12.04.2014

Valls, le postsocialiste

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« Il faut se régénérer. Il faut changer de méthodes. Il faut changer de direction. Il faut changer de génération. Il faut changer de programme. Il faut changer de "nom" car « le mot socialiste ne veut plus rien dire » : c’était en 2009, Manuel Valls, qui proclamait son intention d’être candidat aux primaires du PS, annonçait la couleur et une ligne dont il ne s’est pas départi.

Valls est en quelque sort un postsocialiste qui s’assume et qui nomme sans détour la politique qu’il entend mener. Cela a, au moins, le mérite de la clarté. Son ascension fulgurante l’a mené, en moins de trois ans, d’une modeste candidature aux primaires de 2011 (moins de 6 % des suffrages) au poste de Premier Ministre, en passant par un ralliement immédiat au candidat Hollande dont il assura la communication et par un séjour remarqué au Ministère de l’Intérieur. On connaît ses déclarations tonitruantes en matière de sécurité et d’immigration qui plaisent tant à la droite (où il est plus populaire qu’à gauche…). Valls n’a jamais eu de courant au PS mais il compte sur un cercle très étroit autour de ses deux amis de trente ans : Stéphane Fouks (Vice-président de Havas Worldwide, ex Euro RSCG) ex-communicant de DSK et de Cahuzac et qui assure aussi les relais patronaux. L’autre inséparable, Alain Bauer, criminologue, est un ex conseiller en sécurité de Sarkozy, franc maçon influent. Ils se sont connus à la Fac, ils furent tous les trois rocardiens. Le triumvirat décida un jour de se mettre au service des ambitions politiques de l’un d’entre eux : ce fut Valls.

Un triumvirat rocardien en 1985

Le plan de carrière de Manuel Valls a fait aujourd’hui un grand bond en avant : il est sur la dernière marche qui précède le podium de l’Elysée. La cohabitation qui démarre s’annonce virulente à terme. En attendant, Valls fera du Hollande ; le premier ministre est là pour faire passer et appliquer le « pacte de responsabilités » et il proclame avec plus de ferveur un social-libéralisme que le président tente toujours peu ou prou de maquiller. Mais l’un et l’autre sont bien aujourd’hui les chantres inconditionnels de l’entreprise et du « socialisme de l’offre ». Comme l’italien Renzi, à qui on le compare parfois, Valls incarne la fin d’un cycle : l’abandon sans fausse honte des références idéologiques de la gauche historique.

Après la cuisante défaite aux municipales, François Hollande avait deux possibilités : réorienter sa politique économique et sociale dans une direction social-démocrate plus traditionnelle ou encore renforcer son cours social-libéral avec plus de clarté et de décision. Dans la logique « hollandaise », la première hypothèse était exclue – même si le résultat du scrutin indiquait d’abord le désarroi et le mécontentement des électeurs de gauche - [1], la seconde allait à l’encontre des vœux exprimés par son propre électorat mais répondait à la critique d’indécision qui poursuit toujours le président et comblait un immense vide de popularité. Valls était donc incontournable. Il suffisait de l’entourer des plus fidèles hollandais et d’embarquer Hamon et Montebourg pour la figuration de gauche.

Hamon et Monteboug pour la figuration de gauche

L’adoption du « pacte de responsabilités » (50 milliards d’austérité dont au moins 10 au détriment de la sécurité sociale) ne sera pas une mince affaire. La grogne s’est installée dans les rangs de la majorité parlementaire. Les Verts se sont envolés et une centaine de députés socialistes ont exigé un nouveau « contrat de majorité » où doit figurer la « réorientation » de l’Europe par « un plan de relance contre la déflation » et « une révision des trajectoires budgétaires insoutenables et ennemies de la croissance et de l’emploi ». Lors du vote d’investiture, pour la première fois depuis 1962, des députés de la majorité ont voté contre ou se sont abstenus. Les craquements ne font que commencer au sein d’une gauche en lambeaux.

[1] Par rapport à 2008 , la gauche a perdu près de 8 % des voix mais malgré une « vague bleue » d’élus, la droite a légèrement reculé en terme de voix ( - 0,6 %), le FN enregistrant une forte progression avec près de 17 % des suffrages ( là où il se présentait)

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