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1.09.2013

Syrie : le jour d’après

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Depuis deux ans que la guerre civile déchire la Syrie, je me suis tu. Au grand reproche de beaucoup de mes amis. Les uns : comment peux-tu rester indifférent au sort d’un peuple massacré par ses propres dirigeants ? Les autres : comment peux-tu être dupe des médiamensonges qui visent à nous faire accepter la prochaine aventure guerrière de l’Occident ?

Je me suis tu. Je n’en suis pas fier. Mais on est si souvent mis en condition par des informations filtrées. J’en suis alors réduit, comme tant d’autres, à me faire une opinion à travers celle qu’expriment des personnes que j’apprécie. Et toutes ne s’expriment pas dans le même sens. (Voir par exemple la tribune de la CNAPD et celle d’Action Syrie.) Mais aujourd’hui, mon silence me pèse. À l’avant-veille d’une probable intervention américaine, j’essaie de me construire pièce par pièce un semblant d’opinion.

À l’heure où j’écris, on n’a toujours pas produit des preuves indiscutables de la responsabilité du régime Assad dans le gazage de la banlieue de Damas. Si une intervention devait se justifier, elle n’a nul besoin de ce prétexte. Il n’y a donc pas plus d’urgence aujourd’hui qu’hier ou avant-hier… ou demain ou après-demain.

Sans revenir sur l’enchaînement des péripéties qui ont mené à cette situation, aujourd’hui, l’opposition démocratique semble complètement submergée par des « seigneurs de guerre » très peu soucieux des droits humains, à l’instar des pétromonarchies qui les financent.

Selon les informations – souvent orientées et donc sujettes à caution – qui nous parviennent, il semble que l’usage de la terreur soit une des choses les mieux partagées entre les parties en présence. On a d’ailleurs du mal à attribuer à tel ou tel camp les images horribles qui nous arrivent.

La brutalité avérée, déjà ancienne, du régime et celle, plus récente, de ses opposants n’empêche pas de devoir reconnaître que les deux camps bénéficient d’un authentique soutien populaire, qui témoigne surtout de la profonde division de la société syrienne. Il n’y a pas, d’un côté, un peuple uni derrière sa direction et, de l’autre, des brigands détestés (et ceci vaut dans les deux sens).

Pour des raisons multiples sur lesquelles, là encore, les analyses divergent, on est passé d’une phase où les forces loyales à Assad battaient en retraite à une autre phase plus confuse, avec ici ou là des reconquêtes et, ailleurs, un front qui semble stabilisé. Aujourd’hui, aucun des deux camps (et derrière eux leurs sponsors étrangers) ne semble en mesure de l’emporter.

Dans ce contexte de « pat » [1], l’intervention annoncée prétend ne pas vouloir renverser Assad, mais simplement lui « donner une bonne leçon ». C’est-à-dire ? Qu’attend-t-on exactement de lui ? Qu’il quitte le pouvoir ? Qu’il propose un cessez-le-feu et ouvre des négociations avec l’opposition ? Si on veut que « la leçon » soit entendue, il faudrait peut-être la formuler plus clairement.

Qu’Assad s’en aille ? Sans regret. Mais pour le remplacer par qui, par quoi ? Par les clones d’Al Qaida poussés par la réaction sunnite la plus noire ? Par des marionnettes « démocratiques » ramenées d’exil dans les fourgons des Occidentaux ? Par une armée d’occupation ?

Bref, on y verrait plus clair si les partisans de l’intervention jouaient cartes sur table et nous livraient le scénario complet : que se passera-t-il « le jour d’après » ?

•••

[1] Terme utilisé dans le jeu d’échecs quand aucun des deux joueurs ne peut l’emporter.

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