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14.02.2009

Quelle lumière pour quelle paix ?

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Chers amis

Vous vous réunirez ce dimanche après-midi (15 février 2009) devant le Palais de Justice de Bruxelles au nom d’une Plate-forme pour la paix en Israël/Palestine pour clamer « Assez de sang et de peur ! Assez de roquettes et de bombes, de victimes civiles et de destructions, d’occupation et de violences, d’attentats suicides et de représailles ! ». Parmi vous, beaucoup d’amis proches dont je partage l’objectif de la coexistence de l’État d’Israël et d’un État de Palestine qui devra naître à Gaza et en Cisjordanie, avec Jérusalem-Est pour capitale, après le retrait de l’armée israélienne et le démantèlement des colonies.

Mais nous divergeons du tout au tout sur la méthode. Votre plate-forme affirme qu’il est possible d’être « pour la paix » sans désigner les principaux obstacles qui s’y opposent, et donc sans proposer la moindre orientation à l’action publique de la Belgique ou de l’Europe. Cette attitude qu’en d’autres temps on aurait qualifiée de « pacifisme bêlant » se veut au-dessus de la mêlée [1]. Elle refuse de prendre parti entre les belligérants et veut faire la démonstration « qu’on peut être à la fois pro Israélien et pro Palestinien, pour la paix et pour la liberté de celui d’en face ».

Ce ne sont que des mots. Dans une situation où, sur le terrain, le déséquilibre des forces est absolu, l’action de ceux qui prônent une solution équilibrée du conflit doit viser à créer les conditions de cet équilibre, c’est-à-dire à renforcer le camp des plus faibles, celui des dominés, des opprimés, des massacrés.

Désolé si ce jugement vous heurte, mais je considère que, dans les circonstances présentes, votre initiative sert de faux-nez à ceux qui ont manifesté le 7 janvier devant l’ambassade d’Iran à Bruxelles en soutien à l’offensive israélienne sur Gaza.

Impasses de l’équidistance. Il y a quatre attitudes possibles face au conflit israélo-palestinien. Les deux premières, en miroir l’une de l’autre, restent principalement confinées à l’intérieur des communautés affectivement les plus impliquées. Au sein des populations juive et arabo-musulmane existe le sentiment qu’il s’agit d’être en toute circonstance et de manière atavique derrière « son peuple », quel que soit son leadership et quels que soient les actes posés en son nom. Si ces deux attitudes devaient l’emporter, cela se traduirait par la communautarisation irrémédiable d’un conflit qui devrait pourtant concerner toute personne attachées aux valeurs universelles de paix et de justice, indépendamment de son éventuel ancrage communautaire.

Restent deux autres attitudes qui se concurrencent dans l’opinion publique. La première attitude – la vôtre – considère que, fondamentalement, il s’agit d’un conflit entre deux droits nationaux également légitimes. Tous ceux qui, en dehors du champ de bataille, se disent en faveur de la paix doivent absolument éviter de prendre parti pour un camp plutôt que pour un autre. Leur rôle est de favoriser l’indispensable dialogue entre les parties, ce qui imposerait une position d’arbitre impartial et un souci permanent d’équidistance entre les belligérants. Dans cette optique, la pire des choses serait de « choisir son camp ».

Ceux qui professent la seconde attitude – à laquelle j’essaie de me tenir –, constatent que les droits nationaux des Israéliens sont consacrés par l’existence d’un État internationalement reconnu alors que ceux des Palestiniens sont bafoués par ce même État. Les Israéliens vivent dans une société libre et relativement prospère tandis que les Palestiniens subissent depuis 42 ans une occupation militaire ou un blocus qui ont détruit toutes les bases matérielles de leur existence en tant que société. Dans de telles conditions, une attitude de surplomb, d’arbitre neutre se contentant de jouer les marieurs sur base de quelques grands principes aussi généreux qu’abstraits ne peut que contribuer à entériner les rapports de force du terrain, ce qui revient à conforter l’arrogance du plus fort. Votre souci obsessionnel de l’équidistance, où toute critique de la politique israélienne doit être obligatoirement compensée par une critique de la politique palestinienne comportant le même nombre de mots, aboutit exactement au même résultat.

Au contraire, l’affirmation pour les deux peuples impliqués d’un droit égal à vivre dans la dignité doit conduire à vouloir modifier ce rapport des forces déséquilibré. Ceci passe notamment par l’organisation d’un large mouvement de solidarité engagé et par une diplomatie active de pressions, voire de sanctions, vis-à-vis d’Israël. Il est temps de s’y attacher.

[1] Elle ne l’est même pas ! En affirmant que « ce conflit ravive les passions et parfois les haines intercommunautaires. Il souffle sur des braises qu’on voudrait à jamais éteintes : celles de l’antisémitisme et du racisme, du négationnisme et de l’obscurantisme. Insultes, menaces, agressions contre des lieux de cultes et des écoles, destruction de voitures et de vitrines… », vous visez qui exactement ? Sûrement pas les « officiels » de la communauté juive qui se sont alignés derrière les initiatives israéliennes sans manifester le moindre état d’âme.

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