Il paraît que les carottes sont cuites : l’informateur Bart De Wever est en train de préparer le terrain pour un formateur qui ne saurait être que l’autre vainqueur incontesté des élections, Elio Di Rupo. Pour le première fois depuis Edmond Leburton en 1973-74, un francophone sera Premier ministre. Alleluia ! Hosanna ! Et si, en plus, c’est De Bleeckere qui arbitre la finale de la Coupe du monde de football, notre joie sera complète…
Il paraît que les Flamands n’y voient plus aucun inconvénient. Et que la connaissance très limitée du néerlandais du bourgmestre de Mons ne serait plus un obstacle. Pour autant que ce soit vrai – j’en doute et m’en explique plus loin – c’est un obstacle pour moi. Qu’on me permette ici de tirer dans mon propre goal.
Je suis un fervent supporter de la circonscription fédérale. Comme le répète régulièrement Jacky Morael, c’est parmi les personnalités qui auront fait campagne dans cette circonscription et qui se seront donc adressées à leurs concitoyens dans les deux langues que se recruteront les futurs premiers ministres. L’exercice auquel ils se seront contraints, à savoir séduire aussi bien les Flamands que les francophones, les aura préparé à incarner la Belgique fédérale tout entière, et pas seulement une de ses moitiés. Évidemment, pour ce faire, ils auront su démontrer leur capacité à s’adresser aux Flamands en néerlandais, aux francophones en français.
C’est exactement là que réside le piège. Jamais quelqu’un comme le président du PS, qui est incapable d’une parole spontanée en néerlandais et dont le registre se limite à quelques expressions formatées apprises par cœur, ne sera vécu comme leur Premier ministre par une population flamande qui considère – à juste titre selon moi – que toute personne qui ambitionne de diriger un gouvernement belge doit faire la preuve d’une bonne maîtrise du néerlandais et du français courants. Par contre, Di Rupo Premier ministre, ce serait parfait dans un scénario où le niveau fédéral serait vidé de sa substance. L’impossibilité pour les Flamands de se reconnaître dans un Premier ministre dont le bilinguisme n’arrive pas à la cheville de celui de De Wever les aidera à se désinvestir encore un peu plus de l’échelon fédéral. À la première difficulté politique, cette carence sera retournée contre lui. Les Flamands diraient alors : ce n’est pas notre Premier ministre, donc ce n’est pas non plus notre État. Bref, la promotion du président du PS pourrait être un atout-maître dans un scénario de dislocation plus poussée de la Belgique.
Donc, si ce scénario n’est pas souhaité, il ne faut pas qu’il y aille. On n’a pas le choix ? Mais n’est-ce pas dans l’Internationale qu’il est dit : Il n’est pas de sauveur suprême… ? Car il y a des alternatives. En voici deux.
Solution 1. On envoie Rudy Demotte. Expérience fédérale, bilinguisme reconnu. Au gouvernement de la Région wallonne, on fait monter d’un cran Jean-Claude Marcourt qui a eu le chic de ne pas mélanger les casquettes en s’abstenant de faire de la figuration lors des élections législatives, ce qui le grandit à mes yeux.
Solution 2. On promeut un socialiste flamand, Johan Vande Lanotte ou Frank Vandenbroucke. Étant à la fois flamands et socialistes, ils disposeraient d’une légitimité des deux côtés de la frontière linguistique. Et sur l’essentiel, les socialistes francophones partagent leurs idées (en tout cas au moins autant que Moureaux et Picqué au PS de Bruxelles, que Daerden et Demeyer au PS de Liège).
Jean-Marie Dedecker, dont le populisme a toujours eu la saveur du parler-vrai, pense qu’Elio Di Rupo est tellement vaniteux qu’il ne saura pas résister à cette opportunité. Je parie plutôt sur son intelligence. Elio, alsjeblieft, ne me démens pas.
Post-scriptum 1 (3/7/2010)
En lisant la presse du jour, il semble qu’on considère comme une évidence qu’Elio Di Rupo sera formateur et donc Premier ministre. Et si on découplait les deux ? Le président du PS constituerait le gouvernement mais ne le présiderait pas. Ce qui lui permettrait de conforter son rôle de tout premier plan sans tomber dans le piège.
Post-scriptum 2 qui n’a rien à voir
Une petite vidéo de vacances ? Voici une interview donnée en août 2009 au vidéaste André Goldberg autour d’un mot : Politique. Enregistré dans mon salon. Ça dure 23 minutes.

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