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16.11.2009

À propos de la « crise du Mrax »

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Tout le monde en parle : le Mrax est en crise. Certains informent, d’autres s’informent et beaucoup écrivent n’importe quoi. Mais autour de cette crise tournent quelques vautours en bande, intellectuels auto-proclamés en mal de pub, bloggeurs courageusement calfeutrés derrière leur clavier ainsi que quelques authentiques racistes qui n’attendaient qu’un signal pour déverser leur bile anonyme dans les espaces qu’Internet leur offre. S’ils tombent sur ce blog, ils se reconnaîtront. Mon mépris leur est largement acquis.

La crise du Mrax, c’est une douleur. Pas uniquement au nom de ce que cette organisation fut en d’autres temps que, du coup, on enjolive quelque peu. Mais au nom de ce qu’elle est encore et toujours. Malgré tous les reproches qu’on peut lui faire – certains sont justifiés, d’autres non –, le Mrax n’a jamais cessé de porter le combat contre toutes les discriminations, au risque de déplaire ou d’agacer. Oui, toutes les discriminations. Et si, depuis quelques années, il a focalisé son action sur celles dont sont victimes les musulmans, c’est à bon droit car ceux-ci, et singulièrement depuis le 11 septembre 2001, sont aujourd’hui particulièrement visés.

L’actuelle crise est en fait la combinaison de plusieurs. Il y a une crise interne qui oppose le personnel au Conseil d’administration et en premier lieu au président de l’association depuis 5 ans, Radouane Bouhlal. Conflit douloureux, évidemment, où il est très difficile d’y voir clair quand on n’est pas en position de se faire une opinion par soi-même, mais dont je n’ai jamais perçu qu’il porte sur l’orientation politique du Mrax. Il y a par ailleurs une crise rampante au sein du CA qui n’a jamais pris la forme d’un conflit structuré mais qui s’est manifesté par de nombreuses démissions individuelles. À ma connaissance, aucun des démissionnaires n’a développé une argumentation politique pour justifier son départ (ce qui ne veut pas dire que celui-ci n’était pas parfois sérieusement motivé) et la plupart restent assidus aux assemblées générales. Je lis aussi que la dernière péripétie a abouti à l’exclusion de celui qui, au yeux des contempteurs du Mrax, incarnait en son sein le courant qualifié stupidement d’« islamo-gauchiste ». Enfin, cette médiatisation morbide a sollicité les protagonistes d’anciennes ruptures qui, pour leur part, peuvent se réclamer d’un authentique désaccord politique.

Pour comprendre ce qui se joue, il faut remonter à l’élection de Radouane Bouhlal à la présidence. À ce moment-là, le Mrax s’est déjà investi sur le terrain de la liberté religieuse des musulmanes en défendant à la fin des années 90 des stagiaires assistantes sociales interdites de foulard et en lançant au début 2004 le « Collectif d’associations opposées à l’interdiction du foulard à l’école » (Coife), ce qui précipita le départ de quelques membres historiques. Ce n’est donc pas l’arrivée de Bouhlal qui marque la prédominance des discriminations qui visent les musulman(e)s dans les préoccupations du Mrax.

Par contre, cette arrivée va bouleverser d’autres choses. Radouane Bouhlal n’est pas le premier président du Mrax « issu de l’immigration maghrébine », mais le second. Mais alors que le premier avait été sollicité par la majorité « belgo-belge » du CA de l’époque, l’élection pourtant parfaitement démocratique en 2004 de Radouane Bouhlal à la présidence fut vécue par beaucoup comme un « putsch » dans la mesure où cette accession n’était pas programmée. Cet événement venait couronner un double phénomène. D’une part, la lassitude des anciens cadres qui n’avaient plus d’énergie disponible pour assumer un investissement assez lourd. Au moment venu de le réélire, la présidente Thérèse Mangot et la directrice Carole Grandjean avaient du se mettre en chasse pour recomposer un CA de qualité. Heureusement, et c’est l’autre phénomène, de jeunes leaders potentiels issus de la communauté « arabo-musulmane » émergeaient. Pour la première fois, la porte leur fut largement ouverte. Je pense qu’il aurait été tout à fait possible d’organiser « pacifiquement », de façon consensuelle, un passage de témoin. Mais le jeune et fougueux Radouane Bouhlal, appuyé par les nouveaux arrivants, a préféré brûler les étapes. Ce n’était pas interdit.

Mais le prix à payer fut immense. Radouane Bouhlal, qui n’avait pas 30 ans, a souhaité jouer son rôle de président à plein dès le premier jour. Avec d’assez gros sabots, il cabra et le personnel en place et ce que j’appellerais (pardon pour l’ironie) l’AIML (Amicale informelle des membres légitimes) qui ne l’acceptait pas car elle ne l’avait pas adoubé. À refaire, je ne pense pas qu’il agirait de la même façon au vu des dégâts produits. Jusqu’à sa mort en 2006, Thérèse Mangot, qui accepta avec une grandeur d’âme exceptionnelle de devenir la vice-présidente de celui qui l’avait évincée de manière fort cavalière, le soutint tant qu’elle pu.

Radouane Bouhlal, c’est une personnalité qui, comme on dit, « ne laisse personne indifférent ». Un égo solide, un caractère ombrageux, mais aussi un fameux courage. Car sa présidence coïncide avec la radicalisation dans la société de la « querelle du voile » face à laquelle les autorités tergiversaient. En engageant à fond le mouvement sur ce terrain, il ne pouvait qu’interpeller des personnalités politiques (notamment socialistes) qui étaient les alliés traditionnels du Mrax. Jusqu’alors, le Mrax était sur le plan politique un condominium de socialistes et de membres de la gauche radicale, avec un zeste d’écolos et une solide implantation à l’ULB. Sous sa présidence, des membres du MR et du CDH entrèrent au CA. Mais cela n’aura pas suffit à donner au Mrax une assise suffisante au sein de la coterie qui fait l’opinion. Sans doute manque-t-il au président du Mrax une certaine finesse tactique, la conscience qu’en des temps difficiles, des alliances sont indispensables et la capacité de les nouer. J’ai d’autres désaccords avec lui, notamment sur l’usage abusif du signifiant « islamophobie » qui suggère un amalgame entre des racistes avérés et ceux qui s’opposent au port de signes religieux, parmi lesquels se trouvent des antiracistes indiscutables (qui font fausse route selon moi) et aussi des personnes de culture musulmane. J’en ai déjà discuté ici sur ce blog et je n’y reviens pas.

Mais quels que soient les désaccords que vous puissiez avoir, chers lecteurs, avec le cours actuel du Mrax, je vous suppose assez de jugement pour ne pas vous laisser embrigader dans la croisade que deux bouffons au narcissisme démesuré – et dont je ne citerai pas les noms – ont décidé de mener. Lisez leur prose : ils dénoncent le « racisme anti-blanc » et les « islamo-gauchistes » alors qu’on ne les a jamais entendu s’en prendre au racisme ordinaire et aux discriminations au quotidien. Cette rhétorique ne vous rappelle rien ?

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