Le secteur associatif et l’opposion la demandent :
Vers une étude scientifique « pub RTBF » ?
Cher Hugues, je pense que le problème de la suppression de la pub à la RTBF est très différent de celui qui sévit en France. On n’a d’ailleurs pas attendu Sarko pour le développer et c’est lui qui semble pencher maintenant pour des propositions émises depuis longtemps par Jean-Jacques Jespers ou l’association Respire (dans un premier temps, supprimer la pub après 20H00 ou commencer la suppression par une chaîne) !
Il me semble qu’actuellement qu’une partie importante de la gauche chez nous (et en France) omet quelques questions essentielles sur ce thème :
— faire un bilan des conséquences de la pub diffusée par le service public tant sur le public (obésité, surconsommation, développement du manichéisme et de la violence gratuite, etc.) que sur le contenu des programmes (surtout aux heures qui touchent le vaste public) et des "pratiques" (commencer le 13H à 12H59, la traduction en langue des signes pour sourds du 19H30 diffusée désormais dans la nuit sur La Une, recul sur La Deux des émissions culturelles de 20H à 22H45 et remplacées par des séries et films, etc.) de la RTBF
— analyser ce que coûte la pub à la RTBF
— décider si on supprime ou non les programmes induits par la pub, lorsque l’on enlèverait la pub à la RTBF... On serait capable en bons belges de les garder ?
— réfléchir à la réactualisation des priorités de la RTBF lorsqu’elle sera sans pub
— rappeller qu’au fil des années ce sont les émissions de type socio-économiques qui sont préférées par le public de la RTBF (Autant Savoir, Questions à la Une, Carte sur table, Strip Tease, etc.) et pas vraiment le divertissement à la "privée" (les jeux réeellement éducatif : oui... mais ils sont loin...)
— Et pour fâcher tout le monde (hé... ici, je ne fais que dire que personne ne pose publiquement cette question...) : l’emploi est-il l’objectif du service public ou un moyen essentiel d’y parvenir ?
— Comment différencier les chaînes de service public des chaînes privées ? Faut-il continuer à calculer l’audience du service public avec des outils tels que le CIM qui ne sont destinés qu’à leurs clients publicitaires ou faut-il élaborer d’autres types de calcul d’audiences ? Car, bien entendu, il faut que la RTBF touche toujours un très vaste public (personnellement, je préfère une généralisation de "panels citoyens" à un "qualimat" ou au CIM) ?
— Mettre fin à des sornettes telles que : s’il y a plus de pub à la RTBF, on va mettre à 20H des émissions culturelles pour intellectuels et plus personne ne va regarder le service public et ce sera sa mort ! À la RTBF, ce qui manque tragiquement depuis quelques années au prime-time , ce sont des émissions sociales au sens large et celles-ci sont très appréciées par le public de la RTBF (il n’y a même plus d’émissions régulières pour les consommateurs en télé pour Autant Savoir et Cartes sur table!). Reste l’alibi "Questions à la une".
Bon. J’ai pris le temps pour m’exprimer.
Je voudrais continuer. Car les médias traditionnels sont avares d’informations nuancées et de réflexions pluralistes sur ce thème.Où en est aujourd’hui (en juin 2008) concrètement la bataille "- de pub à la RTBF?"
Depuis quelques semaines, pendant que la publicité défile, un compte à rebours indique sur le côté droit de l’écran, seconde après seconde, dans combien de temps François de Brigode va apparaître à l’écran.
Pour Le Soir du 10 avril : “Pas sûr que les publicitaires apprécient...”. Le quotidien dirait vrai si ce décompte commençait au début du tunnel publicitaire car cela nous permettrait d’aller à l’aise à la cuisine ou ailleurs. Mais la RTBF n’utilise ce décompte que pendant le message qui précède le générique du JT et c’est donc plutôt une manière subtile de lutter contre le zapping des téléspectateurs, en rappelelant ceux-ci à l’ordre pour qu’ils ne ratent pas le début des infos... et surtout cette dernière pub proposée ! On est curieux de découvrir à combien celle-ci est tarifée...
Voilà l’une des premières conséquences concrètes du « feu vert » accordé par la majorité PS-CDH du Parlement de la CF, le 4 juillet dernier, à l’utilisation de nouvelles techniques publicitaires qui lui étaient interdites jusqu’àlors, dont cet « écran partagé ». Cette décision est sans doute aussi pernicieuse que le fait que l’actuel contrat de gestion de la RTBF qui court jusque fin 2011 lui permet désormais de tenter de récolter des budgets publicitaires qui couvriront non plus 25% mais bien jusqu’à 30% de son budget.
La majorité décide, puis réfléchit ! Dans la foulée de cette décision estivale, elle a voulu programmer rapidement après-coup une journée de réflexion sur « La publicité et le financement de l’audiovisuel public ». Celle-ci s’est finalement déroulée le vendredi 9 mai dernier en journée dans le grand hémicycle clairsemé du Parlement. Si ce colloque était bien “public”, il n’était pas destiné au public puisqu’il était programmé selon un horaire inaccessible à la majorité de la population active et qu’aucun média conséquent n’en a diffusé les coordonnées concrètes ! On peut même se demander pourquoi il était organisé par les parlementaires puisque 80 sur 89 d’entre-eux pratiquèrent la politique de la chaise vide ! L’opposition était deux fois plus nombreuse (3 ECOLOS sur 5 ; 0 FN sur 4 ; 3 MR sur 25) que la majorité (2 CDH sur 15 ; 1 PS sur 40). Heureusement que les actes du colloque seront bientôt accessibles sur le site www.pcf.be.
La sensibilisation auprès du vaste public de cette thématique qui était demandée par une centaine de personnalités politiques, sociales et culturelles (l’« Appel des 100 » fut publié dans La Libre Belgique, le 2 mai 2007) garde donc toute son acuité. Pourquoi donc la Ministre Laanan a-t-elle organisé avec succès les Etats généraux de la culture, et pas ceux de l’audiovisuel public ?
Au cours du colloque, plusieurs intervenants ont soutenu la revendication d’une quinzaine d’acteurs associatifs qui prônent, notamment dans une carte blanche publiée par Le Soir du 31 janvier, le financement par l’autorité publique d’une enquête de type scientifique sur le finacement de la RTBF, les possibilités d’y diminuer ou supprimer l’apport publicitaire, la recherche de financements alternatifs et la redéfinition des missions de service public qui pourrait en résulter.
http://www.consoloisirs.be/textes/0...
Ces associations viennent de se choisir un nom : plate-forme VAP (Vigilance Action Publicité) et présenteront bientôt à la presse leur charte ainsi que les deux premières actions concrètes qu’elles vont mener (dont celle sur la pub à la RTBF).
Ces associations qui ont publié le 31 janvier dernier leur carte blanche dans Le Soir se réunissent depuis près d’un an à raison d’une “plénière” tous les 2 mois (plus de nombreux groupes de travail sectoriels). Elles viennent de se choisir un nom : plate-forme VAP (Vigilance Action Publicité) et présenteront bientôt à la presse leur charte ainsi que les deux premières actions concrètes qu’elles vont mener (dont celle sur la pub à la RTBF)., le financement par l’autorité publique d’une enquête de type scientifique sur le finacement de la RTBF, les possibilités d’y diminuer ou supprimer l’apport publicitaire, la recherche de financements alternatifs et la redéfinition des missions de service public qui pourrait en résulter.
Ces associations qui se réunissent maintenant depuis près d’un an à raison d’une “plénière” tous les 2 mois (plus de nombreux groupes de travail sectoriels) viennent de se choisir un nom : plate-forme VAP (Vigilance Action Publicité). Elles présenteront bientôt à la presse leur charte ainsi que les deux premières actions concrètes qu’elles vont mener (dont celle sur la pub à la RTBF).
À la veille des élections de 2003, les quatre partis démocratiques aient déjà été interrogés sur le financement de pareille enquête. Aucun d’eux n’avait considéré qu’il s’agissait là d’un objectif particulièrement pertinent... Depuis Philippe Mahoux, tous les ministres de l’audiovisuel (PS ou MR) l’ont refusé durant ces quinze dernières années alors que la publication d’études sur la violence ou l’image sexiste de la femme dans les médias se sont multipliées.
Cette situation commence à évoluer. Suite au colloque parlementaire, Richard Miller (MR) et Yves Reinkin (ECOLO) ont interpellé, le 22 mai, Madame Laanan afin qu’elle organise et finance via l’Administration de la culture et de l’audiovisuel cette enquête. La Ministre a exprimé une fin de non-recevoir mais, fait intéressant, elle a ménagé une porte de sortie : “...si vous tenez à une telle étude, je rappelle que le Parlement dispose de crédits spécifiques pour la mener”. Cette étude devrait donc être commanditée plutôt par le Parlement. Une motion ECOLO-MR en ce sens a été déposée par MM. Reinkin, Miller, Cheron, Galand et Mmes Bertieaux et Persoons. Son texte demande de « … confier la réalisation de cette étude à une équipe interuniversitaire chargée d’en présenter les résultats au Parlement ainsi qu’aux citoyens en mars 2009 ; de constituer un comité d’accompagnement de l’étude composé notamment de membres de la société civile… ».
Le 3 juin en assemblée plénière, le Parlement a repoussé cette motion majotité contre opposition (Mr Miller, MR, s’étant abstenu pour pouvoir ragir verbalement après le vote). Ce qui s’est dit au cours de ce débat est particulièrement significatif (sur ce document PDF, voir pages 36 à 38). Affaire à suivre…
Le dossier “RTBF sans pub?” s’affirme de plus en plus comme un enjeu électoral non négligeable pour 2009.
Aux parlementaires, la Ministre Laanan a expliqué pourquoi elle ne faisait pas de cette recherche une priorité alors qu’elle convient de ne disposer d’aucune étude « portant sur une suppression de la pub à la RTBF » : toutes les pistes testées depuis la fin des années ’80 pour chercher des financements alternatifs ont montré leurs limites « … pour des raisons liées en grande partie à la complexité institutionnelle de notre pays ».
Les partisans d’une enquête lui répondront qu’avant de rechercher des financements alternatifs, il faut connaître l’ampleur de ceux-ci. Il faut quantifier les économies substantielles qui pourront être faites en supprimant les programmes ou les chaînes qui ont été induites par la publicité et non pour réaliser des missions de service public. La RTBF devra-t-elle encore s’acquitter d’une quote-part annuelle d’un million d’euros pour participer à l’audimat du CIM ou réorientera-t-elle ce buget pour initier un « qualimat » ? Etc.
Lorsque l’ampleur du complément à la dotation, en cas de suppression totale ou partielle (par exemple, plus de pub après 20H ou un chaîne sans pub), sera enfin évaluée, il faudra innover pour le combler. Ainsi, au colloque du 9 mai, la déléguée des Equipes Populaires (représentant la plate-forme des associations) rappella que les entreprises qui font de la pub peuvent étrangement considérer celle-ci comme « une dépense admissible », alors pourquoi ne pas innover par « une taxation sur le principe du pollueur-payeur et perçue auprès des annonceurs » ou l’instauration « … d’une limite dans la déductibilité des dépenses publicitaires, par exemple à partir d’un seuil de dépenses » ? On le voit : si l’on opte pour un débat responsable et transparent, il ne fait que commencer !