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13.11.2015

Supprimer la Communauté française ? Oui, mais pas n’importe comment.

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Supprimer la Communauté française ? Des hommes politiques wallons relancent l’idée. Ils appartiennent au MR et au PS, s’expriment « à titre personnel » mais leurs propos servent de ballons d’essai. Au CDH, on est farouchement contre. Et, semble-t-il, aussi à Écolo qui s’exprime sur ce dossier par la voix de Christos Doulkeridis, ancien secrétaire d’État au gouvernement bruxellois.

Impression : ce sont surtout les Wallons qui voudraient en finir avec ladite Communauté tandis que les Bruxellois y tiendraient pour ne pas détricoter un espace de solidarité. La FGTB vient aussi d’étaler sa division sur le sujet, le Wallon Thierry Bodson s’étant fait contrer par son alter ego bruxellois Philippe Van Muylder pas vraiment d’accord.

Cette perception est de plus en plus fausse. De nombreux Bruxellois sont acquis depuis des années à l’idée d’une « Belgique à quatre régions » (Flandre, Wallonie, Bruxelles, région germanophone) telle que l’avaient notamment esquissée en 2011 Johan Vande Lanotte et Karl-Heinz Lambertz. Ces régions reprendraient toutes les actuelles compétences communautaires. Les raisons avancées par ces Bruxellois sont, en partie, les mêmes que pour les régionalistes wallons : en gros, tout projet collectif doit pouvoir articuler des dimensions matérielles (logées dans les Régions) et immatérielles (logées dans les Communautés) qui constituent les deux faces d’une même pièce.

Mais il y a des raisons proprement bruxelloises à souhaiter la disparition des Communautés : en finir avec le développement séparé qui régit de multiples secteurs de la vie des Bruxellois. Ceux-ci, selon qu’ils sont classés francophones ou néerlandophones, sont pris en charge par des structures différentes dans l’enseignement, la culture et la vie associative. Les structures politiques qui expriment cette coupure (Cocof et VGC [1]) mènent leur barque dans une splendide ignorance réciproque et sans aucune obligation de s’accorder. Et ce alors que la répartition entre Bruxellois francophones et néerlandophones colle de moins en moins au paysage linguistique et ethnoculturel de cette ville.

Enseignement ? Comment organiser un enseignement vraiment multilingue qui prenne en compte l’irréductible multiculturalité de cette « petite ville mondiale » quand on trouve plus important d’aligner une école bruxelloise francophone sur une école de Virton, une école bruxelloise néerlandophone sur une école de Maaseik, plutôt que les deux écoles bruxelloises entre elles ? Culture ? Quel est le sens de mettre une marque communautaire-à-la-belge sur la danse, la musique, l’architecture et les arts plastiques, les arts du cirque, sur toutes les nombreuses productions qui utilisent des langues tierces ou plusieurs de nos langues « nationales », ensemble ou alternativement… c’est-à-dire, au total, sur l’essentiel de la production culturelle bruxelloise ? Vie associative ? Accueil des nouveaux migrants ? Sports ? Tourisme ? La liste des absurdités est sans fin.

Mais pas question d’une opération « intra-francophone » qui verrait la Communauté française se démembrer entre Région wallonne et Cocof. Les régionalistes wallons doivent comprendre la résistance bruxelloise à leurs projets : on n’est pas intéressé à ne récupérer pour la Région que des compétences régionalisées de la Communauté française, alors que rien bougerait du côté de la Communauté flamande. Et, effectivement, avec la N-VA aux manettes, rien n’est près de bouger de ce côté-là.

Avant de lancer des pétards mouillés improvisés qui font le buzz avant de retomber, il serait utile qu’au moins la gauche non nationaliste des deux rôles linguistiques puisse s’accorder posément sur une perspective à moyen terme qui puisse lui servir de boussole. Ça nous ferait économiser du temps, de l’énergie et de la salive.

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[1] Commission communautaire française, Vlaamse Gemeenschapscommissie. La première dispose du pouvoir décrétal, pas la seconde.

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  • Supprimer la Communauté française ? Oui, mais pas n’importe comment. Posté par Laurent VANDAMME, Président du Rassemblement Wallon, le 17 novembre 2015
    Si la Communauté Flamande ne bouge pas à Bruxelles, rien n’oblige la Communauté Française, ultra majoritaire, à faire acte de soumission et à obéir aux diktats venus du Nord. Faisons (...)
    Lire la suite

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