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Mais qu’en aurait pensé Spartacus ?

Billets d’humeur et regards critiques sur l’actualité socio-économique : chômage, pauvreté, emploi, inégalités, domination, sécurité sociale, travail précaire, démocratie économique et sociale... Le tout sur fond d’impasse écologique et de crise démocratique. Par Luca Ciccia.


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14.02.2013

Viol-État belge : leçons d’une belle histoire d’amour (Fait réel)

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Tout ici est l’exacte réalité des faits. Ce billet au cynisme assumé a été relu par la victime, dénommée "Sabine" par Le Soir qui suit de près cette affaire. Plaise à l’État belge d’éviter à l’avenir pareille situation en prenant des mesures sérieuses qui permettraient d’éviter la reproduction du drame ici conté, et de modifier en urgence la loi qui permet que la violée se voit réclamer les frais de justice pour cause de non lieu !).

Plus d’infos via Le Soir ici et ici

Chers violeurs, vous êtes souvent pris de pulsions de domination sexuelle incontrôlables, avez été abusés enfant, aviez un père qui battait votre mère, souffrez de maladie mentale sévère, ou êtes tout simplement un gros connard, comme c’est souvent le cas, bienvenue en Belgique ! Et oui, ce beau pays démocratique, bien que riche d’une lutte féministe et composé de plus de 50% de femmes, est un paradis pour vous, pour peu que vous respectiez le mode d’emploi du parfait violeur impuni.

Premièrement, veillez évidemment à ne pas vous faire reconnaître. La cagoule ou la menace d’un couteau par l’arrière de votre proie suffira largement. Et la police scientifique me direz-vous ? N’ayez crainte ! Commencez par être le plus brutal et violent possible, ainsi votre proie sera totalement désorientée et ne pourra se rappeler quoi que ce soit dans les premières heures, les plus dangereuses pour vous !

Sachez ainsi que si la victime se rend à l’hôpital, elle sera soumise au kit d’agression sexuelle. Heureusement, jamais le personnel soignant ne quitte les rubriques prévues. Il ne sera donc pas demandé à la victime d’indiquer si elle porte sur son corps des traces qui pourraient être exploitées par la police scientifique pour des recherches ADN par exemple. Bref, essuyez-vous allégrement sur la cuisse de votre proie. Au mieux elle se sera lavée sous le choc, au pire, elle le fera après sa visite à l’hôpital, qui n’est donc pas votre ennemi.

Oui, mais tout de même, la police scientifique va sur les lieux ? Oui, c’est vrai. Soyons tout de même prudent. N’y laissez que les affaires de la victime. Si vous lui volez quelque chose, pas de crainte à avoir. Soyez juste attentif pour ce qui concerne les portables. Fort heureusement, la police se contentera le plus souvent de faire vérifier s’il y a eu utilisation du téléphone volé dans les deux semaines qui suivent le vol. Après vous êtes pénard petit gredin. Par précaution, sachez tout de même qu’après un an, aucune recherche n’est légalement possible donc… si l’appareil vaut bonbon, et que vous êtes de nature inquiète, patientez un peu !

L’inspecteur de police va enquêter. Ne vous en faites pas, il est votre meilleur ami. Il est jeune, et a d’autres dossiers bien plus importants. Pas d’unité spécialisée dans l’enquête comme c’est le cas pour le meurtre. Ainsi, si vous passez devant une caméra de surveillance de la station essence située à vingt mètres, là encore, n’ayez crainte, il n’ira rien demander, même s’il dira à la victime qu’il le fera. Après, c’est trop tard bien entendu. Quant aux voisins, ils dorment ou regardent la télé. Ils ne se lèveront pas ! Éviter tout de même de faire trop de bruit, ou de rester trop longtemps le long de la route. Même sur un boulevard, pas de panique. Le temps d’un feu rouge suffira à emmener votre proie un peu plus loin, à l’abri d’une cabine électrique, cela fera l’affaire.

Viens le stress de tout violeur : « oui mais si je laisse des traces » ? Tout doux mon petit. Il y a traces et traces. Seule consigne à respecter : utiliser le préservatif. Si vous le balancez deux cents mètres plus loin, l’affaire est réglée. Si vous avez du déshabiller la proie, là encore pas d’inquiétude. Car si en principe, tout contact peut laisser une trace ADN, la police veille ici sur vous. Elle emportera les affaires que vous auriez touché, les mettra dans un sac plastique, et ce n’est que près de 8 mois plus tard que les recherches de traces ADN se feront. Autant dire qu’elles s’estomperont déjà sérieusement. Si vous avez la chance de commettre vos activités dans la zone Nord de Bruxelles, vous aurez le soutien actif de la police qui a pour habitude de demander des recherches ADN sur les mauvais vêtements, ou sur des endroits des vêtements que la victime n’aura pas indiqué comme potentiellement porteur de trace. Bref, déboutonnez le pantalon sans problème, la police recherchera vos traces sur les pieds de pantalon !

Vous pouvez aussi parler à la victime, pardon, la salope. Il n’y aura pas d’audition ni de reconnaissance vocale. D’ailleurs, même si ça se faisait, ce serait un peu court pour vous démasquer… Oui mais ces deux jeunes qui étaient dans leur bagnole ? Pas de souci, ils vous reconnaîtront, mais s’il fait un peu nuit, ils hésiteront avec au moins un autre gars. Ça ne suffira pas petit veinard.

Et avant que je n’oublie, aucun souci à pratiquer de manière régulière. Veillez juste à espacer un peu vos pulsions, et surtout à pratiquer de manière alternative dans des zones de police différentes.

Oui mais il y a un juge d’instruction qui peut être saisi ? Alors cher ami, entendons-nous, si vous respectez le cadre ici posé, le juge n’intervient qu’après enquête de la police. Au mieux elle rencontrera un suspect potentiel, probablement pas vous. Mais l’enquête réelle est en réalité déjà clôturée. Le juge est par nature débordé, a d’autres dossiers médiatiques plus importants à gérer (du meurtre, ça c’est du lourd, voyez-vous, pas le viol).

Alors là, il reste la victime. C’est que la proie peut vouloir se porter partie civile, et même avoir accès au dossier, et du coup demander des devoirs d’enquête complémentaires. Là, c’est le moment le plus jouissif. Il est bon que vous le sachiez pour profiter vraiment de votre pulsion de domination, qui ici s’exerce avec la complicité de l’État belge dans son ensemble. La situation est la suivante. La victime se portera donc, trop rarement soyez zen, partie civile. Fort heureusement, une partie des devoirs ne seront pas acceptés par les juges, et ceux qui seront acceptés, viseront à atténuer le soutien actif de la police, mais sans succès. Ici, la demande visera à rechercher des traces sur les boutons évoqués plus haut. Logique, elle a beau être une salope bien soumise, elle a un cerveau tout de même… (Pas l’inspecteur, comme je l’ai déjà dit plus haut)

Là, c’est dame nature qui est avec vous. A tous les coups, cette analyse se fera plus deux ans et demi après les faits. (La police scientifique est débordée et pratique la grève du zèle pour se faire entendre. Oui, ça fait du monde à votre petit service mon beau salaud !). Même si une trace est retrouvée, elle sera trop incomplète que pour permettre des comparaisons de fichier. Et puis… si vous n’avez jamais été pris, aucune comparaison possible. Pas de banque de données ADN à votre insu chez nous.

L’aspect jouissif de la situation est le suivant. L’affaire sera conclue par un non-lieu. Et les frais d’enquête demandé par l’objet de votre plaisir seront à sa charge. En effet, comme vous êtes libre, les devoirs d’enquête demandés par votre proie seront à sa charge. Il faut bien que l’État récupère ses deniers… Ici, aux dernières nouvelles, c’était plus de 5140 euros. Elle a fait appel soutenu par un avocat et une association de féministes - SOS viol - dont tout le monde se fout (le ministre Cerexhe lui a encore enlevé des subsides cette année, sans aucune conséquence). Alors peut-être que son appel lui permettra de réduire la facture, mais les faits sont là : amis violeurs, la Belgique est là pour vous. La bonne femme vivra quelques années de la mutuelle, et puis…

Bref, vous l’avez détruite pour de bon, sans tracas aucun. Sur ce, bande de connards, bonne chasse ! Et en votre nom, merci de tout cœur à l’État belge.


CINQ REVENDICATIONS principales à ce stade :

1/ modification de l’article 162 du code d’instruction criminelle qui permet à l’État de se retourner contre la victime afin de faire payer les frais de procédure

2/ instaurer une unité d’enquête spécialisée par zone de police pour lutter contre les violences faites aux femmes

3/ revoir le kit d’agression sexuelle afin d’intégrer davantage la recherche d’indice pouvant amener à retrouver l’auteur de violences

4/ renforcer la police scientifique et les forces disponibles en matière de recherche ADN 

5/ un financement structurel et augmenté des associations telles que SOS VIOL. Les victimes ont besoin d’un soutien organisé et de qualité dans leurs épreuves !

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