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17.01.2014

Socialiste ou social-démocrate ?

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Depuis que, lors de sa dernière conférence de presse, François Hollande s’est revendiqué de la social-démocratie, les commentateurs… n’arrêtent pas de commenter cette « révélation ». Écho en Belgique : on se demande si notre parti socialiste suivra le mouvement [1]. Certains l’espèrent, d’autres le craignent. Mais au boulevard de l’Empereur [2], la réponse ne varie pas, de Di Rupo à Magnette en passant par Onkelinx : non, nous ne dissoudrons pas notre identité socialiste dans l’eau tiède de la social-démocratie.

Poudre aux yeux ? Un peu, sans doute : on entre en campagne électorale et, avant de chercher à gagner les indécis, il faut toujours commencer par rassembler son propre camp, ce pourquoi quelques cocoricos identitaires sont bien utiles. Mais, si on veut comparer les PS de France et de Belgique, il faut pointer deux grandes différences.

Différence 1. La social-démocratie, c’est autre chose qu’un socialisme tiède. C’est un mode d’organisation de la classe ouvrière qui a forgé de puissantes institutions (syndicats, mutualités, coopératives…) au sein de la société capitaliste. Des partis ouvriers sont venus par après pour parachever l’édifice. Un tel processus ne s’est déroulé que dans les États du nord de l’Europe, où les organisations ouvrières ont su négocier d’intéressants compromis sociaux tout au long des Trente Glorieuses. Dans ceux du sud, où dominaient des traditions communistes et anarcho-syndicalistes, les partis socialistes n’ont jamais disposé d’un tel ancrage populaire. C’est tout particulièrement vrai en France (sauf dans le Nord-Pas-de-Calais), dont le taux de syndicalisation est le plus bas d’Europe (8%, contre 50% en Belgique) [3]. Ceci se reflète dans la composition du personnel politique socialiste français qui compte très peu d’anciens syndicalistes ou de militants du mouvement social. Historiquement, on ne peut donc pas parler d’une vraie social-démocratie au sud de l’Europe. Si on veut être précis, le PS français n’est pas social-démocrate. Il est social-libéral [4]. Je ne dirais pas encore ça du PS belge qui reste étroitement relié à son « pilier », même si celui-ci se lézarde.

Différence 2. Le système politique belge interdira toujours aux partis socialistes (éventuellement en alliance avec les Verts) de disposer d’une majorité fédérale. Si radical que soit leur programme, ils savent qu’ils ne seront jamais en position de l’appliquer. L’affaire est plus délicate en Wallonie où le PS est profondément hégémonique et où, en conséquence, le décalage entre programme et pratiques est plus difficile à justifier. De toute façon, personne n’est dupe : alors que la guéguerre PS-MR fait rage, on anticipe le coup d’après qui verra leur rabibochage (obligatoire au fédéral, vraisemblable aux autres niveaux de pouvoir) dans les coalitions qui sortiront des urnes.

Quoi que disent Elio Di Rupo (hier) et Paul Magnette (aujourd’hui), le PS est bien un parti social-démocrate dont le rôle historique est la négociation du compromis social. C’est une mission tout à fait honorable. Mais aujourd’hui, l’oxygène du compromis social s’est infiniment raréfiée et il n’y aura plus jamais de croissance à partager. L’heure de vérité a bien sonné.

•••

[1] Cette réflexion ne vaut que pour le PS francophone ; du côté de la Flandre et du SP.A, c’est différent.

[2] Siège du PS à Bruxelles

[3] http://fr.worker-participation.eu/S...

[4] Voir sur son blog le billet d’Hugues Le Paige ainsi que le point de vue de Jean-Luc Mélenchon.

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