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13.02.2009

Quelques considérations secondaires sur la saga Fortis

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Donc, ils ont fini par voter « non », impossible de l’ignorer. « Non » malgré les pressions du gouvernement, malgré la dramatisation des experts qui prédisaient un cataclysme en cas de vote négatif, malgré les médias et leur insistance sur un vote « émotionnel » (ces mêmes médias qui ne cessent de jouer sur nos émotions, avec leur goût prononcé pour les faits divers sanglants...). Tiens, ça ne vous rappelle rien ? Mais si, bien sûr, le vote sur la Constitution européenne puis le Traité de Lisbonne, du moins dans les pays où les citoyens ont eu la possibilité de s’exprimer. Pouvoir politique, économique, intellectuels, experts plaidaient en choeur pour le « oui » ; et pourtant la majorité des citoyens français, hollandais, irlandais, ont dit « non ». Et le cataclysme ne s’est pas produit.

Evidemment, le rapprochement s’arrête là. Car entre des citoyens décidant de l’avenir commun sur le principe « un homme, une voix » (et même « une femme, une voix », c’est dire si c’est démocratique) et des actionnaires pesant sur l’avenir de tous sur le principe « une action, une voix , pas d’action, ta gueule ! », il existe quand même une différence de taille. Cela s’appelle un vote censitaire réservé, de plus, à une toute petite partie de la population. Tiens, personne n’a parlé à ce sujet de « prise d’otage », comme quand des conducteurs de train ou de bus se mettent grève avec des conséquences désagréables (mais passagères, celles-là) pour des voyageurs « innocents »...

En tant que non-actionnaire de Fortis (enfin j’espère, allez savoir ce que les banques font de vos économies...), je suis assez soufflée par le poids que peut avoir ce vote non seulement sur le sort des actionnaires eux-mêmes, mais aussi sur celui de millions de clients, de dizaines de milliers d’employés et même d’un gouvernement, d’un pays tout entier. Personnellement, la catégorie d’« actionnaire » m’a toujours paru un peu étrange, sinon incompréhensible. Ce sont précisément ceux qui défendent le plus bruyamment les valeurs de « travail » et d’ « effort », quand il s’agit de chômeurs, qui trouvent tout à fait normal que pour d’autres, l’argent pousse tout seul. Allez comprendre. J’ose penser qu’un jour, la logique même de l’actionnariat sera considérée comme faisant partie de la préhistoire de la civilisation, un peu comme l’esclavage ou les châtiments corporels.

Mais finalement, en y regardant de plus près, cette assemblée qui a secoué la Belgique, cette caricature de « démocratie » version économique, avait tout de même quelques points communs avec nos démocraties politiques. Peu de votants lorsque le vote n’est pas obligatoire. Une minorité de femmes dans la salle et aucune à la tribune. Pas de vote immigré non plus, étant entendu que des acteurs chinois, hollandais ou français ne peuvent être confondus avec des « immigrés » (suivez mon regard).

À ce propos, j’ai quand même trouvé un vrai soulagement dans cette saga : c’est que le fameux assureur Ping An qui a tellement pesé sur le vote soit chinois. Et pas juif.

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