4.04.2014

Répliques sismiques

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Le succès électoral du FN français est un mini-séisme. Et tout ce que la République (et pas qu’elle, d’ailleurs) compte d’anti-fascistes est déjà en ébullition. Avec cette question centrale : pourra-t-on arrêter la progression de l’extrême droite avant le scrutin régional de mai ? Si l’on en juge par la réaction de François Hollande, la réponse est : non.

C’est devenu une antienne : l’électeur frontiste, tracassé par de vraies questions, se trompe de réponse. Un slogan devenu maxime qui ne suffit plus. Car que dire dès lors de l’aveuglement du chef de la majorité présidentielle, face à cet immense point d’interrogation sorti des urnes hexagonales ?

François Hollande serait-il sourd d’avoir garder son casque de motard sur la tête ? Il semble foncer, visière baissée, vers le mur, entraînant son pays et ses concitoyens dans sa course. Voici un président élu sur un programme de centre-gauche et qui n’a cessé depuis deux ans de trahir ce qu’il avait promis. Face à lui, une société agitée par la peur du lendemain, du déclassement social, confrontée au visage le plus déplaisant de l’Europe (la concurrence de travailleurs à bas prix, l’austérité budgétaire) et qui en appelle à la protection de l’Etat face aux ravages de la dérégulation. Et pour toute réponse, François Hollande lui répond en nommant Manuel Valls, clone arriviste de Nicolas Sarkozy, au poste de Premier ministre. Et cela quelques jours à peine après avoir reçu les dirigeants chinois pour évoquer un accord de libre échange avec la Chine. Vous craignez les effets d’un Tsunami libéral ? Ne craignez rien, citoyens, je vais abaisser les digues.

"C’est une très bonne question. Je vous remercie de l’avoir posée"

Le Premier ministre belge semble souffrir de la même infirmité. Il a certes amusé la galerie avec un couple de panda. Ceux-ci étaient censés faire oublier à l’opinion publique que la Chine reste un régime totalitaire : les droits de l’homme y sont bafoués et Pékin détient le record mondial annuel du nombre d’exécution capitale. Mais entre un détour par Pairi Daiza et une réception, il a également été question de libre échange avec la Chine, un pays qui, en bradant les standards sociaux, a pu devenir le principal fournisseur de la planète consommation. La récente déconfiture du secteur photovoltaïque européen (et les restructurations en cascade dans les entreprises verrières) en constituent la dernière illustration.

En Belgique comme en France, l’inquiétude exprimée via les urnes et les questions légitimes qui accompagnent le vote sanction protéiforme semblent trouver la même réponse auprès des dirigeants, qu’ils soient de droite ou se disent de gauche. Toujours plus de libéralisme, toujours moins de sécurité d’existence. Une morgue, une suffisance qui évoque ce sketch où, à la fin des années 70, Thierry Le Luron (Giscard) et Pierre Desproges (le journaliste) parodiaient une interview du Président de la République. A la question finale, le président de la République répondait « C’est une très bonne question. Je vous remercie de l’avoir posée ». Puis il clôturait l’interview. L’art de la politique semble être d’apporter aux questions qu’on ne veut pas les réponses qu’on souhaite.

Mais à répondre "à côté" des questions, inquiétudes et attentes légitimes des populations, les décideurs politiques pourraient bien engendrer des répliques sismiques aux secousses électorales déjà enregistrées.

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