Le 17 décembre, Kim Jong Il, l’autocrate « communiste » qui dirigeait la Corée du nord fut victime d’une crise cardiaque qui l’emporta à 69 ans. À part les larmes de crocodile obligatoires des foules nord-coréennes, la disparition du Grand-Leader de la dernière dictature pure jus d’inspiration stalinienne [1] n’aura vraiment attristé personne de par le monde. Parmi les condoléances diplomatiques qui, le plus souvent, se limitaient au minimum syndical, on notera celles de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique qui présenta ses condoléances attristées, partageant « la peine et le chagrin du peuple coréen » et affirmant que « la disparition du leader coréen était une grande perte pour le combat anti-impérialiste ». Parmi les organisations membre de la FMJD, on trouve Comac, l’organisation de jeunesse du Parti du Travail de Belgique.
Cet hommage au satrape coréen est-il vraiment partagé par Comac ? Pas du tout, affirme Aurélie Decoene, sa présidente : « Comac n’a pas souscrit à cette déclaration. Comme le PTB, nous ne soutenons en aucun cas le régime nord coréen, pas plus qu’aucun régime dynastique. Les positions défendues par Comac sont celles votées lors de son dernier congrès, qui seront d’ailleurs disponibles en ligne à partir de ce soir sur notre nouveau site... [2]. C’était exactement dans les mêmes termes que le PTB avait récusé l’accusation de collusion avec le régime nord-coréen. Dans un communiqué de presse du 20 décembre, le bureau politique du parti s’indignait de ce que l’émission de la VRT Terzake du 19 décembre ait présenté le dénommé Jef Bossuyt, grand admirateur du régime nord-coréen à travers l’association Korea is one comme s’exprimant au nom du PTB : « Monsieur Bossuyt n’a en aucun cas le droit de s’exprimer en notre nom. ». Jef Bossuyt est pourtant le collaborateur attitré de Solidaire, l’hebdo du PTB, pour ce qui concerne la Corée [3]. Quant à ce que pense vraiment le PTB de la Corée du Nord, « Il va de soi que le PTB ne cautionne absolument pas les déclarations de Jef Bossuyt à Terzake, qui ne sont pas les nôtres et qui ne représentent en aucun cas nos positions sur le socialisme. Nous nous opposons en effet très clairement à tout modèle politique basé sur une dynastie. » On déduit de ces déclarations que c’est uniquement le fonctionnement dynastique qui gène le PTB et son mouvement de jeunes. N’est-ce pas un peu court ? On aimerait en savoir plus.
Or, dans le Solidaire du 22 décembre, il n’y a pas une ligne sur la Corée. Au bénéfice du doute, je me dis qu’entre le 17 et le 22, le délai était trop court pour rédiger ne fut-ce qu’un entrefilet [4]. J’attends donc avec impatience le numéro de rentrée du 12 janvier 2012. Or, dans cet hebdomadaire qui consacre toujours plusieurs pages à l’actualité internationale, pas une ligne sur la Corée du nord. Idem sur les sites internet : rien sur le site de Comac où j’ai vainement recherché à quoi sa présidente faisait allusion, ni sur le site du PTB qui semble avoir été soigneusement expurgé de toute référence compromettante. Impossible donc d’accéder à une analyse quelconque du régime nord-coréen. Par contre, jusqu’à nouvel ordre, on peut toujours savoir ce que le PTB pense de la Chine, désormais un des pays les plus inégalitaires du monde [5]. Alors que Pierre Larrouturou explique que, aujourd’hui, la bulle spéculative en Chine atteint un montant triple de celle des États-Unis au moment de la crise des subprimes, et ce avec les encouragements de son gouvernement, Baudouin Deckers (responsable des relations internationales du PTB) affirmait en 2008 que la Chine ne courrait aucun risque de récession et que la crise financière ne la toucherait pas. Le moteur de recherche du site du PTB ne mentionne plus aucun texte sur la Chine postérieur à cette date.
Cette posture où le malaise est manifeste oblige à revenir sur les circonstances du virage du PTB, auquel j’avais consacré le 3 mars 2008 le premier billet de ce blog. Un virage qui s’est amplifié depuis et qui a transformé l’ancienne secte maostalinienne en un petit parti dynamique ouvert désormais à toutes les alliances progressistes, notamment à l’égard des directions syndicales inconditionnellement soutenues dans leur opposition aux politiques d’austérité. Je relevais alors que ce changement d’orientation s’était fait sans rupture, avec les mêmes qui avaient assumé l’ancien cours sectaire. Ce qui alimentait une suspicion : le virage pourrait bien n’être que cosmétique et tactique. Il subsisterait « un parti derrière le parti », un noyau secret marxiste-léniniste à l’ancienne tirant discrètement les ficelles du « parti ouvert » au style jeune qu’il est en partie devenu. Les explications embarrassées sur la Corée du nord et sur la Chine, le maintien de relations internationales avec toutes les fractions archéo-staliniennes qui subsistent dans le mouvement communiste ne peuvent qu’accréditer cette hypothèse qui interdit à beaucoup de s’engager en confiance dans un travail commun avec le PTB [6].
Sans doute le virage du PTB initié en 2008 est-il une réussite qui lui a permis de sortir de son isolement. Solidaire est devenu un hebdomadaire largement ouvert à tout ce qui conteste de près ou de loin l’ordre capitaliste établi. Politiquement, le PTB défend aujourd’hui un modèle « social-démocrate radical » prônant la prééminence de l’État contre le marché combiné avec une forme de néo-belgicanisme institutionnel. Il recrute désormais des jeunes « cool » [7] qui tranchent avec les figures de moines-soldats de la génération des fondateurs toujours bien présents. Mais tant que cette suspicion ne sera pas levée, le PTB ne sera jamais complètement accepté, malgré tous ses efforts, au sein de la gauche démocratique. Ce dernier pas, qui romprait avec l’héritage de Ludo Martens et impliquerait une prise de distance claire avec la Chine, la Corée du nord et toutes les scories du stalinisme, le PTB sera-t-il capable de le faire ? Certains en doutent sérieusement.
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Post-scriptum (25.01.2012)
David Pestieau, le rédacteur en chef de Solidaire, l’hebdomadaire du PTB, s’est fendu d’une longue réponse argumentée à ce billet. Sa lecture vaut le coup. Pour en prendre connaissance, cliquez sur la photo de son auteur.
Je ne commenterai pas ce commentaire. À chacun de se faire une opinion (et il y en a de fort tranchées parmi mes amis). Mais je tiens à saluer la disposition au dialogue dont fait preuve la jeune génération du PTB. Dans le monde politique (gauche y compris), c’est trop rare pour ne pas être souligné.
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