25.11.2008

Un fléau qui ne recule pas

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Ce 25 novembre a été choisi comme “Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes”. Cette succession de “journées internationales” peut faire sourire : autant d’occasions de mobiliser l’attention sur un sujet… qu’on oubliera le lendemain.

Pourtant, il faut absolument saisir cette journée pour rappeler cette donnée essentielle : malgré toutes les indignations, toutes les campagnes, ces violences ne diminuent pas. Pour ne prendre que l’actualité immédiate : au Congo, elles prennent la forme de viols et de mutilations systématiques ; en Afghanistan, d’acide jeté au visage de jeunes filles qui osent se rendre à l’école ; au Pakistan, de femmes enterrées vivantes pour avoir prétendu épouser l’homme de leur choix.... Pays barbares, dira-t-on, objets de notre opprobre sinon de nos soldats venus apporter ou rétablir la “civilisation”.

Chez nous, si on n’en arrive pas à de telles horreurs, cette journée est l’occasion de rappeler ce fléau que sont les violences conjugales. Certes, l’époque semble révolue où une femme rouée de coups qui s’adressait à la police se voyait (au mieux) ramener chez elle avec des conseils de patience. La police, la justice, le corps médical, les services d’aide aux victimes, ne sont pas toujours bien formés, mais il existe une volonté de prendre le problème au sérieux, et les médias n’osent plus trop plaisanter sur le sujet .

Mais quelques signes montrent aussi la force et même le renforcement des résistances. Un autre discours commence à se faire entendre : les chiffres seraient truqués, les enquêtes pas sérieuses, il s’agirait d’une horrible manipulation des féministes qui espèrent détourner en leur faveur de précieux subsides et interdire aux hommes tout contact avec leurs enfants... Alors qu’en réalité – souvent, ces interventions portent des titres-choc dans le style “La vérité sur les chiffres”... - hommes et femmes seraient tout autant victimes les uns que les autres.

Discurs minoritaire ? On l’a pourtant entendu, récemment, dans un colloque soutenu par les pouvoirs publics (1), on le retrouve aussi sur un blog généreusement hébergé sur le site de la Libre Belgique (2). Certes, on peut considérer que les plaintes ne sont pas un indice suffisamment fiable (il y a chez nous 150 plaintes par jour, mais on estime que seulement 9% des femmes victimes portent plainte, et on peut imaginer que c’est encore plus tabou pour les hommes maltraités) ; les déclarations personnelles (“j’ai été victime de ceci…”) peuvent aussi être sujet à caution. Mais ce qui est incontestable, c’est le nombre de personnes tuées : il n’y a pas de morts “subjectives”. En Belgique, en 2007, sur 96 femmes assassinées, 32 victimes ont été victimes de leur (ex)conjoint. Selon des chiffres récents parus en France, en 2007, 166 femmes sont mortes de la main de leur conjoint (ou ex), contre 26 hommes. On est loin de l’ “égalité “, d’autant que l’on sait par ailleurs qu’une grande partie de ces meurtres d’hommes sont des réactions à des violences préexistentes.

Par ailleurs, on constate que malgré toutes les condamnations morales et les discours sur la “tolérance zéro”, le fait de tabasser sa femme, voire la tuer, n’est toujours pas considéré comme un fait très grave. Ainsi, toujours dans l’actualité récente, on a pu voir que Joey Starr, le chanteur de NTM, déjà condamné pour violences conjugales et à nouveau accusé par sa nouvelle compagne, peut non seulement continuer tranquillement sa carrière, mais encore participer à des “débats citoyens” au motif qu’il a encouragé des jeunes de l’immigration à s’inscrire sur des listes électorales... Et lorsque, le 17 novembre dernier, le député français Jean-Marie Demange a abattu sa compagne avant de suicider, après l’avoir rouée de coups, l’Assemblée nationale n’a rien trouvé de mieux que de respecter une minute de silence à sa mémoire...

Il ne s’agit nullement, comme le reprochent les "anti-féministes", de “diaboliser les hommes” en prétendant qu’ils sont tous violents. On pourrait reprendre un slogan de Mai 68 : “ Nous ne sommes pas contre les vieux mais contre ce qui les a fait vieillir”. De même, il ne s’agit pas de dénoncer une violence qui serait “naturelle” aux hommes, mais tout ce qui crée et encourage cette violence : dans leur éducation, dans l’image de la « ”masculinité” véhiculée dès l’enfance par la télé, les jouets, les jeux vidéo… Ce qui fait partie, qu’on le veuille ou non, de la domination masculine, domination à analyser, expliciter et mettre en question(s) si l’on veut, sinon “éliminer” la violence, du moins la faire reculer dans son ampleur et ses conséquences.

(1)Congrès Paroles d’hommes, les 17 et 18 octobre 2008 à Bruxelles (2)http://leshommeslibres.lalibreblogs... (3)Réponse du ministre Donfut au parlement wallon, 25/2/2008

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