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La politique des faits

On ne peut pas tout faire dire ni aux faits ni aux règles de la logique ! Ces deux évidences semblent souvent perdues dans les méandres du débat politique belge où le fact-checking et le travail d’analyse scientifique ne font que des apparitions timides et espacées.

L’objectif de ce blog est simple : débusquer les affirmations sans preuve, les constats erronés et les erreurs de raisonnement en tous genres afin de rappeler, à droite comme à gauche, l’implacable verdict des faits et la rigueur de la logique. Tout ceci ne faisant bien évidemment pas obstacle à d’occasionnels billets d’humeur...

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4.04.2014

Protéger le droit de grève, c’est lutter contre les inégalités

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Le 3 août 1981, le syndicat des contrôleurs aériens américains se mettait en grève afin de réclamer de meilleures conditions de travail, un meilleur salaire et la semaine des 32 heures. Cependant cette grève violait le Taft-Hartley Act de 1947 qui régit les relations entre syndicats et patronats et interdit le droit de grève pour les fonctionnaires fédéraux. Elle permet par ailleurs au président d’intervenir si une grève met en péril la sécurité nationale. Ronald Reagan, alors fraichement élu président, licencia donc purement et simplement les 11345 grévistes (sur 13000 employés) afin de mettre un terme au mouvement. Cette décision radicale était cependant aussi le signal d’un changement d’attitude politique vis à vis des syndicats. Désormais il ne fallait plus les craindre, on ferait tout pour limiter leur marge de manoeuvre et leurs droits.

Ce bras de fer spectaculaire et la défaite encore plus spectaculaire du syndicat annonçait donc une guerre acharnée de l’Etat et des élites économiques contre le monde du travail.

En effet, si on regarde les chiffres des grèves impliquant plus de 1000 travailleurs qui ont eu lieu entre 1947 et 2013 on constate un impressionnant déclin des mouvements au début des années 1980 avec l’arrivée de Ronald Reagan à la présidence. En quelques années la classe ouvrière américaine a ainsi perdu sa meilleure arme pour lutter pour ses droits.

Dans ce cadre, il est également intéressant d’observer les liens entre les mesures de limitation du droit de grève avec la croissance des inégalités. Evidemment, on ne saurait parler de liens de causalité directe, cependant, les chiffres sont pour le moins interpellants. Ainsi, cette courbe est encore plus intéressante si elle est mise en lien avec celle établie par Thomas Piketty et Emmanuel Saez qui compare le taux de syndicalisation aux USA et la part des revenus accaparés par le top 10%.

Inégalités et taux de syndicalisation aux USA

C’est au regard de tels chiffres et de tels développements qu’il faut considérer le retour du débat sur le service minimum à propos des services publics et plus spécifiquement de la SNCB. Si la majorité des arguments portent sur la qualité du service offert aux utilisateurs, nous ne pouvons faire abstraction des conséquences en matière d’inégalités que provoquera une limitation juridique de la principale arme de négociation que possède le monde du travail. Limiter le droit de grève, c’est également changer drastiquement le rapport de force social concernant la distribution des richesses. L’exemple de nos voisins en Angleterre ou aux Etats-Unis doit constamment nous le rappeler.

Daniel Zamora

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