Accueil du site >Blog  >Le blog d’Henri Goldman  >Shimon Peres à Bruxelles (2)
27.02.2013

Shimon Peres à Bruxelles (2)

imprimer
envoyer
14889
14890
14891
14892
commenter (4)

Dans un billet posté sur son blog, Didier Viviers (photo), le recteur de l’Université libre de Bruxelles (ULB), revient de façon argumentée sur sa participation à la manifestation des institutions juives autour de Shimon Peres, président en exercice de l’État d’Israël, déjà évoquée sur ce blog. À noter : il s’empresse de dire d’emblée que « l’ULB n’est en aucune manière associée à l’organisation de cette manifestation.  ». Dont acte. Comment apprécier alors le fait que le carton d’invitation indiquait « avec la participation de l’ULB » ?

Le recteur Viviers exprime dans son billet sa position à l’égard du conflit israélo-palestinien. Là aussi, dont acte. Il réaffirme « avec la plus grande fermeté que [sa] présence au Palais des Académies, le 5 mars, ne signifiera en aucune manière que l’Université libre de Bruxelles cautionne la politique de l’Etat d’Israël ». Mais il revendique le « courage du dialogue », surtout avec une personnalité que l’ULB « a honorée de l’une de ses plus hautes distinctions » en le nommant en 1987 docteur honoris causa.

Convaincant ? Pas pour moi.

1. Précision : je ne suis pas opposé à ce qu’on débatte publiquement avec une personnalité comme Shimon Peres. Je ne pense donc pas que cela reviendrait à « cautionner ses positions ». Mais alors, pas n’importe où ni n’importe comment. Il faut d’abord que cette confrontation se fasse « en terrain neutre », avec une animation et une organisation au-dessus de tout soupçon. Or, ici, le recteur débattra devant un parterre trié sur le volet à l’invitation d’un lobby pro-israélien [1] et « sous le haut patronage de l’ambassade d’Israël ». Dans de telles conditions, je ne vois pas comment il pourra faire autre chose que cautionner le dispositif.

Ensuite, il faut que les protagonistes débattent à armes égales. Or, la formule annoncée de l’« interview dialogue » [2] ne met pas vraiment Didier Viviers au même niveau que son interlocuteur.

En outre, – et ceci n’est pas lui faire injure, il a bien d’autres qualités – le recteur n’est nullement un spécialiste du Moyen-orient. Au-delà de quelques généralités sympathiques, je doute qu’il puisse réfuter les demi-vérités que le retors président lui assènera.

2. Shimon Peres aurait droit à un traitement de faveur en sa qualité de docteur honoris causa de l’ULB. Ce titre lui a été conféré il y a 25 ans. Ensuite, il a reçu le prix Nobel de la paix pour son rôle (très surfait, tout le mérite du côté israélien en revenant à Itzhak Rabin) dans la signature des accords d’Oslo en 1994. Ensuite… la dérive commence. La liste de ses forfaitures serait trop longue. Notons simplement qu’en 2006, il quitta le Parti travailliste pour rejoindre le parti créé par Ariel Sharon et devenir président de l’État en 2007, au moment où celui-ci s’est doté durablement d’une majorité de droite et d’extrême droite. Dans cette position honorifique, il a joué pleinement son rôle, assumant avec élégance dans tous les forums internationaux les initiatives les plus brutales de la politique israélienne, depuis les opérations sur Gaza « Plomb durci » (plus de 1300 morts) et « Colonne de nuée » (photo) jusqu’à la reprise vigoureuse de la colonisation en représailles de la proclamation de l’État de Palestine. À mes yeux, il est sans doute, au même titre qu’Ehoud Barak, un des personnages les plus veules de la classe politique israélienne, même s’il s’est toujours arrangé pour faire faire la sale besogne par d’autres, en sortant son mouchoir parfumé pour ne pas être incommodé par l’odeur des charniers [3]. Si c’était à refaire aujourd’hui, j’ose croire que l’ULB ne lui aurait jamais accordé cette distinction, et c’est bien dommage qu’on ne puisse pas la lui retirer.

Bref, je persiste et signe. En acceptant de jouer les faire-valoir dans une opération de marketing, le recteur Viviers n’a pas fait le bon choix. J’espère sincèrement que l’ULB n’en subira pas trop le contre-coup. Et ceci vaut également pour notre gouvernement fédéral compromis par la présence complaisante du ministre de la Défense.

•••

Si vous souhaitez être informé-e des nouveautés de ce blog, signalez-le en cliquant ici. Visitez aussi le site de « Tayush, groupe de réflexion pour un pluralisme actif ».

•••

[1] Car, malheureusement, les deux coupoles invitantes supposées représenter la communauté juive se limitent bien souvent à cette fonction. En son sein, seule l’UPJB fait comme d’habitude exception. Lire ici son communiqué.

[2] On suppose que c’est le recteur qui doit interviewer le président et non l’inverse…

[3] Shimon Peres a été délicieusement croqué sous les traits d’Amos Schattner dans le roman de politique-fiction d’Alexandra Schwartzbrod, Adieu Jérusalem, Stock, 2010, paru en livre de poche.

imprimer
envoyer
14889
14890
14891
14892
commenter (4)
  • Shimon Peres à Bruxelles (2) Posté par Nathalie Patris, le 28 février 2013
    Voici la réponse du recteur sur son blog http://blog-recteur.ulb.ac.be/?p=150 J’aimerais lui proposer d’enlever le titre de Docteur honoris causa à Mr Peres vu sa responsabilité (...)
    Lire la suite
    • Shimon Peres à Bruxelles (2) Posté par Henri Goldman, le 1er mars 2013
  • Shimon Peres à Bruxelles (2) Posté par yous, le 28 février 2013
    Bonjour, C’est avec effroi que j’apprend cette nouvelle. Encore une fois une grosse différence entre les propos et les actes se remarque et une prise de parti hallucinante pour (...)
    Lire la suite
  • Shimon Peres à Bruxelles (2) Posté par Nathalie Patris, le 28 février 2013
    ’Si c’était à refaire aujourd’hui, j’ose croire que l’ULB ne lui aurait jamais accordé cette distinction, et c’est bien dommage qu’on ne puisse pas la lui retirer.’Mon mari et moi nous (...)
    Lire la suite

Avertissement

Les commentaires sont modérés a priori. Les intervenants sont priés de communiquer leur véritable identité : on débat ici à visière découverte. Bien que la polémique, même dure, soit admise et même encouragée, l’administrateur du site ne validera pas les messages dans trois cas de figure :

1. En cas de défaut manifeste de courtoisie et de recours à l’injure en lieu et place d’argument.

2. Quand le message sort trop manifestement du cadre du sujet traité.

3. Quand l’intervenant intervient de façon répétitive en utilisant ce blog comme une tribune et non comme un lieu d’échange.


Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ?