Accueil du site >Blog  >Festivals, face B  >Ardentes : programmation éclectique, mais mainstream
Festivals, face B

Chronique d’été sur une lecture alternative des festivals. Des participants nous parleront de l’ambiance, des à-côtés et nous feront découvrir les festivals, face B. Parce qu’aller à un festival, c’est écouter de la musique, mais c’est aussi parfois la consommer.


pub
12.07.2012

Ardentes : programmation éclectique, mais mainstream

imprimer
envoyer
commenter

Les Ardentes, et ce n’est rien de le dire, font dans la sécurité. Sécurité du lieu : doubles barrières pour éviter les resquilleurs et s’assurer de l’imperméabilité du site à toute boisson (à l’exception bienvenue de l’eau, mais c’est la moindre des choses), double check aux entrées afin de garantir l’authenticité du bracelet et l’impossibilité matérielle de le « prêter » à un ami...

Et également sécurité dans la programmation : elle est éclectique, il y en a pour tous les goûts, de quoi satisfaire jeunes et moins jeunes, amateurs de chanson française, de rock, de hip-hop, d’électro, mais les Ardentes misent sur des têtes d’affiche et des groupes qui ont fait leur preuve, qui ont roulé leur bosse, voire qui sentent le déjà vu ou le totalement has been. Bien sûr, pour les amateurs de hip-hop, on est jamais déçu par Cypress Hill (troisième fois qu’ils sont présents en 6 ans), Joey Starr (troisième programmation, mais deux présences pour cause de passage par la case prison) ou 50 Cent. Bien entendu, pour les fans de la première heure ou les jeunes mélomanes, c’est un plaisir et une chance de voir Patti Smith, Thiefaine ou Morrissey en live. En électro, Kavinsky (« Nightcall »), The Magician (« I follow rivers »), au top du top 50, ne pouvaient que faire un carton, et Booka Shade et Mr Oizo offrent toujours de très bonnes prestations. Dans l’ensemble, la programmation est de qualité, mais tout cela manque cruellement d’audace, de découverte, de prise de risque. Les groupes peu connus, les petits nouveaux, les locaux de l’étape ou les ovnis un peu déjantés sont programmés comme d’habitude en début de journée ou en fin de nuit (la révélation liégeoise Kennedy’s Bridge par exemple, ou les tarés de Jerikan, dont le set dubstep et drum bien hard a eu beaucoup de succès et a déclenché un violent pogo dans la salle Elektropedia, malgré la programmation presque matinale pour ce type de musique : 20h30).

Mais même en misant sur des valeurs sûres, on n’est pas à l’abri de grosses déceptions, et ce compte-rendu ne serait pas complet sans mentionner Marilyn Manson, même si ne pas devoir parler de sa prestation molle serait un soulagement. C’était triste, presque pathétique, on sent qu’il n’y croit plus, qu’il est usé, le seul élément de show furent ses micros en forme de poignard ou de coup de poing américain, bref, un flop, les spectateurs quittaient l’open air les uns après les autres. Pour terminer sur une note plus positive, mentionnons enfin Balkan Beat Box et Dyonisos, qui mettent toujours une ambiance de feu.

Ambiance et organisation : entre durabilité de bon aloi et bling bling à tout va

A saluer : « Les Ardentes » est le premier festival de grande ampleur à avoir imposé l’usage des gobelets réutilisables (en 2010, deux ans après La Semo, mais dont la fréquentation n’est pas comparable) ; les poubelles sur le site sont prévues pour le tri sélectif ; de nombreuses navettes gratuites entre le festival, les gares et le centre-ville sont organisées, y compris la nuit. Des rampes et espaces réservés pour les PMR sont aménagés sur la plupart des scènes.

Il mise en partie sur les artisans et snacks locaux pour son « chemin des saveurs », sans exigence de cahier des charges « vert », et avec la présence en parallèle de grosses boites. Les falafel bios, les bons durums de chez Murat (en Souveraint-Pont, je conseille), les crêpes et speculoos de chez Massin, le Maitrank, côtoient les hamburgers et hot dog industriels, les stands « Jo Piler », Bacardi, ou le café Chat Noir.

Le brasseur qui fournit les boissons quant à lui est clairement « non durable », et les boissons ne sont pas bon marché (2€50 la bière Jupiler et les softs « Coca-Cola company », 3€75 le Get27, 5€ les alcools). De nombreuses multinationales et gros groupes sont présents sur le site, sponsorisent l’évènement et les festivaliers, en distribuant force goodies et en organisant de nombreux concours. Pris dans l’ambiance du festival, il est parfois difficile, surtout pour les festivaliers les plus jeunes, de faire la différence entre les messages véhiculés, souvent sur les mêmes supports, par les stands d’infos (Conseil de la Jeunesse, Prévention Sida,…), de promotion culturelle (le film Mobile Home et son stand à succès, où il était possible de déclencher la prise d’une photo en hurlant), de promotion commerciale de l’énergie verte (Lampiris, où, en pédalant x kW/h, on obtenait un k-way), et par les bimbos (mâles et femelles) Coca Cola en mini short ou le stand « Pimp my festival » de VW (se faire prendre en photo pour gagner une voiture)…

Disons le clairement, même si Solidaris, la FGTB, la Ville et la Province de Liège figurent parmi les partenaires, et que le festival, comme ses organisateurs, est clairement étiqueté « socialiste », « Les Ardentes » est loin d’être un festival social. Outre le prix des boissons, le prix de l’entrée (55 euros par jour, 105 euros pour les 4), n’est pas aussi prohibitif que d’autres grosses machines (Werchter : 79€ et 195 €, Pukkelpop : 79 € et 155€) mais reste un frein important pour qui n’est pas aisé. Malgré la diversité du public en termes d’âge, de styles et de goûts musicaux (on reconnait assez facilement certains fans de Marilyn Manson ou 50 Cent par exemple), on reste donc entre personnes de la classe moyenne, sans parler des VIP.

A ce sujet, le festival fait fort. Impossible de rater l’espace VIP, qui surplombe l’Open Air sur deux étages et une cinquantaine de mètres, divisé en un salon au rez-de-chaussée accessible aux « VIP de niveau 2 », et les loges à l’étage, réservées pour les « VIP de niveau 1 » par des institutions ou des entreprises.

En conclusion, on passe un bon moment, l’ambiance est familiale et le succès est au rendez-vous, mais le festival gagnerait en authenticité, en fraicheur, et en « soutenabilité », à se montrer un peu plus ouvert (aux citoyen-ne-s peu importe leurs revenus, aux modes de consommation alternatifs, et aux artistes émergents).

Olivier Bierin

imprimer
envoyer
commenter

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ?