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10.04.2009

Israël : une OAS de gouvernement

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L’Organisation de l’armée secrète (OAS) fut créée en 1961 en Algérie quand il apparut clairement que le général de Gaulle, porté à la présidence de la République française par le putsch militaire du 13 mai 1958 à Alger et dont l’objectif était de maintenir l’Algérie dans la France, avait « trahi » cet objectif et s’était résolu à négocier avec les nationalistes algériens et à leur accorder l’indépendance. Celle-ci fut proclamée le 5 juillet 1962. Mais entre-temps, les actions de type terroriste commises par l’OAS à l’égard des « musulmans » [1] auront réussi à détruire les dernières chances que la minorité française d’Algérie, présente sur le territoire depuis près d’un siècle, puisse participer à l’édification d’une Algérie indépendante. C’est pratiquement jusqu’au dernier que les « Français d’Algérie » quitteront l’Afrique du Nord pour s’installer en « Métropole ».

Pour comprendre le nœud inextricable du conflit israélo-palestinien, et pour qui ne se satisfait pas de solutions simpl(ist)es [2], on a parfois besoin de solliciter des parallèles historiques. De ce point de vue, l’Afrique du Sud a beaucoup servi. Là-bas, lâchée par l’Occident sur l’autel de ses intérêts bien compris, la minorité blanche (10% de la population, comme en Algérie) accepta à temps un compromis avec la majorité noire : céder le pouvoir politique contre le maintien de ses principales positions économiques. Mieux valait en rabattre sur les symboles plutôt que de combattre jusqu’au bout, sans aucune chance de pouvoir vaincre. C’est pourquoi, quinze ans après la fin de l’apartheid, l’Afrique du Sud n’a pas connu d’exode massif.

Mais l’état d’esprit de la population israélienne n’évolue pas dans ce sens, et c’est pourquoi l’image de l’Algérie me revient. Depuis sa création (et même depuis sa conception), l’État d’Israël se présente et se vit comme la pointe avancée de l’Occident civilisé au cœur de la barbarie. Cette position ne pouvait être assurée que par la force : une force intrinsèque (son armée, sa puissance technologique et sa mobilisation nationale) mais aussi son adossement sans faille aux puissances dominantes du « monde libre ». L’alliance de fer entre les États-Unis et Israël devait garantir sur le long terme que les positions d’Israël ne seraient jamais menacées et donc que cet État pouvait tout se permettre.

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Netanyahou au pouvoir : la démocratie israélienne a parlé.

Mais comme cela s’est passé naguère entre les « Pieds-noirs » d’Algérie et la France, ce lien est peut-être en train de se rompre. Obama n’est pas Bush, et les intérêts bien compris des États-Unis le pousseront inéluctablement à une position plus équilibrée. Pour sa part, le peuple israélien, corrompu par sa propre puissance et par son impunité universelle, a fermé toutes les portes d’une paix de compromis et vient de se doter (démocratiquement, et c’est encore plus grave) d’un gouvernement de coalition entre la droite dure et l’extrême droite raciste. Cette nouvelle majorité pressent le moment où les États-Unis ne seront plus prêts à suivre tout gouvernement israélien jusque dans ses pires folies. D’où cette étonnante déclaration d’un poulain de Netanyahou : « Israël ne prend pas ses ordres chez Obama (…) En votant pour nous lors des dernières élections, les citoyens de ce pays ont démontré qu’ils ne veulent pas constituer le 51e État américain ».

Le nouveau gouvernement israélien se prépare-t-il à braver ses principaux sponsors, comme le fit naguère l’OAS quand les Français d’Algérie se retournèrent contre la France gaulliste coupable de vouloir les « lâcher » ? Déjà il fait le compte de ses atouts : ses indéfectibles soutiens à l’intérieur des États-Unis, la lâcheté européenne persistante, l’allégeance systématique des communautés juives officielles, la division du monde arabe miné par ses propres turpitudes et, surtout, l’ivresse de sa propre puissance qui domine désormais la société israélienne et la rend aveugle à tout le reste.

Mais l’issue d’une telle folie ne pourra pas être une « solution » à l’Algérienne. Les Juifs d’Israël n’ont pas de métropole où se replier. Ils constituent une société largement séparée des Arabes, nombreuse (5,5 millions), concentrée sur un petit territoire et dotée d’une identité nationale forte structurée autour de la culture hébraïque qui n’a pas d’équivalent dans le monde. Dans toute perspective pacifique, un tel groupe humain doit se voir reconnaître des droits nationaux collectifs. À la fois pour des raisons de principe et pour des raisons pragmatiques : le peuple palestinien n’a aucune chance d’obtenir justice s’il n’ouvre pas une perspective acceptable pour le peuple qui actuellement l’opprime mais avec qui il devra cohabiter demain.

Le gouvernement Netanyahou deviendra-t-il un gouvernement OAS ou ne sera-t-il qu’une brève parenthèse, avant que la roue de l’histoire ne reprenne un chemin moins sanglant ? Balayons devant notre porte : cela dépend aussi du mouvement national palestinien et de ses soutiens qui devront combiner une fermeté qui leur a manqué depuis Oslo avec une générosité pour l’avenir sur laquelle certains voudraient revenir. La thèse des deux États a été discréditée par tous ceux qui l’ont hypocritement soutenue pour justifier des négociations interminables tandis que la colonisation s’intensifiait. Mais son « noyau dur », c’est l’affirmation que les droits nationaux du peuple palestinien sont compatibles avec la présence d’un autre peuple sur ce même territoire, et que ce peuple-là a aussi des droits nationaux. C’est toute la philosophie des pourparlers de Taba (2001) et de l’initiative de Genève (2003) qui restent les bases les plus avancées pour un compromis équilibré.

Mais, à l’évidence, cet équilibre n’est pas de mise dans la solidarité à mettre en œuvre. Quand il prend la forme de l’équidistance – cette forme indigne de chèvre-choutisme dans laquelle d’Union européenne excelle –, le soucis de l’équilibre n’est rien d’autre que de la complicité de crime contre l’humanité. S’inquiéter du futur d’une existence nationale juive en Palestine n’est légitime que si, toutes affaires cessantes, on s’inquiète du présent d’un peuple en danger de mort et on agit en conséquence.

•••

Post-scriptum qui n’a rien à voir. On annonce la fin du procès du Setca de Bruxelles (le syndicat des employés appartenant à la FGTB, l’organisation syndicale socialiste). Une kyrielle de condamnations avec sursis frappent d’anciens responsables syndicaux pour abus de confiance et blanchiment. À une exception près, le tribunal a noté qu’aucun des prévenus ne s’était personnellement enrichi. Le principal accusé était absent : Albert Faust, secrétaire général du Setca, fut terrassé il y a cinq ans par la maladie après avoir été écarté de ses fonctions.

Albert Faust, qui fut notre ami, ne se résume à pas à ce qui fut dit de lui lors des audiences. La légèreté avec laquelle il semble avoir géré les finances de son syndicat ne peut effacer le reste d’une vie de combat. Pour l’édification de ceux qui ne l’ont pas connu, voici le portrait tout en nuances qu’a fait de lui son biographe Freddy De Pauw lors de son décès en 2004. Ce portrait a été publié dans le numéro 36 de Politique, en octobre 2004.

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Albert Faust, ombre et lumière

•••

[1] Les termes utilisés sont ceux de l’époque.

[2] Dans le registre des simplismes, on republie sur de nombreux sites un ancien texte de Nico Hirtt paru en 2006 dans La Libre Belgique. Il y donne raison au président iranien Ahmadinejad quand celui-ci parle de « rayer Israël de la carte ». Selon Hirtt, cette disparition serait la seule solution, mais il précise « politiquement, bien sûr ». On peut m’expliquer ce qu’on entend par « rayer politiquement Israël de la carte » ?

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  • Israël : une OAS de gouvernement Posté par N. PATRIS, le 14 avril 2009
    Et s’il y a un seul état, comment l’appeler ? Les Palestiniens sont très attachés au nom "Palestine" et si le nom disparaissait ce serait un peu comme si la mémoire de leur peuple (...)
    Lire la suite
  • Israël : une OAS de gouvernement Posté par Motl, le 13 avril 2009
    Ce qui éclaire la pensée de Nico Hirtt, c’est la majuscule qu’il met à "Arabes" et la minuscule à laquelle il condamne les "juifs". Tout est dit dans ce signe (...)
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    • Majuscules et minuscules Posté par Nico Hirtt, le 13 avril 2009
      • L’orthographe française… Posté par Henri Goldman, le 13 avril 2009
        • Conception raciste de l’appartenance juive Posté par nico hirtt, le 19 avril 2009
          • Racistes, le Bund, l’UPJB, l’UJFP, l’IJAN ? Posté par Henri Goldman, le 20 avril 2009
      • Majuscules et minuscules Posté par Motl, le 13 avril 2009
  • Israël : une OAS de gouvernement Posté par Nico Hirtt, le 12 avril 2009
    Ce que j’entends par rayer l’Etat d’Israël de la carte ? Mais, tout simplement, rayer de la carte ! Tout comme on a rayé un jour des cartes du monde les mentions URSS, RDA, (...)
    Lire la suite
    • Réponse à Nico Hirtt Posté par Henri Goldman, le 13 avril 2009

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