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2.12.2012

Un État, deux États, faux débat

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Victoire « historique » : la Palestine vient d’obtenir le droit de s’asseoir sur un strapontin à l’ONU. OK, l’ironie est déplacée. Même si cette conquête ne changera strictement rien sur le terrain, c’est un fait politique majeur qui démontre que seule une minorité d’États avalent encore les arguties dilatoires israéliennes. Malheureusement, parmi ces États, il y a les États-Unis qui imposent leur loi dans la région. Du coup, le principal effet de cette victoire symbolique sera peut-être sémantique : désormais, puisque la communauté internationale reconnaît un État de Palestine, on ne devra plus parler de « territoires occupés », mais de « Palestine occupée » [1]. On espère que les politiques et les journalistes en prendront bien acte. Ce sera au moins ça de pris.

Les déclarations de Mahmoud Abbas célébrant son succès diplomatique laissent songeur. À ses yeux, celui-ci serait « la dernière chance de sauver la solution à deux États ». La réponse, particulièrement cynique, fut l’annonce officielle de la construction de 3000 logements dans les colonies. Alors que Netanyahou, pour plaire à son protecteur américain, s’était officiellement rallié à la dite « solution à deux États », il est clair qu’il n’en pense pas un mot et qu’il agit en sens opposé. Sa véritable perspective, c’est l’annexion rampante de la « Cisjordanie utile » assaisonnée si on insiste d’un simulacre de négociations pour amuser le tapis.

Ci-dessus : Ariel, entre Naplouse et Ramallah. Ci-dessous : Efrat, dans le Gush Etzion (entre Jérusalem et Bethléem).

Le fait accompli de 1967 commence à sortir les mêmes effets que celui de 1947. Des décisions injustes créent de nouvelles réalités sur le terrain qui se présentent comme irréversibles. Outre Jérusalem-Est qui fait l’objet d’un véritable nettoyage ethnique, on trouve dans le Gush Etzion, à Ariel, à Maale Adunim, des blocs de colonies quasiment vierges de toute population palestinienne qui sont désormais complètement intégrées à l’État hébreu auquel tous les réseaux les relient. Il y a un consensus dans la classe politique israélienne pour affirmer que, de droit ou de fait, Israël ne se retirera jamais de ces zones peuplées de dizaines de milliers d’habitants juifs, dont des enfants nés sur place de parents nés sur place et qui sont là subjectivement chez eux, n’ayant jamais connu rien d’autre.

La « solution à deux États » s’est imposée comme perspective politique quand l’Organisation de libération de la Palestine a pris acte de l’impossibilité pour elle de reconquérir toute la Palestine en effaçant l’État d’Israël de la carte. Non seulement elle n’en n’avait pas la force, mais elle avait fini par reconnaître l’existence sur le territoire de la Palestine historique d’un peuple « juif israélien » parlant l’hébreu, n’ayant pas de base arrière et qui n’entendait pas renoncer à son droit à l’autodétermination sur place. La « solution à deux États » prenait au sérieux les proclamations des gouvernements israéliens qu’ils étaient prêts à rendre les territoires occupés en 1967 contre la paix. Le « processus de paix » initié par les Accords d’Oslo (1992) aurait dû conduire à la création de deux États vivant côte à côte en bonne intelligence. Lentement peut-être, mais sûrement.

Depuis, les masques sont tombés. Il apparut de plus en plus clairement que les négociations perpétuelles n’avaient absolument pas, dans le chef d’Israël, l’objectif d’aboutir, mais celui de désarmer la résistance tout en multipliant les faits accomplis de la colonisation. Il faut le reconnaître : la société israélienne est devenue une société coloniale cynique qui jouit sans états d’âme de sa suprématie militaire et ne voit pas pourquoi il faudrait faire la moindre concession puisqu’elle a toutes les cartes en main [2]. Bref, j’aimerais bien suivre Mahmoud Abbas qui ne renonce pas à la « solution à deux États ». Mais j’ai vraiment du mal.

Faut-il pour autant rejeter cette solution au profit d’une « solution à un État » en rehabilitant l’ancien slogan de 1969 de la « Palestine laïque et démocratique » unitaire ? On peut discuter à perte de vue des avantages respectifs des deux formules qui sont moins éloignées l’une de l’autre qu’on imagine [3]. Mais ce qui fait totalement défaut dans cette perspective, c’est l’esquisse d’un chemin pour aboutir à cet « État commun » qui fait office de repoussoir pour 95% des Israéliens juifs. Et comme il n’y a pas de solution sans l’accord de la majorité d’entre eux…

Comme Michel Warschawski [4] l’exprime dans cette vidéo, je considère ce débat « Un État-deux États » comme une diversion et une perte de temps. La première hypothèse est irréalisable à court et même à moyen terme, la seconde aurait pu advenir dans la foulée des pourparlers de Taba, de l’Initiative de Genève, du plan Ayalon-Nusseibeh, de l’initative arabe de paix de 2002 qu’Israël ignora superbement. Mais trop d’occasions ont a été manquées et la « fenêtre d’opportunité » s’est refermée. Plus de solution en vue ? Tant pis, il faudra faire sans. L’important, c’est d’avancer, pied à pied, pour inverser le rapport de forces au profit du peuple palestinien, par exemple en s’investissant dans BDS, tout en veillant à ne jamais insulter l’avenir. Le chemin se tracera en marchant. Et s’il faut absolument un slogan, le seul qui vaille est celui des pacifistes américains : « Two peoples, one future ».

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[1] Voir le communiqué de l’UPJB.

[2] En 2009, au moment de sa constitution, j’avais qualifié le gouvernement Netanyahou de « gouvernement OAS » en référence à la guerre d’Algérie. Cette comparaison suggérait qu’Israël pouvait parfaitement s’émanciper de la tutelle des États-Unis comme les pieds-noirs l’avaient fait vis-à-vis de la métropole française.

[3] Quelle que soit la formule, il y a bien en Palestine deux peuples qui s’expriment dans deux langues. Selon les règles démocratiques universelles, cela impose que chacun d’entre eux puisse disposer de larges possibilités d’auto-gouvernement. Et ces deux peuples étant étroitement imbriqués, ils devront immanquablement trouver des formes de fédération.

[4] Fondateur et président du Centre d’information alternative à Jérusalem.

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  • Un État, deux États, faux débat Posté par Daniel Vanhove, le 4 décembre 2012
    Si je reconnais certains points intéressants à l’article, je ne pense pas que ce soit là un "faux" débat... pcq’il se pose irrémédiablement à tout observateur de la situation sur le (...)
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  • Un État, deux États, faux débat Posté par Michel Staszewski, le 2 décembre 2012
    Je suis d’accord avec toi Henri, à quelques détails près. J’ai d’ailleurs écrit à ce sujet (cf. mon article "Israël-Palestine : un ou deux Etats ?" paru en janvier dernier dans Points (...)
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  • Si les journalistes de mon pays... Posté par Guy Leboutte, le 2 décembre 2012
    Merci pour cet article. Merci pour son acuité et pour l’actualité pointue de sa réflexion. Un point ne m’a pas échappé depuis des années, c’est la fausseté et l’intoxication que (...)
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