2.06.2008

Mai 2038

imprimer
envoyer
24
commenter (1)

4 juin 2008 : les commémorations de mai 68 s’achèvent (espérons-le) par une conférence-débat de Daniel Cohn-Bendit, à l’invitation d’Etopia, sur le thème « L’écologie politique, le meilleur de l’héritage de mai 68 ? » À la tribune, outre l’invité, deux sénateurs Ecolo et un animateur, tous masculins. La suprématie mâle, serait-elle le « pire de l’héritage de mai 68 » ?

Ce n’est là, hélas, qu’un symptome parmi beaucoup d’autres. Pour ne prendre qeu quelques exemples, le Magazine littéraire, numéro spécial « Les idées de mai 68 » : 33 articles, une seule intervention féminine, collective, pour parler du « rire des femmes » (quand il leur arrive d’avoir une idée, c’est seulement sur elles-mêmes) ; revue le Débat, numéro anniversaire, revue Esprit, dossier mai 68 : à chaque fois, une seule femme sur une vingtaine d’auteurs.

Mais les choses ne peuvent que s’arranger. Voici pourquoi...

Mai 2038

En ce beau mois de mai 2038, nous fêtons le 30ème anniversaire des commémorations des 40 ans de Mai 68.

Les plus anciens se souviendront de cette année 2008, avec ses numéros spéciaux de revues compilant de mâles analyses, ses tribunes de débats unisexe proclamant le refus de toute domination, ces livres aux accents virils célébrant les progrès de l’égalité entre hommes et femmes comme l’une des conquêtes essentielles de la révolte soixante-huitarde.

Les choses ont bien changé, on le voit ! Comme tous les métiers, celui de commémorateur de mai 68 s’est peu à peu féminisé, d’abord avec timidité, sous la forme d’animatrices de débats, partageant avec compétence les verres d’eau et le temps de parole entre de couillus orateurs ; ensuite par l’intrusion de témoins d’un autre genre — et l’on découvrait, eh oui, que non seulement des êtres du sexe faible avaient participé aux fameux événements mais même, qui l’eût cru, que certaines avaient joué un rôle non négligeable dans la lutte pour l’égalité des sexes…

Aujourd’hui, pour qui veut encore retrouver la trace vive des bouleversements d’alors, le message est simple : une femme ou rien ! Les femmes ont en effet confisqué la mémoire, comme elles le firent jadis de la médecine ou de la magistrature. Les mauvaises langues diront que c’est là le simple fruit de leur plus grande longévité... Le journaliste curieux n’a plus d’autre recours que d’aller traquer les dernières militantes, dans leur maison de repos du CPAS — Centre privé d’action sénile, car, rappelons-le, nous sommes en 2038. Ce qui nous vaut ces répliques délicieuses, prononcées d’une voix chevrotante, mais le regard clair :
— « Alors, mémé, c’est vrai ça, vous avez lancé des pavés en mai 68 ?
— Et comment, m’fi !
— Racontez-nous ça !
— Ben, c’était pendant une assemblée, la parole libre, tout ça, je suis montée à la tribune, y a un connard au premier rang qui m’a lancé : ‘retourne à tes casseroles ! » ce qui a fait rire ses copains. Alors moi ni une ni deux, j’ai plongé la main dans mon sac où je trimballais toujours des pavés, on ne sait jamais — et je les leur ai balancés à la gueule ! »

imprimer
envoyer
24
commenter (1)
  • Mai 2038 - post scriptum Posté par Carabosse, le 5 juin 2008
    Il faut préciser, pour la vérité historique, que finalement une femme était bien présente à la tribune de la conférence d’Etopia le 4 juin. Prise de conscience tardive ou réponse à (...)
    Lire la suite

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ?