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27.10.2014

Suédoise : les pièges de l’opposition

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Si la suédoise espérait bénéficier d’un délai de grâce, c’est raté. Tous les secteurs de la société touchés par la nouvelle couche d’austérité annoncée mobilisent pied au plancher dans un réjouissant désordre amalgamant des protestataires classés « rouge-vif » et d’autres nettement plus corporatistes. Les organisations syndicales préparent une manifestation nationale pour le jeudi 6 novembre, point de départ d’une campagne d’action qui culminera dans une grève nationale prévue pour le 15 décembre.

Là-dessus se greffe l’opposition politique. Seconde tornade : le PS déchaîné, conduit par sa pasionaria, a déclenché un feu nourri sur tout ce qui bouge dans la nouvelle majorité en montant sur les barricades tribunitiennes. L’opposition dure, c’est lui et personne d’autre. Quelques mauvaises langues suggèrent qu’il ne serait pas mécontent que d’autres se chargent de terminer le travail entamé lors de la dernière législature. Ses relations avec son propre pilier (FGTB, Mutsoc…) s’étaient tendues au maximum sous le gouvernement Di Rupo. D’où le besoin d’une cure d’opposition pour resserrer ces liens. À partir de là, toutes les énergies sociales qui avaient été comprimées pour ne pas mettre les camarades ministres en difficulté se libèrent et rejoignent celles qui n’avaient pas ce scrupule. Et ça fait du bruit.

Je devrais me réjouir de cette fulgurante riposte politico-sociale. Pourtant non. J’ai trop le sentiment d’une fuite en avant sans agenda ni perspective politique. Quel est l’objectif ? Faire chuter le gouvernement à peine sorti des urnes ? Celui-ci ne tombera que si sa seule composante encore un peu sensible aux mobilisations populaires, à savoir le CD&V, le décidait. Le faire reculer ? Ce n’est vraiment pas le genre de la maison. Et si par extraordinaire cela se passait et que la majorité se délitait, quelle serait l’alternative ? Sur le papier, il n’y en a qu’une : le retour à la tripartite « traditionnelle », en rabibochant les libéraux et les socialistes. Qui en rêve ?

Ne nous racontons pas d’histoire. Ce gouvernement dispose de solides soutiens, y compris populaires. Il ne chutera pas de sitôt. Pour le combattre, il faudra s’engager dans une opposition au long cours. Et donc ne pas brûler trop vite toutes ses cartouches. Il faudra aussi que se dégage un minimum de programme alternatif, et celui-ci ne surgira pas mécaniquement de l’addition de protestations sectorielles. On suggère ici ou là qu’il suffirait de « faire payer les riches » et de « relancer la croissance par la consommation populaire ». La formule est-elle compatible avec la nécessaire transition vers une économie écologiquement soutenable ? On peut en douter.

Enfin, une opposition qui se ferait au nom des seuls francophones minorisés dans la suédoise offrirait un merveilleux cadeau à De Wever et à sa thèse sur les deux démocraties. Elio Di Rupo a imprimé un virage « belgicain » au PS. Mais avec le style d’opposition « communautarisée » que son parti adopte en ce moment, les attaques contre le confédéralisme de la N-VA tombent à plat. Pour la gauche flamande, emboiter le pas à ce PS-là s’apparenterait à un vrai suicide [1]

Un test : Laurette Onkelinx avait annoncé qu’elle prendrait la tête d’un « shadow cabinet ». Pédagogiquement, l’idée est séduisante… à condition que ce gouvernement ne soit pas strictement francophone et que sa cheffe de file daigne s’exprimer équitablement dans les deux langues. Sans quoi la défaite de la gauche sera consommée en Flandre et la suédoise pourra dormir longtemps tranquille.

•••

[1] Voir notamment l’opinion de Kristof Calvo, chef de file Groen au Parlement, dans De Morgen.

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  • Suédoise : les pièges de l’opposition Posté par Jean-Marie Pierlot, le 4 novembre 2014
    100% d’accord avec ta lecture de la situation. L’absence de perspectives de la gauche politique et syndicale est désespérante. L’alternative devrait venir d’Ecolo/Groen mais (...)
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  • Suédoise : les pièges de l’opposition Posté par michel6, le 28 octobre 2014
    Encore une chronique pleine de bon sens… Enfin quelqu’un qui relève la dimension communautaire de cet enjeu. Car si la NVA a mis au frigo ses demandes de réformes (...)
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  • Suédoise : les pièges de l’opposition Posté par Jean-Jacques Jespers, le 27 octobre 2014
    De toute façon, Elio Di Rupo a déjà vendu la mèche : "70 p.c. du programme de ce gouvernement figuraient déjà au programme du précédent", a-t-il déclaré benoitement. Pas très malin (...)
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  • Suédoise : les pièges de l’opposition Posté par moureaux, le 27 octobre 2014
    Que doit faire l’opposition ? Mode d’emploi svp.
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    • Suédoise : les pièges de l’opposition Posté par Marcel Leurin, le 28 octobre 2014
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