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25.04.2010

Prendre BHV dans l’autre sens

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Même si l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde est scindé, même si les circulaires Peeters et Martens sont confirmées et même si les facilités sont complètement supprimées, même si la Flandre se déclare indépendante et que les limites de Bruxelles deviennent des frontières d’État… Même alors, les francophones bruxellois continueront à s’installer dans la périphérie flamande et auront toutes les possibilités d’y organiser une véritable guérilla contre les autorités si on s’obstine à vouloir leur pourrir la vie.

Ils s’y installeront pour la même raison que les Français et les Hollandais viennent s’installer en Belgique : parce que le régime fiscal y est plus favorable. La Flandre libérale impose déjà aujourd’hui ses habitants nettement moins que la pauvre Région bruxelloise, et cet écart s’accentuerait si elle pouvait totalement s’émanciper du cadre fédéral belge. Avec l’argent économisé, les francophones installés en Flandre n’auront aucune difficulté à scolariser leurs enfants sur place, dans des écoles privées sur le modèle des écoles internationales qui pullulent dans le grand Bruxelles, ou en Wallonie-Bruxelles qui formeraient une Belgique résiduaire où ils pourront compter sur la solidarité des autres francophones. Face à toutes les entorses aux droits individuels qu’ils rencontreront, ils pourront directement s’adresser à la Cour de Strasbourg sans que les compromis belgo-belges ne viennent faire écran. Enfin, ils auront les droits politiques que le Traité de Maastricht accorde à tous les Européens : ils auront droit de vote et d’éligibilité aux élections communales (et pourront donc faire valoir leurs majorités là où elles se manifestent déjà) ainsi qu’aux élections européennes où ils auront le choix de voter (et d’être candidat) en Flandre ou dans leur région d’origine. Ils pourront également voter aux élections « fédérales » au même titre que tous les Belges établis à l’étranger. D’ailleurs, si on suit la tendance actuelle, ils devraient même pouvoir acquérir aisément la double nationalité flamando-belge, et pouvoir ainsi voter des deux côtés.

Prendre BHV dans l’autre sens, c’est changer la question et donc les réponses. Au lieu de se demander : comment dissuader les francophones de s’installer dans la périphérie flamande de Bruxelles – ce qui, on vient de le voir, est illusoire –, il faut plutôt se demander comment les dissuader de quitter Bruxelles, comment leur donner envie d’y rester.

Car il y a bien une tendance de fond : malgré toutes les incertitudes qui pèsent sur l’avenir institutionnel de la région métropolitaine de Bruxelles, la classe moyenne « blanche » continue à fuir la capitale dont le dynamisme démographique tient uniquement à l’immigration (l’équivalent de la commune de Saint-Josse chaque année), à la fécondité des femmes d’origine immigrée et à l’allongement de l’espérance de vie. Soit trois catégories de personnes en croissance qui émargent largement aux budgets sociaux dont l’équilibre est de plus en plus problématique, les recettes reposant chaque année sur un nombre de plus en plus restreint de ménages.

Il n’y a pas que l’aspect fiscal. Les jeunes Bruxellois restent en ville et participent à son dynamisme culturel entre le moment où ils quittent leurs parents et celui où ils décident de fonder une famille. Dès ce moment-là, de façon pavlovienne, ils leur faut absolument « un bout de jardin ». Aux premières chaleurs du printemps, la folie du barbecue les prend. Et comme ledit « bout de jardin » est impayable à Bruxelles, on se résout à l’exode. Pas trop cher, pas trop loin : donc dans le « Rand ».

Il faut impérativement inverser la tendance. Rendre l’espace urbain beaucoup plus accueillant. Transformer la plupart des rues habitées en « salons collectifs » en subordonnant la place de la voiture à la convivialité du voisinage. Multiplier les stewards urbains et les policiers d’îlot et associer les habitants à la lutte contre l’insécurité et le sentiment qu’elle génère. Enfin, soutenir massivement l’associatif de terrain, et pas seulement par du saupoudrage de subsides sans évaluation.

Oui, tout ceci à un coût. La Flandre est une région prospère. Elle s’en vante même avec une pointe d’arrogance. Mais au lieu de punir les Bruxellois parce que les Flamands ou leur langue seraient maltraités dans la capitale, elle ferait bien mieux d’y investir massivement, non dans le but de donner à leur culture une place disproportionnée, mais en vue de faire de cette ville un endroit tellement attractif pour, notamment, les « jeunes-ménages-à-deux-revenus », qu’ils s’expriment en français, en néerlandais, en letton ou en kirundi, afin que pour rien au monde ils ne veuillent échanger le privilège de vivre dans une ville aussi captivante contre une villa standardisée à quatre façades dans un lotissement sans âme à Dilbeek.

La tache d’huile bruxelloise a commencé à s’étendre dans les années soixante et septante, quand cette ville fut massacrée à coup de pénétrantes autoroutières, faisant fuir ceux de ses habitants qui en avaient les moyens. La seule façon de l’empêcher de s’étendre encore aujourd’hui, c’est d’utiliser cette huile pour redonner du goût à la salade bruxelloise au lieu de s’obstiner à la rendre immangeable à force d’absurdités bureaucratiques et de petits chantages contreproductifs.

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