Accueil du site >Blog  >Le blog d’Henri Goldman  >Présidentielles françaises : le coup d’après
31.08.2016

Présidentielles françaises : le coup d’après

imprimer
envoyer
17845
17846
17847
17848
17850
17852
17856
17849
17854
17853
commenter (10)

40 candidats, paraît-il. Pourtant, on commence à y voir clair. Car la plupart d’entre eux ne se déclarent que pour prendre date, sans la moindre illusion de faire un score, ni même d’aller jusqu’au bout. Il s’agit simplement de se constituer une petite notoriété à cette occasion pour la marchander avec tel ou tel candidat final. Un peu de patience, ça se dégage.

D’abord, il y aura des primaires. À droite, ça se jouera entre Sarkozy et Juppé. Si c’est Sarkozy, il prendra des voix à Marine Le Pen mais en perdra au centre où un Bayrou ou un Macron trouveront du coup un peu d’espace. Au PS, ça se jouera en fin de compte entre Hollande (ou Valls à défaut) et Montebourg, le mieux placé des candidats de la gauche socialiste sur lequel tous les autres (Filoche, Hamon, Lienemann) devraient finir par se reporter. Là, la différence est encore plus forte qu’à droite. Car un des deux aspirants à la candidature défendra le bilan du quinquennat tandis que l’autre l’attaquera. Même si tout l’appareil a choisi son camp et défend ce bilan, cela ne reflète absolument pas le sentiment de la base socialiste où la popularité de l’ancien premier secrétaire est au plus bas. Avec de telles divisions étalées au grand jour, il semble inimaginable que tout le parti socialiste puisse refaire son unité autour du candidat choisi au terme de sa primaire. C’est une des raisons pour lesquelles on n’échappera pas, à moins d’un miracle, à un second tour opposant Marine Le Pen au candidat de la droite, aucun candidat socialiste n’étant en position de faire le plein à gauche.

Oui, la gauche française est en lambeaux. Le tandem Hollande-Valls a réussi le tour de force de cumuler une politique économique et sociale d’inspiration libérale, dans le droit fil des injonctions européennes, une posture de conflit assumé avec le monde du travail qui aurait dû être son premier soutien, une approche sécuritaire et autoritaire du « vivre-ensemble » qui fracture la société au lieu de la réconcilier, un virage pro-israélien indécent qui fait tache au sein de l’Union européenne, une attitude à l’égard des réfugiés qui, par comparaison, fait d’Angela Merkel une gauchiste.

Mais, au-delà de la déchéance morale de la social-démocratie française – on n’a pas oublié non plus DSK et Cahuzac –, cette déroute reflète aussi l’évolution plus profonde de la société, où le « bloc social » qui pouvait soutenir un projet de gauche a volé en éclat. Le FN est devenu électoralement le premier parti ouvrier de France tandis que les nouvelles générations, même portées par l’idéalisme de la jeunesse, se détournent du terrain politique. La « parenthèse Mitterrand » qui avait positionné le parti socialiste au cœur de la vie politique française s’est définitivement refermée. Tout est à reconstruire.

La prochaine campagne présidentielle doit être appréhendée dans cette perspective. Même si ce coup-ci devait être perdu, il faut déjà viser le coup d’après. Dans un premier temps, ce qui reste de sain dans le PS français doit faire en sorte que les Hollande et Valls débarrassent le plancher. Si l’un des duettistes devait l’emporter lors de la primaire, le PS ajouterait la honte à la défaite. Son destin serait alors celui du Pasok, en Grèce, réduit en une seule élection à l’état de groupuscule. Dans un second temps, la gauche serait représentée au premier tour de l’élection par trois candidat-e-s estimables, assumant tous les trois une rupture claire par rapport au dernier quinquennat : Arnaud Montebourg s’il gagne la primaire, Jean-Luc Mélenchon déjà en campagne, Cécile Duflot, candidate probable des Verts. Ces trois candidat-e-s sont l’expression de différentes sensibilités qui existent dans la société et qui ont besoin de s’affirmer. Toutes trois sont nécessaires à la reconstruction d’un « bloc social » progressiste assez large pour remplacer celui qui a été détruit. Sans rejouer la pièce d’une « gauche plurielle » qui n’est plus de saison, il faudra alors démontrer leur compatibilité au lieu de se tirer dans les pattes en montant les petites différences en épingle. Car même une défaite peut contenir la promesse de victoires futures.

imprimer
envoyer
17845
17846
17847
17848
17850
17852
17856
17849
17854
17853
commenter (10)
  • Présidentielles françaises : le coup d’après Posté par burnotte, le 4 septembre 2016
    excellente analyse. merci
    Lire la suite
  • Présidentielles françaises : le coup d’après Posté par Franco, le 1er septembre 2016
    Il me semble voir une contradiction entre dire "une posture de conflit assumé avec le monde du travail qui aurait dû être son premier soutien" et "l’évolution plus profonde de la (...)
    Lire la suite
    • Présidentielles françaises : le coup d’après Posté par Henri Goldman, le 1er septembre 2016
  • Présidentielles françaises : le coup d’après Posté par Alain Adriaens, le 31 août 2016
    Vous parvenez encore à y croire, vous, à la démocratie réprésentative, surtout dans un pays où le scrutin majoritaire détruit tout débat politique de fond et transforme la politique à (...)
    Lire la suite
    • La solution de Brecht Posté par Bernard De Backer, le 1er septembre 2016
  • Présidentielles françaises : le coup d’après Posté par Omar Bergallou, le 31 août 2016
    1, 2, 3 Longtemps encore ils vont regretter d’avoir coupé la tête au Roi. 4, 5, 6 Tous les candidats, avec " l’insurrection qui vient", ne sont plus qu’en sursis. 7, 8, 9 La (...)
    Lire la suite
  • Présidentielles françaises : le coup d’après Posté par Eric Corijn, le 31 août 2016
    Bonne analyse. Remarkable que l’on puisse faire une analyse des enjeux politiques en France sans un mot sur le PC et l’extreme gauche. Cela aussi indique la crise... Une (...)
    Lire la suite
  • clivage pro-anti UE Posté par poparel, le 31 août 2016
    Merci pour cette analyse éclairante. Mais encore, quelle crédibilité un candidat de gauche peut-il avoir s’il n’est pas résolu à remettre en cause les traités européens ? Il y a là (...)
    Lire la suite
    • clivage pro-anti UE Posté par Henri Goldman, le 31 août 2016
  • Présidentielles françaises : le coup d’après Posté par Marc Jacquemain, le 31 août 2016
    Je pense que la "parenthèse Mitterrand" s’est largement construite sur une illusion, vite abandonnée. Quand Mitterrand arrive au pouvoir, la France est à "contre-temps" : le (...)
    Lire la suite

Avertissement

Les commentaires sont modérés a priori. Les intervenants sont priés de communiquer leur véritable identité : on débat ici à visière découverte. Bien que la polémique, même dure, soit admise et même encouragée, l’administrateur du site ne validera pas les messages dans trois cas de figure :

1. En cas de défaut manifeste de courtoisie et de recours à l’injure en lieu et place d’argument.

2. Quand le message sort trop manifestement du cadre du sujet traité.

3. Quand l’intervenant intervient de façon répétitive en utilisant ce blog comme une tribune et non comme un lieu d’échange.


Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ?