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12.11.2010

Rapport des Assises de l’Interculturalité : trop de virulence dans la critique.

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Le Comité de pilotage des Assises de l’Interculturalité a déposé son rapport la semaine dernière.

Depuis, de nombreuses critiques ont dénoncé son orientation jugée trop communautariste. Citons celle du professeur Guy Harscher, qui avait démissionné du dit comité, du Rappel, des députés MR Denis Ducarme et Daniel Bacquelaine et de Nadia Geerts, dont je vous recommande la lecture du texte humoristique.

Je n’ai en revanche pas vu de critiques, qui, dans un sens contraire, estimeraient que le rapport fait montre d’une insuffisante ouverture aux particularismes des différentes cultures et confessions (à l’exception peut-être de la protestation de la communauté juive d’Anvers de n’avoir pas été associée au processus, mais on tombe là dans du sous-communautarisme).

Il est donc vrai que ce rapport réserve une place importante aux recommandations visant à satisfaire des revendications des minorités ethniques, religieuses et culturelles. Moi-même en parcourant ces recommandations, j’ai estimé parfois qu’elles étaient trop favorables à la réception des particularismes et pas assez à la promotion d’un socle de valeurs communes. Cependant, je n’oublie pas que je lis ce rapport à travers un double prisme. Celui de quelqu’un qui préfère résolument défendre le principe de l’égalité que celui du respect de la différence ; mais aussi celui d’une athée de souche européenne qui ne rencontre, dans l’organisation de la société d’aujourd’hui, aucun obstacle pour vivre comme bon lui semble.

J’estime donc que les critiques adressées à ce rapport sont excessives.

A sa lecture, il me semble qu’une remarque préalable s’impose. Les critiques qui pleuvent sur lui affectent de croire que l’ensemble des recommandations sont soutenues à titre individuel par tous les membres du comité de pilotage, ce à quoi l’expression des opinions divergentes d’Edouard Delruelle et de Naïma Charkaoui en fin de rapport les incite. C’est feindre de ne pas lire que bien souvent le rapport indique l’absence d’unanimité sur un point, et de pas vouloir voir que le rapport est « le fruit d’un débat pluraliste qui se donne pour ambition d’avancer des solutions de compromis » et « le résultat d’un exercice de rapprochement entre positions parfois diamétralement opposées ». On conçoit que l’exercice était tout sauf aisé. Et il ne fallait évidemment pas s’attendre à ce que le rapport soit en parfait accord avec les positions d’un camp ou de l’autre. Est-il pour autant aussi déséquilibré que ses critiques le prétendent ? Je ne le pense pas. Prenons le cas souvent épinglé avec indignation de la liberté proposée pour le port des signes religieux pour les trois dernières années du secondaire, corollaire de l’interdiction durant les trois premières. Le rapport explique clairement qu’il s’agit là d’une solution de compromis susceptible de recueillir un large assentiment, et c’est bien là son intérêt.

Au-delà de cette question de la nature de l’exercice qui consistait à trouver des solutions de compromis susceptibles d’être acceptées par tous et qui à mon avis commande de ne pas faire au comité de pilotage un mauvais procès, il me paraît qu’il y a parmi les recommandations du rapport des choses qui devraient être de nature à réjouir les laïques défenseurs de la stricte neutralité de l’Etat. Par exemple, la réforme du calendrier : pourquoi n’y voir qu’une concession aux minorités plutôt qu’un pas salutaire vers un dégagement de l’imprégnation chrétienne de notre organisation sociale ? Personnellement, l’existence de six jours de fête chrétiens parmi les dix jours officiellement fériés me choque depuis longtemps. Tant la Commission pour le dialogue interculturel que la Commission Stasi en France avaient déjà préconisé cette réforme du calendrier.

Parmi les mesures qui visent, selon moi, moins à rencontrer des particularismes qu’à rééquilibrer notre société pour qu’elle ne soit plus conçue par et pour des Européens d’origine et de culture judéo-chrétienne, et qui méritent donc d’être soutenues, je vois notamment : la recommandation de diversification du personnel enseignant, la réforme des programmes pour donner plus de place à l’histoire de la colonisation et de l’immigration, l’introduction des cours de langues d’origine des élèves minoritaires au titre de langues étrangères, la promotion de l’enseignement comparé des religions et des philosophies, la réforme de la loi de 1995 réprimant le négationnisme (mais je trouve impératif de limiter la portée de la loi aux trois génocides du XXème siècle reconnus internationalement ), la création d’un musée de l’immigration, la diversification du personnel, du programme et du public de nos institutions culturelles. La liste n’est pas limitative.

Le rapport contient également d’autres mesures qui ne se réfèrent pas explicitement à la prise en compte de particularismes culturels ou au dégagement de la culture judéo-chrétienne mais qui sont à l’évidence de nature à favoriser le vivre ensemble, par exemple la recommandation de réinvestir dans l’enseignement, de développer le parc de logements sociaux, ou de mettre en place un meilleur monitoring de la santé.

Est-ce à dire qu’il n’y a dans ce rapport, rien à critiquer en fait ? Non bien sûr. Personnellement deux éléments me choquent particulièrement et suscitent mon opposition immédiate. Il s’agit premièrement de la recommandation d’autorisation général du port de signes religieux dans les services publics, sauf pour les agents investis d’autorité vis-à-vis du public. Je n’aperçois pas bien la raison d’être de cette différence (sauf bien sûr à incarner un compromis entre les partisans de l’autorisation générale et de l’interdiction absolue), je trouve inadmissible que n’importe quel fonctionnaire en contact avec les citoyens affiche sa conviction politique ou religieuse, et devant le problème d’introduire une discrimination entre les agents, je conclus que l’interdiction générale est la seule voie possible.

Il s’agit ensuite de la mise sur le même pied d’une situation de handicap et d’une conviction religieuse ou philosophique, pour ouvrir le concept des accommodements (ou ajustements) raisonnables qui existent pour rencontrer le premier cas pour l’appliquer au second. Elle me heurte profondément sur le principe et me paraît ouvrir la porte à de nombreuses dérives. Ce qui ne veut pas dire que tout accommodement doive être refusé. Certains d’entre eux sont d’ailleurs en vigueur depuis longtemps (cela fait belle lurette que la plupart des cantines scolaires de Bruxelles ne proposent plus de porc). Mais il serait profondément déraisonnable de donner à une personne le droit de réclamer les aménagements que réclame sa religion (dont elle est seule juge) de la même façon qu’un handicapé peut demander à pourvoir vivre et travailler autant que possible comme une personne valide… Le rapport, il est vrai, ne dit pas cela, mais se contente d’en préconiser l’étude de la possibilité…

Bref, il m’apparaît que le rapport contient une série de recommandations très intéressantes et constitue, à tout le moins, une base de discussion intéressante à laquelle il ne faudrait pas, à priori, dénier toute légitimité…

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  • Rapport des Assises de l’Interculturalité : trop de virulence dans la critique. Posté par bernardbruegel, le 13 novembre 2010
    Assises de la .... O Grandiloquence.... comme si la dramatisation du sujet pouvait le mettre au centre des conflits sociaux. Vous n’irez pas au fond de votre sujet si vous niez (...)
    Lire la suite
  • Pavlov Posté par Henri Goldman, le 12 novembre 2010
    Bravo Caroline. Tu as parfaitement perçu la dimension de compromis que contient ce rapport. Compromis qui fut le fait de personnes « des deux bords » qui n’auraient pas supporté, (...)
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    • Pavlov Posté par Caroline Sägesser, le 13 novembre 2010
      • Pavlov Posté par Henri Goldman, le 13 novembre 2010

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