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26.10.2008

Le populisme et la sécurité vue par Test-Achats

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Jean-Marie De Decker, le « populiste » qui a le vent en poupe

Le débat sur la sécurité est passionnant, et ce blog n’est pas en reste, grâce à ses lecteurs [1]. Il en recoupe un autre : celui sur le populisme. Car la crise actuelle ouvre sans doute un boulevard à ceux qu’on appelle des « populistes » (appellation non contrôlée) et qui chercheraient à établir un contact direct avec « le peuple », lequel saurait toujours mieux que les experts et les politiciens ce qu’il faut faire en toute circonstance. Et en effet, au vu des dernières péripéties, pourquoi faire confiance aux multi-diplômés plutôt qu’aux stratèges de café du commerce ? C’est ce qu’à parfaitement compris Jean-Marie De Decker en Flandre, et il paraît même que bientôt, en Wallonie, on pourra aussi y goûter.

De l’autre côté du spectre politique, un intellectuel progressiste flamand au-dessus de tout soupçon, David Van Reybrouck, plaide pour l’émergence d’un « populisme de gauche » [2], avec un œil sur le Socialistisch Partij néerlandais. Car le désamour du peuple et de la gauche se manifeste aujourd’hui partout en Europe. David Van Reybrouck met notamment en cause la promotion par la gauche des valeurs du multiculturalisme, ce qui séduirait plus facilement la « gauche caviar » des beaux quartiers que ceux qui vivent une cohabitation difficile dans les quartiers populaires. Le diagnostic n’est sans doute pas faux, mais quel est le remède ? Aujourd’hui, le peuple que la gauche doit (re)conquérir n’est plus uniquement celui des « anciens Belges » que cible Van Reybrouck. Les classes populaires sont désormais dans une large mesure d’origine immigrée et de culture musulmane, et le fossé qui ne se comble pas entre les anciens et les nouveaux habitants de ce pays est, en effet, un problème majeur pour la société en général et pour la gauche en particulier. Les questions de sécurité, de diversité culturelle et d’immigration forment une chaîne hyper-sensible où se concentre aujourd’hui toute la dimension symbolique de la cohésion sociale.

Mais attention aux grandes envolées. J’ai retrouvé un ancien numéro de Test-Achats (septembre 1998) qui publiait une enquête tout à fait passionnante sur les forces de l’ordre. La sécurité se retrouvait alors en tête des préoccupations des Belges, et ça n’a sans doute pas changé depuis.

En réalité, ce n’est pas tout à fait exact : l’enquête pointait en bloc la sécurité et le sentiment de sécurité, sans les distinguer alors que cette distinction est capitale. Car notre société présente un symptôme qui porte un nom barbare : elle est hypocondriaque. Cet adjectif désigne celui qui se sent affligé de maladies plus ou moins imaginaires. Les cabinets de médecins sont remplis de personnes qui se sentent malades sans l’être vraiment, d’autres qui se jugent obèses pour deux ou trois kilos de trop, et qui ne voudraient surtout pas qu’on leur dise que ce n’est qu’une illusion. De toute façon, le sentiment du malaise est un malaise en lui-même, et il faut le traiter comme tel, par exemple avec ces faux médicaments qu’on appelle des placébos.

Pour la sécurité, c’est exactement la même chose, et Test-Achats en a fait la démonstration. Appelés à porter un jugement sur l’état de la sécurité, ils étaient 52% à juger qu’il s’est aggravé depuis un an dans le pays. Mais dans leur ville, le score tombait à 32%. Enfin, pour leur quartier, il n’étaient plus que 22% à juger l’insécurité en augmentation. Bref, plus on se rapproche du lieu de vie, plus le sentiment d’insécurité diminue. Or, il n’y a que là qu’on peut avoir une expérience vécue du problème. Dès qu’on s’éloigne de chez soi, il y a forcément un intermédiaire, un média qui s’interpose. C’est la presse, la radio, la télévision. Ou simplement, et c’est le pire, la rumeur.

L’enquête de Test-Achats démontrait l’écart qu’il peut y avoir entre l’insécurité réelle, celle qui s’éprouve là où on vit, et le sentiment d’insécurité alimenté par une surinflation médiatique. Je crains pourtant que, comme en médecine, on ne se rabatte aussi sur des placébos pour calmer les angoisses des électeurs et, évidemment, pour capter leurs voix. Jusqu’au jour où un lobby quelconque venu d’Amérique viendra nous expliquer qu’il faut promouvoir l’auto-défense et mettre les armes à feu en vente libre.


[1] Voir mon billet précédent et ses commentaires.

[2] Pleidooi voor het populisme, éditions Querido. Le numéro 56 de Politique (octobre 2008) en publie un extrait, en français et en néerlandais, dans sa rubrique Uit Vlaanderen.

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  • Le populisme et la sécurité vue par Test-Achats Posté par Irène, le 29 octobre 2008
    Je travaille précisément sur ce fameux "sentiment d’insécurité" avec des petits groupes de femmes âgées, celles chez qui il est le plus fort. Pour écouter ce qu’elles disent (...)
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  • Le populisme et la sécurité vue par Test-Achats Posté par Michel Majoros, le 26 octobre 2008
    Bonjour Henri, Tu rappelles à juste titre que "populisme" est une "appellation non contrôlée", nous pourrions ajouter que c’est de la langue de bois politiquement correcte, que (...)
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  • Le populisme et la sécurité vue par Test-Achats Posté par Henri Goldman, le 26 octobre 2008
    (Message posté de la part de Jean Bricmont) D’abord la crise montre ce que vaut la "science" économique, mais le vrai populisme de gauche consisterait à suivre des politiques (...)
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