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Mais qu’en aurait pensé Spartacus ?

Billets d’humeur et regards critiques sur l’actualité socio-économique : chômage, pauvreté, emploi, inégalités, domination, sécurité sociale, travail précaire, démocratie économique et sociale... Le tout sur fond d’impasse écologique et de crise démocratique. Par Luca Ciccia.


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26.05.2011

Une petite phrase qui en dit long sur le monde

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Croissant dans une main, Libre Belgique de ce jour dans une autre, je m’ arrête sur deux petites phrases qui l’air de rien en disent long sur le monde d’aujourd’hui.

Jugez plutôt :

"Si l’on se base sur l’indice d’inflation hors alimentation et énergie, l’inflation est restée stable dans les pays industrialisés. Cela s’explique par le taux de chômage qui bloque toute hausse des salaires exédant le niveau d’inflation."

Ce sont les commentaires de l’économiste en chef de la CBC (banque & assurance) à propos de l’inquiétude d’un retour de l’inflation.

Que disent ces deux phrases ?

1ère partie : l’évolution des prix (inflation) est concentrée sur l’énergie et l’alimentation.

Ce premier enseignement mérite quelques commentaires. L’énergie et l’alimentation sont donc les secteurs qui voient leurs prix augmenter. Les conséquences sont nettes pour les ménages, surtout les plus précaires... Le commentateur se limite au constat, et oublie donc l’essentiel. Pourquoi l’énergie et l’alimentation coûtent-t-elles de plus en plus cher ? Surpopulation, catastrophe naturelle ? Que nenni. La réponse est à chercher dans la non prise en compte écologique des impacts de notre production. Si l’énergie coûte cher, c’est avant tout parce que nous n’avons pas encore opté pour le renouvelable de manière massive, qui coûte moins cher et est moins soumis aux aléas des tsunamis, aux révolutions civiles ou craintes d’invasion militaire, sans oublier les risques d’assèchement des puits... Chaque jour qui passe et qui ne voit pas une révolution énergétique mise en oeuvre est donc nuisible d’un point de vue économique (vu les conséquences sur l’inflation) et d’un point de vue social (vu l’impact concentré sur les petits porte-feuilles) et sur le climat... Du côté de l’alimentation, c’est du pareil au même. L’alimentation est énergivore, gaspille l’eau et est grande émettrice de gaz à effets de serre – parce que produite de manière industrielle. A nouveau, c’est la non prise en compte des impacts écologiques d’un certain type de production nécessitant/renforçant une dynamique de concentration capitaliste qui explique la hausse des prix. Car une autre alimentation, produite localement, de manière écologique, verrait en réalité ses prix plus stables et moins soumis aux aléas des marchés. De plus, l’évolution climatique commence à produire ses effets (secheresses et incendies ont causé des hausses des cours de matières premières importantes depuis quelques années). Pour y répondre, il faut donc à la fois changer de modèle énergétique et à la fois revoir notre mode de production alimentaire. Qui a dit que l’écologie n’était pas socio-économique...?

2ème partie : l’économiste est heureux de constater qu’il n’y a pas par ailleurs d’inflation due aux augmentations de salaires car, heureusement, le chômage est suffisament élevé que pour faire pression à la baisse sur les revendications salariales...

Le commentaire sera ici plus superflu tant le cynisme assumé des grands porte-feuilles de ce monde doit résonner jusqu’aux limites de notre galaxie. Pire encore, cette façon de voir est bien celle qui gouverne toutes les politiques publiques (de l’Europe jusque dans nos régions). On dit vouloir réduire le chômage, et dans le même temps, la préoccupation première est de réduire l’inflation, et donc de maintenir un certain niveau de chômage. Pour rappel, c’est l’objectif prioritaire et constitutionnel que s’est assigné l’Europe, et tous ses États-membres.

Et le mensonge apparait ici plus encore : l’objectif est dit-on de limiter l’inflation. En réalité, ce que cet extrait indique c’est que le capitalisme se contre-fout de l’inflation, pour autant que l’inflation des salaires, elle, reste basse, et que les profits eux continuent de croitre. Car qu’on se le dise, si les prix de l’énergie et de l’alimentation grimpe, c’est aussi à cause de la spéculation, et il ne faut pas oublier que c’est dans ces secteurs que les bénéfices engrangés sont parmi les plus importants... Pensez bien que les problèmes socio-écologiques ne sont pas de première priorité ! Les petits portefeuilles et braves classes moyennes sont donc les dindons de la farce, et deux fois plutôt qu’une ! M’en vais donc manger mon deuxième croissant, "frais du four" me dit le petit sac offert par mon GB express. Et M... Dindon, trois fois plutôt qu’une...

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