20.07.2009

Des Oliviers aux olives XY

imprimer
envoyer
commenter

Une députée bruxelloise voilée : que d’encre et de salive usées, que de débats acharnés, d’avis péremptoires, d’indignations sélectives au nom, notamment, de l’égalité entre femmes et hommes, cette valeur qui n’est jamais autant brandie que quand il s’agit de montrer du doigt ces manant-e-s toujours soupçonné-e-s de ne pas la respecter, et surtout, d’être les seul-e-s à ne pas le faire !

Bizarrement, on n’a guère entendu cette même indignation lorsque nos divers gouvernements ont été mis en place, et qu’on a dû constater que la parité reste décidément un souci bien secondaire quand il n’existe aucune contrainte pour l’imposer...

Les déclarations poussant sur nos beaux Oliviers mettent en avant la nécessité de « statistiques sexuées » comme premier pas pour détecter les inégalités persistantes. Eh bien, en voilà une : sur les 15 ministres francophones que comptent les trois gouvernements, il y a 4 femmes. Avec une mention spéciale pour le gouvernement wallon, avec 1 femme sur 8 ministres... Et aucun des trois partis de l’Olivier n’a su être vraiment exemplaire à ce sujet : 1 femme sur 4 chez Ecolo et le CDH, 2 sur 7 pour le PS. Beau tir groupé, autour de 25%. Avec des compétences qui ne sortent guère de celles « naturellement » reconnues aux femmes : éducation, santé, culture... L’économie, l’emploi et les finances restant entre des mains bien viriles. Sans compter que la ministre-présidence de nos belles régions ne semblent pas avoir renoncé à la loi salique [1] comme l’a fait notre monarchie...

Ajoutons en passant que le remaniement ministériel au fédéral a aussi conduit à remplacer en douce deux femmes par deux hommes, réduisant leur proportion à 4 sur 22...

Le gouvernement flamand, avec 4 femmes pour 5 hommes, fait nettement mieux. Avec des compétences comme la mobilité, la recherche scientifique, les travaux publics ou la politique des villes confiées à des femmes, tandis que l’action sociale, la santé ou la famille sont dévolues à un homme.

J’entends déjà la réaction ironique, dans la bonne vieille tradition du renvoi à l’inoxydable Margaret Thatcher chaque fois que les féministes osaient exiger davantage de femmes au pouvoir : ah bon, alors, Turtelboom à l’Intérieur, ça te ravit... ? Ben non, Trutelboom ne me ravit nulle part, c’est une de ces ministres, alliant rigidité et incompétence, dont on aimerait vraiment être débarrassée. Et je peux rajouter, en matière d’incompétence, la nouvelle ministre de la Culture flamande, Joke Schauvliege, bien incapable de citer une pièce de théâtre ou même un livre qu’elle aurait lu récemment...

Mais il y a tout autant (et plutôt davantage, vu leur nombre et leur longévité politique...) d’hommes qu’on aimerait renvoyer dans leur foyer : citons, selon les préférences de chacun, Didier Reynders, Michel Daerden ou André Antoine... (les Ecolos n’ont pas encore assez d’expérience pour avoir produit, eux aussi, leur repoussoir).

Ce déséquilibre entre hommes et femmes est d’autant plus choquant et grotesque que les déclarations gouvernementales sont pleines de promesses : volonté « d’intégrer la dimension du genre dans l’ensemble des politiques menées, de prévoir un maximum de deux tiers de personnes de même sexe dans les conseils d’administration des organismes d’intérêt public et des organismes et institutions agréés ou encore enforcer la législation visant à promouvoir la participation équilibrée des femmes et des hommes dans les organes consultatifs ». Toutes ces belles intentions ne sont évidemment pas crédibles quand on est incapable de les appliquer à soi-même. C’est comme tous ces discours sur l’égalité entre hommes et femmes qui serait la marque de nos belles sociétés occidentales(manan-e-s exclu-es-s), alors même que n’importe quel gosse de quatre ans peut voir que ce sont en écrasante majorité les femmes qui s’occupent du ménage et des enfants, que ce soit à la maison ou professionnellement ; et constater plus tard qu’elles gagnent moins que les hommes, que dans leur métier elles ont toutes les chances de se heurter au plafond de verre ou de rester scotchées au plancher collant, et que leur pension sera encore plus misérable, par rapport à celle d’un homme, que ne l’était déjà leur salaire.

C’est justement pourquoi, outre une représentation plus équilibrée de la société [2], il faut davantage de femmes aux responsabilités : à la fois comme illustration de leur capacité à diriger la cité et comme garantie (nécessaire mais non suffisante) que l’on sortira des discours angéliques pour qu’enfin, l’action contre les inégalités persistantes devienne une vraie priorité

[1] La loi salique exclut les femmes de la succession au trône. Elle a été supprimée en Belgique en 1991.

[2] Et je n’oublie pas que par ailleurs, la représentation politique en général est encore trop peu représentative des différentes classes sociales, hommes et femmes confondus.

imprimer
envoyer
commenter

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ?