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3.10.2015

Réfugiés : le sel et l’amer

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La manifestation de dimanche dernier, en faveur de de l’accueil des réfugiés, a apporté un vent frais sur la société. Réaffirmation de valeurs de tolérance et d’ouverture à l’autre, elle a permis d’aérer le huis clos dans lequel certains discours voudraient enfermer le débat majeur qui s’orchestre actuellement au sein des démocratie européenne. Et qui révèle des politiques naviguant à vue sur cette problématique mêlant à la fois questions éthiques et problèmes pratiques.

La crise des réfugiés a au moins un mérite. Jamais les incohérences du projet européen et l’inconséquence de ses dirigeants n’auront été aussi clairement étalées au grand jour. Ecrites, hélas, sur le sable, par la silhouette inanimée d’un enfant. Sur la plage de Bodrum, en ce matin du mois d’août, c’est l’idéal européen qui s’est échoué. Celui d’un humanisme hérité des Lumières et d’une conception de droits individuels fondamentaux s’imposant aux Etats.

La mort d’Aylan a mis, un temps, l’Europe face à ses responsabilités. Elle a également clivé le débat médiatique, entre les défenseurs d’une politique d’asile la plus large possible face à l’urgence et ceux qui pointent les réfugiés comme une menace potentielle. Défendre ce second point de vue, c’est aussitôt courir le risque d’être rangé au sein du banc des fâcheux et réactionnaires en tous genres. Un amalgame qui s’explique par les idées nauséabondes qui se meuvent dans les eaux troubles du rejet.

Comment financera-t-on cette solidarité ?

Accueillir les réfugiés constitue pour l’Europe un devoir, eu égard à l’élémentaire solidarité entre humains, au niveau de richesses du Vieux Continent et à la responsabilité directe ou indirecte de ses Etats dans les tensions qui agitent les pays dont les populations émigrent.

Ceci posé, il faut tout de même s’interroger sur le bien-fondé de certaines affirmations émises par ceux qui rejettent cette position. Primo, le coût. Accueillir des milliers de réfugiés, cela a un coût : il faut loger et donner des moyens de subsistance à ces familles déracinées. Et c’est bien normal. Qui l’assumera ?

A ce jour, les gouvernements ne se sont pas avancés sur ce terrain mouvant. Va-t-on transférer des budgets d’un département vers un autre ? Inventera-t-on une contribution de solidarité, progressive ou forfaitaire ? Dans une période où les moyens alloués aux politiques sociales sont "maîtrisés" et où une autre migration, de l’Onem vers les CPAS, s’opère, la question a son importance. Surtout si on appartient à cette tranche de la population dont le revenu mensuel brut se situe en dessous de la moyenne.

Des conséquences sur la qualité de l’emploi

L’autre critique avancée à l’encontre de l’accueil des naufragés de l’amer est, pour l’heure, plus diffuse. On la trouve dans les colonnes du Soir, sous la plume de Jean-François Kahn. L’arrivée de migrants qualifiés constitue une réponse au déclin démographique des populations occidentales. Un argument qui, à l’exception de certains profils bien ciblés (ingénieurs, informaticiens), ne vaut qu’à moyen ou long terme. Par contre, pour l’emploi peu qualifié… Car pour l’heure, les pays européens naviguent avec une croissance d’à peine 1,5% dans les voiles et un taux de chômage d’environ 10%. En Belgique, le non-emploi sous toutes ses formes laisse plus de 600.000 personnes dans les cales de la société. Or le chômage de masse est une armée de réserve pour les entreprises et, pour leurs directions, un moyen de pression sur les salariés. En accentuant ce rapport de forces déséquilibré, l’arrivée d’une population qualifiée et "moins exigeante" sur le marché du travail permettra au patronat de revoir certains statuts et conventions collectives au rabais. C’est un employeur qui l’affirme, sans honte, en se frottant les mains du sel de cette situation. On comprend dès lors l’inquiétude de ceux qui cherchent à monter à bord de l’emploi ou qui craignent d’en être débarqués.

Tirer les réfugiés de l’amer coûtera. C’est écrit. Mais il se pourrait que l’addition, salée, de la solidarité soit présentée à ceux qui, au sein de la société, peinent déjà à garder la tête hors de l’eau et s’acquittent d’une lourde gabelle au fonctionnement actuel de l’économie. D’où leur inquiétude. Et à rester sourds à ces plaintes nées de craintes, à les disqualifier en propos de mauvais alois, les politiques risquent fort de renforcer ce rejet qui, nié, se nourrit de sa propre négation.

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