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6.10.2011

Si j’aurais su, j’aurais pas cru !

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1912 : Louis Pergaud publie un petit livre rafraichissant promis à un bel avenir : pas moins de trois films s’en sont clairement inspirés. Et que de lecteurs, jeunes ou pas. La belle aventure de « la guerre des boutons ».

1962 : Yves Robert réalise une adaptation au cinéma de ce petit livre devenu culte. Elle est assez réussie et reste dans les mémoires entre autres à travers le personnage de Tigibus et de son fameux : « Si j’aurais su, j’aurais pas venu ! ».

2011 : Ce n’est plus la guerre des boutons, mais celle de producteurs. Deux films réalisés en quelques mois, simultanément, avec surenchère dans le casting pour entourer (étouffer ?) la bande de vadrouilles. La concurrence pure et dure ! La guerre des « people » : Kad Merad, Gérard Jugnot et Laetitia Casta contre Alain Chabat and co. Bel exemple de la société du spectacle…

Bon, à en croire les critiques, le film de Yann Samuell constituerait une plaisante plongée dans l’univers de l’enfance, celle des gamins en courtes culottes, dans les années 50 du siècle dernier. Et voilà la nostalgie qui pointe son nez. Un éditorialiste français, souvent bien inspiré, n’y va pas par quatre chemins : « Une France rurale aujourd’hui disparue, une France drôle remplacée par celle des cités où les bandes rivales sont nettement moins sympathiques que les bagarreurs de village(…) Ce n’est plus à coups de taloche qu’on peut régler leurs conflits ». Ah, cette bonne vieille fessée qui réglait tous les problèmes !

Allons donc, que je sache, cette même France rurale envoyait sa jeunesse faire la guerre au Vietnam et en Algérie, des conflits d’une violence et d’une cruauté extrêmes. Rien à voir avec « les caïds aux grosses voitures et lunettes noires » des cités à l’abandon.

« La nostalgie ne fait de mal à personne », poursuit le journaliste. A voir. En matière d’éducation, on en vient vite à prôner le retour aux bonnes vieilles méthodes, la restauration de l’autorité… Loin de moi la naïveté de croire que tout va bien dans les écoles et les familles. Que nos sociétés de consommation respectent les enfants et les adolescents et leur proposent des modèles de réussite ou des spectacles de haute valeur ajoutée.

Heureusement, plus inspiré, Frappat continue sur un autre ton et détourne la formule de Tigibus en « Si j’aurais su, j’aurais pas cru ! » toutes les envolées sur la mondialisation heureuse, tous les crédos sur les marchés régulateurs et les bienfaits de la croissance, sur la gouvernance… Voilà qui m’amène à dire un mot du livre que je pioche pour le moment et qui n’apparaitra pas en Unes de vos journaux et n’aura pas l’honneur des plateaux télé. Raison de plus pour en parler.

Un livre collectif qui invite à penser : Repenser la prospérité  [1]. Sous-titre : Jalons pour un débat public. Pas de solution toute faite ou de programme salvateur. Seulement des jalons – des étapes, des pistes – pour susciter un débat citoyen qui initierait le retour à une démocratie qui miserait sur la créativité et l’intelligence, l’envie de mieux (pas de plus !), le goût de penser ensemble au comment sortir des impasses de la croissance.

Un chantier pareil appelait des contributions plurielles. Ce sont des chercheurs et professeurs de sociologie, d’économie, de philosophie, de biologie, d’agronomie… qui, après de longs mois d’échanges, ont décidé de rédiger des contributions convergentes sans être unanimes. Certaines plus faciles d’accès que d’autres. Toutes stimulantes. Toutes mettent en lumière, dans différents secteurs de nos vies, les ravages d’une croissance sans freins. Et, cerise sur le gâteau, toutes pointent des voies alternatives (à débattre) qui redonneraient la priorité à des projets de vies individuelles ou collectives « bonnes, simples et justes ».

Quand nos « grands » médias cesseront-ils de consulter toujours les mêmes « experts » qui essayent de nous faire croire que l’on peut/doit sauver un système en panne, dépassé, mortifère ? Quand organiseront-ils des échanges approfondis avec des gens comme Isabelle Cassiers, Edwin Zaccai, Jean De Munck, Christian Arnsperger ou Dominique Méda qui introduit mon livre de chevet par une question très stimulante (parmi d’autres) et une forte conviction : « Sommes-nous capables d’inventer, pour accompagner cette prospérité sans croissance, une organisation politique et sociale et une conception de l’être humain radicalement différentes de celles qu’a forgées le XVIIIe siècle ? C’est à mon sens l’occasion unique que nous offre la crise : nous ne pouvons pas continuer ainsi, mais les efforts qui sont exigés de nous, comme individus et comme collectif, nécessitent une refondation radicale de notre organisation, de nos valeurs, de nos modes de gouvernement ».

[1] Redéfinir la prospérité, Jalons pour un débat public, I. Cassiers et alii, préface de Dominique Méda, Editions de l’Aube, 2011.

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