estimé que nécessaire. Quid du risque de bulle et d’inflation ? Tout dépend de la progressivité, de l’objectif et de l’affectation de ces nouveaux moyens. Si nous pouvons imposer une relative fixité des taux de change et imposer l’utilisation de cette nouvelle monnaie à côté des monnaies nationales, il suffit de s’assurer que cette monnaie servira les grands chantiers de l’humanité (scolarité, santé, alimentation, logement, énergie propre, etc.) pour éviter le risque de contagion inflationniste. Nous pourrions commencer par la banque centrale européenne mais les déséquilibres internationaux reviendraient bien vite. Car la condition de réussite de cette formidable avancée de l’Histoire consiste à s’assurer que la destination des fonds ainsi créés soit équitable au regard des besoins réels des citoyens du monde. Pour pouvoir disposer de cette possibilité révolutionnaire, sans prendre le risque d’inflation démesurée et de désordres géopolitiques tels que nous les connaissons actuellement entre l’occident et l’orient, il faut pouvoir penser comme si chacun de nous étions citoyens de ce monde. Face aux sceptiques, n’oublions surtout pas que le système actuel de création monétaire basée sur le crédit privé a vu l’augmentation de la masse monétaire atteindre des sommets, sans pour autant que cela provoque une grande inflation. La base monétaire mondiale a cru de 8 à 14% du PIB mondial entre 1997 et 2007 ! Principalement en cause, la politique de la FED qui sert des intérêts bien ciblés. Imaginer si cette augmentation de masse monétaire était le fait d’une communauté internationale...

Mais il est à craindre que nous soyons encore des enfants dotés d’un jouet interdit aux moins de douze ans… Reste dès lors à poursuivre le vol, la dégradation de la nature, le travail jusqu’à la mort, le bricolage du prince ou la politique de crédit qui mène aux crises de la dette … La création monétaire raisonnée et négociée à l’échelle du globe ne résoudra pas la problématique du crédit et de l’endettement des ménages et des nations. Mais si les objectifs de cette nouvelle monnaie internationale ainsi créée sont bien établis, progressifs dans le temps et quant aux affectations décidées, nul doute que le besoin de croissance économique sans fin ayant besoin du crédit, comme l’homme d’oxygène, s’essoufflera bien vite… Oui, il est question de vie et de mort. La carte de crédit pour tous est notre salut. Car les déséquilibres monétaires entre l’orient et l’occident ne peuvent se résoudre que de deux manières : par la coopération et la création d’une monnaie internationale dont on peut espérer qu’elle sera utilisée pour financer des projets améliorant le sort de l’humanité ; ou par la guerre. Keynes disait que « la monnaie est le pont entre le présent et le futur ». Le problème est que Marx nous rappelait que « la monnaie est pouvoir ».

Ps. D’ici le temps du consensus entre grandes puissances, et en parallèle, je pense que les monnaies locales complémentaires méritent un réel développement, au niveau des régions par exemple. Voyez ceci http://www.dailymotion.com/video/x8... pour une explication orale ou encore ceci http://www.lesechos.fr/economie-pol... pour découvrir l’exemple de Toulouse. Pps. Je conseille le livre de François Rachline, « D’où vient l’argent », Édition du Panama, 2006, qui a très largement inspiré ce billet.

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  • lien bibliographique Posté par Luca Ciccia, le 5 septembre 2011
    Mr Rachline a réédité et complété son livre. Voici les références pour aller plus loin dans le débat relatif aux possibilités qu’offrirait une banque centrale (...)
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