1.11.2008

Haro sur les « acquis » !

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Si l’actionnaire ne rigole pas en ce moment, si le salarié a des raisons de se faire du souci et que le citoyen lui-même ne se sent pas très bien, le plus à plaindre, en cet automne brumeux, est tout de même le client. Quand il n’est pas « pris en otage » par les affreux cheminots ou conducteurs de bus toujours en grève, voilà qu’on l’empêche d’acheter son nouveau canapé chez Ikea (justement, c’était ce 31 octobre ou jamais), ou qu’il trouve les portes de son supermarché favori bloqués par une horde vociférante, ridiculement drapée de rouge ou de vert — ou alors, qu’il doit faire glisser son caddie entre deux rangs de policiers, ce qui manque tout de même de convivialité !

Et tout ça pourquoi ? Parce que les syndicats, inconscients des enjeux présents, « s’arc-boutent sur des acquis qui, s’ils perdurent, condamneront l’entreprise », comme l’écrit Pierre Loppe dans la Libre Belgique du 20 octobre. Il s’agit en effet de s’opposer à l’ouverture d’un Carrefour-Canada Dry à Bruges : ça ressemble à un Carrefour, on y vend les mêmes produits que chez Carrefour, mais le personnel y est moins payé et doit travailler le dimanche, avec des compensations rabotées. Et l’éditorialiste de s’indigner : « Est-il normal que les syndicats exigent des sursalaires et qu’ils soient intransigeants, jusqu’à ignorer la crise et l’évolution de la société ? » Cet éditorial n’est pas le seul ni même le pire, mais il est significatif.

Car oui, en ces temps de crise, à chacun de faire un effort : aux banques d’accepter une intrusion de l’Etat, aux managers d’alléger leur parachute doré d’un million d’euros et aux salariés d’accepter un salaire de 25 % inférieur à des barèmes déjà bien modestes.

Et puis il y a aussi cette fameuse « évolution de la société » qui implique qu’empêcher un consommateur de consommer sept jours sur sept, et pourquoi pas 24h sur 24, apparaît presque comme une atteinte aux droits humains. Le Carrefour de Bruges prétend lier son ouverture dominicale aux exigences des touristes ; il faut donc croire que les guides de voyage sont vraiment mal faits... Car, chers touristes, sachez que pour passer une agréable journée à Bruges, il y a des tas d’autres attractions et activités possibles que le centre commercial. Et pour se restaurer, il existe des tas de restaus ou de petits magasins sympas.

À Carrefour, les relations sociales sont difficiles. Chez Ikea, elles étaient plutôt bonnes. Les tensions actuelles montrent que les employeurs sont en train de serrer les boulons de toutes parts. En remettant en cause des avantages non pas « acquis » mais conquis ; en tentant de les lier à des résultats économiques de plus en plus incertains, comme chez Ikea ; ou encore, en exigeant des employés de plus en plus flexibles, jusqu’à rompre, en les empêchant aussi de s’organiser, comme chez Carrefour.

Au-delà de ce cas particulier, on pourrait peut-être rappeler deux « vieilles » revendications syndicales, plus actuelles que jamais, étant donné précisément l’« évolution de la société » : une seule commission paritaire du commerce, vers le haut évidemment, car bien avant Bruges, Carrefour et les autres ont compris comment détricoter les acquis grâce aux magasins franchisés ; et la remise en cause de ce déni de droit que sont les requêtes unilatérales patronales, où les grévistes n’ont même pas l’occasion de se défendre et qui brisent des piquets par des astreintes qui peuvent aller jusqu’à des milliers d’euros par personne…

En rappelant aussi qu’interpellée par la députée Ecolo Zoé Genot sur l’utilisation de ces astreintes comme « briseurs de grève » dans les conflits sociaux, Laurette Onkelinx, alors ministre de la Justice, a répondu : « Pour ce qui est de ma position, je dis et redis que nous avons à gérer deux droits fondamentaux : le droit de grève — un droit au coeur de notre système démocratique — et le droit de propriété, un autre droit essentiel dans notre démocratie » [1].

Si c’est une socialiste qui le dit….

[1] Chambre des Représentants – Commission de la Justice, Réunion du 22 février 2005 – Compte rendu intégral (CRIV 51 – COM 507)

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  • Haro sur les "acquis" ! Posté par Henri Goldman, le 1er novembre 2008
    J’écoutais Nicolas Sarkozy dans son « discours de Rethel ». Il était revenu dans cette ville des Ardennes où il avait prononcé, lors de la campagne présidentielle, un de ses mantras (...)
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