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Mais qu’en aurait pensé Spartacus ?

Billets d’humeur et regards critiques sur l’actualité socio-économique : chômage, pauvreté, emploi, inégalités, domination, sécurité sociale, travail précaire, démocratie économique et sociale... Le tout sur fond d’impasse écologique et de crise démocratique. Par Luca Ciccia.


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15.06.2011

TEC, sens des responsabilités et non-sens des responsables

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J’en ai marre des dirigeants responsables. J’en ai marre du « sens des responsabilités » repris à tord et à travers pour justifier les politiques, les projets d’ accords, imposer le silence et la soumission.

Dernier exemple en date. La grève des TEC de ce jour. Une « prise d’otage » de plus pour les commentateurs qui ne savent donc pas que la Belgique n’est pas sur la même latitude que l’Afghanistan ou le Brésil…

C’est ainsi que Jean-Michel Javaux, dont le ministre Henry est aux affaires, s’est senti obligé de s’exprimer via Facebook. Pas sur les grèves grecques. Pas sur les réformes européennes de gouvernance économique. Pas sur le doute que l’on peut avoir quant à l’urgence à devoir éponger 22 milliards, et encore moins sur le sous-investissement dans le transport en commun. Non, plus modestement, il « appelle vraiment les acteurs des TEC à la responsabilité : en pleine période d’examens, n’y a t il pas d’autres moyens de faire entendre ses revendications ?? Est-ce bien le meilleur moyen de défendre le Service Public ?? En tout cas, chez mes ami(e)s étudiant(e)s, enseignant(e)s, infirmier(e)s, aide-soignant(e)s, ouvrier(e)s,...de la Région Liégeoise, le message passe mal... ». Je ne veux pas ici le blâmer personnellement. Les autres ténors ne font pas mieux en pareille circonstance. Disons juste que pour le parti qui est supposé être le plus offensif en matière de soutien aux transports en commun, il y a de quoi étonner… N’était-ce pas plutôt le moment de revendiquer davantage de transport en commun ?

Bref, le décor est planté. Les travailleurs qui ont agi vont à l’encontre des usagers. Le client est roi dans le règne libéral, c’est le mythe bien connu, mais faux. C’est que la pression à la privatisation est forte. Le gouvernement a fait le choix de la défense du service public et non de la libéralisation des transports en commun. C’est un choix qui doit se mériter tous les jours indique ainsi au parlement cet après midi le ministre Henry. Etre responsable, c’est donc ne pas appliquer ses droits, au motif que les appliquer, c’est prendre le risque ne plus du tout pouvoir les appliquer. Un peu comme si le docteur disait à son patient malade : n’utilise pas ce médicament. Si tu l’utilises, on pourrait ne plus le produire... Et surtout, ne te plains pas, on pourrait t’entendre. Dans ces conditions, à quoi bon le docteur ?

C’est ce même sens des responsabilités qui fut repris par les dirigeants syndicaux pour soutenir le projet d’accord salarial qui prévoyait une augmentation de 0,3% sur deux ans alors que les bénéfices atteignent des sommets. C’est ce sens des responsabilités qui permet au formateur socialiste Di Rupo d’affirmer qu’il faut absolument chercher à économiser 22 milliards sur le reste de la législature. C’est cette foutue responsabilité qui fut utilisée au moment de la débâcle des banques pour y injecter l’argent public, plutôt que de les acheter purement et simplement… au prix du marché !

Puisqu’il faut évoquer le sens des responsabilités pour être compris, je souhaite également en appeler à la responsabilité. Il ne peut y avoir de responsabilité que dans le choix que l’on pose. Pour choisir, il faut être en situation de décider en toute connaissance de cause. L’acte ainsi posé doit répondre d’une réflexion, d’un esprit libre. Ainsi, si vous tuez quelqu’un sous la contrainte, vous ne serez accusé de meurtre. On l’oublie trop souvent, la responsabilité est donc le corolaire de la liberté. Et la liberté n’est réelle que si les conditions de son exercice permettent à chacun de l’être réellement. Le chat qui se mord la queue ? Pas vraiment. Les conditions de la liberté réelle suppose une égalité, sinon en fait, au moins dans les chances. C’est donc la lutte pour l’égalité qui permet la liberté, celle-là même qui est indispensable à juger de la responsabilité de celui qui pose un acte. Une « grève sauvage » peut donc aussi être comprise comme une étape obligatoire menant vers plus de possibilité à exercer le sens des responsabilités !

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Ceux qui évoquent le sens des responsabilités feraient bien de revenir au sens premier du terme. Un responsable est, selon mon petit dictionnaire, fort pratique en ces temps où les mots s’utilisent à tord et à travers, « celui qui est chargé d’une mission ou d’une tâche, en tant que chef qui prend les décisions, et qui doit en répondre devant celui qui lui a confié cette charge. ». Alors amis politiques, dirigeants syndicaux et autre commentateurs, avant d’en appeler au sens des responsabilités, n’oubliez pas votre responsabilité et sa source. Car évoquer le sens des responsabilités comme on évoquait les flammes de l’enfer pour calmer les ardeurs des paysans affamés, c’est être irresponsable, ou suivre la voie pour le devenir…

Une suggestion aux organisations syndicales pour conclure : si seulement les TEC, STIB et SNCB pouvaient faire une grève, une seule, commune, mais une énorme, une au finish, jusqu’à réinvestissement massif dans le transport en commun, jusqu’à en faire trembler Merkel et les agences de notation, nous verrions alors où se niche la responsabilité. Cachée quelque part entre le pouvoir du "marché" et la complaisance des dirigeants plus ou moins élus, loin des préoccupations des "usagers" dont on se fait les portes-paroles, pour mieux nous diviser, nous, les irresponsables…

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  • Une bonne analyse, mais asymétrique Posté par François Thoreau, le 16 juin 2011
    Je souscris entièrement à cette analyse, mais je voudrais la prolonger en mettant en évidence ce qui, à mon sens, y est dit de manière implicite : les syndicats de la TEC feraient (...)
    Lire la suite
    • Une bonne analyse, mais asymétrique Posté par Luca Ciccia, le 16 juin 2011

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