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Le ciel noir des Sans papiers

Billet posté le jeudi 15 mai à 16:51 par Hugues Le Paige.

Les nuages s’accumulent, le ciel s’assombrit encore un peu plus. L’Europe est à l’épreuve du respect de sa propre civilisation, de son humanisme fondateur, celui qui est né en 1945 de la victoire des démocraties sur le totalitarisme. Il ne s’agit rien de moins que de cela avec l’évolution des pratiques et des politiques à l’égard des sans papiers. Chaque jour, c’est un peu comme si l’Europe forteresse se cadenassait davantage.

Il y a la directive de la Commission européenne — la directive de la honte — prévoyant une détention jusqu’à 18 mois pour des personnes dont le seul crime est de vouloir vivre en Europe et instaurant une interdiction de séjour de 5 ans pour tout individu renvoyé hors des frontières. Une sorte de criminalisation des migrants dont on gère le flux par l’enfermement. Il y a, en Italie, la politique d’expulsion généralisée annoncée par Berlusconi en gage à ses alliés racistes de la Ligue du Nord. Déjà à Naples, cette semaine, des camps roms ont été attaqués à coup de barre de fer et de cocktails molotov. Et la prochaine présidence française de l’Union européenne annonce de nouveaux accents répressifs. Et puis, chez nous, le gouvernement refuse un moratoire sur les expulsions en attendant d’éclaircir ses propres critères de régularisation. Il y a aussi les pratiques quotidiennes. Les arrestations administratives de manifestants sans papiers dont certains ont été et sont encore enfermés. Des policiers qui traitent leur avocat de « crapule ».

Sans oublier dans la société dite civile l’attitude d’une compagnie comme SN Brussels qui se fait l’auxiliaire de la répression en plaçant sur une liste noire un passager qui s’est opposé à l’expulsion forcée d’un sans papier dans un avion de la compagnie. En comparaison du sort des sans papiers cette mesure pourrait presque paraître anodine. Elle ne l’est pas. Car elle témoigne d’un état de dégradation de l’éthique de la société. Quand les dirigeants d’une entreprise comme SN Brussels prennent de telle mesure pour punir ou intimider les passagers qui s’insurgent contre des traitements inhumains et dégradants dont on sait qu’ils ont pu conduire à la mort, ils ne sont plus seulement les collaborateurs passifs d’une politique répressive. Ils l’intègrent complètement quand ils ne l’anticipent pas. De quel droit et avec quelle légitimité ? Il est vrai qu’en France, les compagnies aériennes accordent des « miles » aux policiers qui escortent les expulsés. A quand une carte « Privilège » pour nos gendarmes.

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manifester la solidarité ( photo hlp)
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L’histoire de Jaro, Rom en transit
posté le 12 juin 2008

L’histoire de Jaro, Rom en transit

Giuseppe SANTOLIQUIDO Mis en ligne le 12/06/2008

Politologue

J’ai rencontré Jaro il y a moins de deux semaines. A Bruxelles. Je venais de quitter une taverne sur la chaussée d’Anvers et avais pris place sur un des bancs de métal noir qui bordent le parvis de la gare du Nord. J’attendais un ami en compagnie duquel je devais prendre le train et me rendre à Liège pour des raisons professionnelles. Comme j’étais en avance de plusieurs dizaines minutes à mon rendez-vous, je m’étais plongé avec attention dans la lecture d’un article du "Corriere della sera" relatant les violents démembrements et les incendies volontaires de plusieurs camps de Roms à Naples. L’article était accompagné de photos très dures sur lesquelles on pouvait voir des roulottes, baraques et autres abris de fortune entourés de monticules d’ordure et de flaques d’eau boueuse à la lisière d’un bidonville digne du meilleur décor d’Ettore Scola. Je lus l’article d’une traite et appris que les habitants du quartier avaient attaqué les camps armés de cocktails Molotov, de barres de fer et de cailloux, en réaction à une tentative d’enlèvement d’un nouveau-né par une jeune Rom de seize ans. Et les avaient ensuite incendiés. L’article précisait qu’il ne s’agissait pas de la première tentative d’enlèvement et que, très probablement, les enfants ainsi dérobés étaient destinés à la mendicité et au trafic d’organes. Je tentai alors de me mettre rationnellement et émotionnellement à la place des habitants de ces quartiers extrêmement défavorisés, délaissés des structures et des politiques étatiques, frappés par un taux de chômage et d’inoccupation parmi les plus élevés d’Europe. Dans un contexte exacerbé par les agressions et les meurtres imputés à des ressortissants de la communauté tsigane à Rome et à Milan quelques semaines auparavant, je me demandais quelle aurait été mon attitude si l’on s’en était pris à mon enfant. Aurais-je moi aussi cédé à la panique, à l’irrationnel, à la violence ? J’en étais plus ou moins là lorsque je vis approcher un petit homme frêle, au teint basané, à la chevelure noire et déjà clairsemée, arborant une moustache fine, à peine visible et qui épousait maladroitement le contour de sa lèvre supérieure. Je vis d’emblée que la décoloration et l’usure de son jeans n’avaient rien d’un effet de mode. Encore sous l’influence de ma lecture, mon visage laissa probablement apparaître un rictus de rejet, peut-être même d’aversion, il dut s’en apercevoir. Il me demanda une cigarette, je la lui donnai. C’est alors que je vis son regard se poser sur les pages dépliées du journal posé à mes côtés sur le banc, sur le titre ("Naples, nouvel incendie dans un camp rom") et les photos on ne peut plus explicites. Il me sourit d’un sourire qui n’en était pas vraiment un, une sorte d’acte de contrition, comme s’il se sentait obligé de me montrer qu’il savait, qu’il était peiné, qu’il endossait sa part d’une forme de culpabilité collective. Je me rappelai alors des quelques articles et essais que j’avais lus sur l’histoire et la culture tsiganes et la signification de ce sourire me sembla plus claire. J’invitai Jaro (j’appris son prénom quelques instants à peine avant de nous séparer) à prendre place sur le banc et nous échangeâmes quelques mots en italien. Il avait vécu dans les Abruzzes, où se trouve une forte communauté tsigane - et aussi en Ukraine, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne. Il venait de Dorohoï, une bourgade au nord-est de la Roumanie, près de la frontière ukrainienne. Il avait quitté son village natal depuis moins d’un an. Il m’expliqua que sa tante, qui l’avait recueilli alors qu’il était enfant, lui avait demandé de déserter la maison familiale lorsqu’il rencontra son épouse, par manque de place. Il la comprenait, il était majeur, elle avait six enfants en bas âge et ils vivaient dans moins de quarante-cinq mètres carrés. Son épouse et lui avaient alors logé dans des caves jusqu’à leur départ du pays et lorsqu’ils arpentaient Dorohoï et ses alentours à la recherche de fer à revendre aux ferrailleurs, ils plaçaient leurs trois enfants dans une cage d’ascenseurs (pas toujours la même, pour éviter d’être repérés) - "pour qu’ils soient au chaud et en sécurité", me dit-il. Mais vendre des fers ne rapportait rien ; il avait donc fallu partir. Jaro ne se départissait pas de son sourire contrit. Je lui dis que j’avais été surpris d’apprendre, au fil de mes lectures, que les Roms avaient été le dernier "peuple" d’esclaves d’Europe, qu’au dix-neuvième siècle encore, de nombreux témoignages les décrivaient enchaînés aux mains et aux pieds, le joug au cou, le corps enduit de bitume ; qu’à la même époque, le code Karagea (code de droit roumain) les assimilait juridiquement à du bétail. "Mais nous étions réellement du bétail", me dit-il en allumant une seconde cigarette. Une dame à la silhouette tout aussi malingre que celle de Jaro vint se poster à l’extrémité du banc que nous occupions. Elle était accompagnée de deux petits garçons et d’une petite fille dont l’âge devait varier entre 8 et 13 ans. Probablement ceux qu’ils plaçaient dans des cages d’ascenseurs avant de partir à la recherche de bouts de ferraille à revendre. Les regards de Jaro et de sa femme se croisèrent. Il se leva et me demanda de l’argent. Je lui en donnai. "Nous n’avons pas de pays", ajouta-t-il toujours affublé de son sourire contrit, "pas de patrie, pas de frontières à défendre. Nous sommes votre face cachée, la partie de vous que vous ne voulez pas voir. Là où il y a un Rom, il y a injustice, racisme, peur de l’autre". Je repliai mon journal, le glissai dans mon sac et me levai à mon tour. "Sais-tu ce que signifie le mot Rom en romani ?" demanda-t-il. Oui, je le sais, répondis-je. Nous nous serrâmes la main. Puis je les observai un long moment s’éloigner du parvis de la gare du Nord - Jaro et son épouse côte à côte, suivi de leurs trois enfants - et s’engouffrer d’un pas lent, mal assuré, dans une des sombres ruelles perpendiculaires au boulevard du Roi Albert II. Je savais qu’en romani le mot Rom signifiait Homme et, comme Baudelaire, je priai Cybèle d’augmenter ses verdures, de faire couler le rocher et fleurir le désert devant ces voyageurs pour lesquels s’ouvrait probablement, une fois encore, l’empire familier des ténèbres futures.


Le ciel noir des Sans papiers
posté le 2 juin 2008 par marie

un sans-papiers vient de créer un site pour devenir millionnaire !! , un dictionnaire des sites francais une sotre d’annuaire des sites, il dit qu’il aime la france mais il doit la quitter voici le site www.jeseraimillionnaire.com


Le ciel noir des Sans papiers
posté le 25 mai 2008 par philambert

J’aimerais savoir exactement quelle société vous (Hughes Lepaige)voudriez nous proposer. Je veux dire jusqu’où peut aller le métissage de notre société, et plus précisément comment et par qui cette générosité sera payée. Comme je ne vous ferai pas l’injure de ne pas y avoir pensé, pourriez-vous répondre à ces questions : 1°Si l’Europe et la Belgique en particulier accepte sans réserve d’accueillir tous les "réfugiés" d’Afrique du Nord, comment voyez-vous notre société évoluer ? 2° Que pensez-vous de la volonté affirmée des peuples arabes (Dar-al-Harb, Dar-al Islam : vous connaissez, j’imagine) et comment voyez-vous notre futur et celui de nos enfants ? 3° Comme on peut constater que tous ceux qui s’opposent au frein de l’immigration sont eux-mêmes des assistés, ou des fonctionnaires comme vous-même, ne pensez-vous pas que ceux (dont je fais partie, vous l’aurez compris) qui paient déja très cher pour les dits assistés et fonctionnaires, risquent de fermer les robinets et de s’en aller avec les ressources dont vous vivez, dans des pays où le risque d’invasion "humanitaire et pacifique" est moins grand ; à ce moment d’où viendront les revenus pour vous rémunérer et rémunérer la générosité que vous prônez ?

En conclusion, n’êtes-vous pas en train de scier consciencieusement la branche sur laquelle vous êtes assis ?


Le ciel noir des Sans papiers
posté le 15 mai 2008 par Gilles

L’avis de Miguel Benasayag sur la contamination de la société suite à l’horrible politique infligée aux sans-papiers :

http://www.rue89.com/2008/05/04/benasayag-resf-marque-une-nouvelle-forme-dengagement


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