4.05.2011

Racisme dans le foot ?

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OK, on a bien compris les explications : ce n’est donc pas par « racisme » que de hauts responsables du football français ont souhaité limiter le nombre d’impétrants binationaux à leur centre de formation. C’est pour de simples raisons économiques : beaucoup de ces jeunes footballeurs, une fois formés, optent pour leur autre patrie qui leur offre une place en équipe nationale, tandis que le nombre d’appelés en équipe de France est forcément limité [1]. Retour sur investissement : zéro.

Soit. Admettons que cette péripétie n’a rien a voir avec le climat pourri que la Sarkozie fait régner sur l’Hexagone avec ses débats tordus sur l’identité nationale et l’islam – pardon, la laïcité. Pour ce qui me concerne, je n’étais déjà pas trop convaincu par l’idéologie superficielle du black-blanc-beur et autres « we are the world », particulièrement convenue dans le sport et le showbizness, mais qui n’avait eu aucun effet sur les discriminations massives auxquelles les jeunes issus de l’immigration continuent d’être confrontés à l’écart des caméras. Oui, tel rappeur black et tel footballeur beur peuvent aussi parader en Mercedes 4x4 noire [2] comme n’importe quel rupin de souche. Grande victoire. Pour ne prendre qu’un contre-exemple, ça n’augmentera pas le nombre de mandataires « issus de la diversité » présents dans les diverses assemblées de cette République qui donne des leçons au monde entier.

Mais cet argument « économique » est d’une hypocrisie crasse. Lisez sur son site l’histoire ingénue de Eunice Barber, ressortissante de Sierra Leone dont la France a fait une championne olympique en la naturalisant vite fait. C’est d’ailleurs une pratique courante, en Belgique aussi : depuis l’américain Kevin Trotter, certaines stars du basket ont pu devenir belges sans satisfaire aux conditions d’intégration que les parlementaires chargés des dossiers de naturalisation appliquent au tout-venant [3]. Mais c’est bien sûr pour les personnes issues de pays pauvres que l’accès à une nationalité « haut de gamme » ouvre des perspectives. Ce qui se passe dans le sport de haut niveau n’est finalement qu’une variante de cette immigration choisie qui permet aux pays riches de faire leur shopping des talents dans le monde entier. Je n’ai jamais entendu que le « brain drain » [4] ait eu comme contrepartie le remboursement aux pays d’origine de tous les frais d’éducation et de formation engagés sur place. Et je me souviens aussi des cris scandalisés du « monde libre » quand l’Union soviétique à son déclin prétendait faire rembourser le coût de leur formation universitaire [5] à ceux qui souhaitaient la monnayer en Occident.

Alors, si la France cocardière devait former de jeunes footballeurs au profit de la Côte d’Ivoire ou de la Tunisie, pourquoi ne pas considérer ce « geste généreux » comme une forme d’aide à des pays amis ? Ou mieux : comme un juste retour des choses et comme une excuse symbolique pour y avoir soutenu des dictatures ou y avoir exploité jusqu’au trognon les richesses nationales. Mais il semble que c’est encore trop demander aux petits comptables de l’identité nationale…

•••

Post-scriptum

« Le Prince et son image », le dernier film d’Hugues Le Paige, sera diffusé à la télévision : le lundi 9 mai à 21.05 sur La Trois ( RTBF), rediffusion le mardi 10 à 09.05 et le samedi 14 à 0.45 (!!!) toujours sur La Trois. Egalement le mardi 10 mai à 20.35 sur Histoire, le vendredi 13 mai à 22.45 sur La Deux ( RTBF). D’autres infos sur le blog de Hugues Le Paige.

Ne le manquez pas, et surtout pas le début. Les premières images sont d’une violence psychologique insoutenable. Et la réflexion, qu’alimente le rapport quelque peu pervers du réalisateur avec François Mitterrand, parlera à tous ceux qui s’interrogent sur la possibilité d’une parole audible qui soit vraiment libre.

•••

[1] Le règlement de la Fifa stipule qu’une fois qu’un footballeur a joué dans une compétition officielle sous les couleurs d’une équipe nationale, il ne peut plus jamais se mettre au service d’une autre. À partir de 18-20 ans, la plupart des jeunes footballeurs binationaux ont dû ainsi faire un choix, ce qui donne régulièrement lieu à de subtils jeux de pression. Ainsi, pour prendre deux cas qui ont défrayé la chronique récente, Mehdi Carcela, du Standard de Liège, a opté pour le Maroc et pas pour la Belgique ou l’Espagne (il est trinational !) tandis que Nasser Chadli, du FC Twente, champion des Pays-Bas, a choisi la Belgique.

[2] Une des voitures de Zidane

[3] Et notamment pas la connaissance d’une langue nationale. Mais pourquoi faire ? Dans le basket belge de haut niveau, la langue de communication est l’anglais.

[4] Littéralement : le drainage des cerveaux.

[5] Qui là-bas et à ce moment-là était absolument gratuite pour l’étudiant, c’est-à-dire aux frais de la collectivité.

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  • Racisme dans le foot ? Posté par Luc Delval, le 4 mai 2011
    Plus qu’au drame de ceux qui se rêvent en futurs Zidane, je suis pour ma part sensible aux difficultés d’accès au marché du travail qui poussent des "Rachid" à se camoufler en (...)
    Lire la suite

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