26.01.2011

Rien à déclarer ? Si ...

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…je déclare que l’incroyable battage médiatique fait autour du dernier film du duo Boon-Poelvoorde me semble atteindre tous les records de démesure en la matière. Ca n’a plus rien à avoir avec de l’information. C’est de la promo, de la super-promo pour un produit qui n’en a absolument pas besoin. Alors, ne serait-ce pas plutôt de la promo « maison » pour les supports qui réservent tant d’espaces et d’émissions à ce film ? Un révélateur de plus des priorités que la société du spectacle et ses officines nous imposent. Chaînes publiques et privées à l’unisson. Je sature.

Et je suis en train de tomber dans le panneau : en parler encore ! Stop ! Il me reste à rebondir et à profiter de l’occasion pour partager modestement mes coups de cœur culturels récents. Des productions qui nous invitent à grandir en humanité.

Rayon cinéma, je vous invite à aller voir sans tarder « Incendies ». Le film a été bien accueilli. Sans plus. Ce n’est pas du pur « franco-belge ». Loin s’en faut : le jeune réalisateur et les jeunes acteurs québécois nous entraînent sur les chemins douloureux des guerres fratricides. Sur fond des paysages superbes du Moyen Orient, c’est l’horreur des guerres, de toutes les guerres qui brisent les familles, les communautés, les peuples, les femmes surtout. Des femmes exceptionnelles, à commencer par la lumineuse Lubna Azabal. Une véritable tragédie contemporaine dont on sort bouleversés.

Rayon livres, je ne peux passer sous silence l’immense succès de « Indignez-vous ». Sans la moindre promo ! Une maison d’édition inconnue, un vieux monsieur « bien mis », un petit opuscule que tout destinait à la confidentialité. Alors oui, je me réjouis de l’incroyable percée de cet appel à sortir de l’indifférence et du fatalisme ambiants. De ce plaidoyer pour une non-violence active et engagée. De cet appel aux jeunes : « A celles et ceux qui feront le XXI° siècle, nous disons : CRÉER, c’est RESISTER, RESISTER, c’est CRÉER ». Je note au passage que Stéphane Hessel avait déjà, en 2004, dénoncé la grande dérive médiatique : « nous appelons à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous ».

Livre toujours, je me plonge dans le dernier roman de Gérard Mordillat, « Rouge dans la brume ». Une épopée sociale de haute tenue. Restructuration, occupation, fermeture d’usine, délocalisation. Un scénario devenu tristement banal. Mais il est animé par des protagonistes profondément humains et par des dialogues percutants. Un souffle qui ne cache pas sa couleur : « Je suis de plus en plus convaincu que, pour rétablir une réelle démocratie et un fonctionnement de la République dans lequel chacun puisse se reconnaître, il faut une vraie révolution. Et, en premier lieu, une révolution des consciences, afin que les gens comprennent que le capitalisme n’est pas le stade ultime de toute organisation. 1789 l’a montré : rien n’est immuable » (Le Monde des livres, 21-01-2011).

Enfin, rayon « éducation ». En visite sur le remarquable site du « Café pédagogique », je découvre le credo récent de Philippe Meirieu …qui résiste aux recettes de l’OCDE (Pisa) : « Je milite pour une école de la culture et pas seulement des compétences ; une école de l’émancipation et pas seulement de l’évaluation ; une école de la solidarité et pas de la concurrence effrénée ; une école qui apprenne à penser ».

Plus rien à déclarer, aujourd’hui.

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  • Rien à déclarer ? Si ... Posté par jysong, le 3 février 2011
    Bonjour Jacques, Toujours un plaisir et stimulant de te lire ! je partage ta "déclaration" irritée par rapport au battage sur ce film. Une consolation, _ : de ceux qui ont (...)
    Lire la suite

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